Lettre à M. de Cyon, 9 février
38 ÉNaLE ZOLA OU « JE JETTE LE GANT »
breux comptoirs, ses caisses, ses escaliers J avec La Joie de Vivre, il voit passer de curieux tableaux pathologiques et assiste à un accouchement laborieux, ce qui le change de l'accouchement par trop facile de la grosse Adèle dans Pot-Bouille -^ avec G€rminal, il a la surprise de descendre, sous la conduite du romancier, dans un puits de mine; avec VŒuvre il fréquente chez des artistes; avec la Terre, chez des paysans dont le caractère le scandalise agréablement (« Je suis enchanté d'avoir lancé ce bouquin-là dans la mare aux grenouilles^ », avoue l'auteur).
Avec le Rêve, autre surprise : réaction dans le bleu, dans la liturgie; avec la Bête humaine, nouvelles émotions : le lecteur accompagne Zola sur une locomotive qui est lancée « à l'avenir », sans conducteur, au milieu des ténèbres; avec U Argent...
Mais l'énumération pourrait être ainsi continuée dans l'ordre chronologique jusqu'au vingtième volume des Rougon et jusqu'au 47* volume de l'œuvre complète d'Emile Zola ; car l'habile écrivain s'efforça constamment de tenir son public en haleine. Il sut varier ses sujets et plaire aux masses tout en les rifdoyant, tout en les moralisant, tout en se mesurant avec elles. Et lorsque, n'ayant pas réussi au théâtre, où « la lutte est si difficile », il se décida à publier « ses pièces sifflées » : Thérèse Raquin, les Héritiers Rabourdin^ le Bouton de Rose, il déclara :
Si l'on n'a pas du coup pris le public en masse, il faut renoncer à l'accoutumer, à le séduire tête par tête ^