Le roman scientifique d* Emile Zola
EMILE lOÏA OU « JE JETTE* LE GANT a 4;
développées dans les Annales d'hygiène publique et de médecine légale '.
Le D' Martmeau ajoute que «Xelf Pascal n'ayant été publié qu'en 1893, un romancier documenté n'aurait pas dû faire état du phénomène de la combustion spontanée » .
Nous croyons, pour noire part, que Zola avait été frappé surtout par le pittoresque d'une aventure qui se trouve dans l'École des ivrognes de Deslandes et Didier, tableau populaire, joué sur le théâtre des Variétés le 3 octobre 1S34, publié dans le tome IV du Magasin théâtral et où l'un des personnages, Ribaud, n devenu combustible par les hqueurs fortes dont il est plein, en allumant sa pipe prend feu comme une barrique d'eau-de-vie ».
Physiologiquement, ce phénomène est impossible ainsi que l'a démontré le D' Martineau. Il est certain que Zola n'a pas trouvé un trait aussi chimérique dans un livre de science, N' avait-il pas connu plutôt YÉcole desivTOgnes^ où l'on peut encore relever beaucoupde traits utilisés et dans i' Assommoir roman et dans VAssotnmoir pièce, notamment pour la chute de Coupeau.
La femme du couvreur Michel s'écrie, dans VÉcole des ivrognes :
Quand on m'a rapporté le mien qui venait de tomber d'un deuxième et qui était tout éclopé qu'on croyait qu'il aurait toute sa vie les jambes en écharpe, quel coup pour une épouse ! Avec ça qu'il m'a brisé sa montre d'argent en mille miettes.
1. 1850, I" série, tome XLIV, et iBsi, tome XLV, p. 191 etjôj.
2. Henri Massis ne cite pas VEcoie iti Ivn^ties dans Comnunt Zola composait ses romans.
Or, Gîupeau est couvreur et tombe d'un toit, comme le Michel de VÉcoU des ivrognes.
Et V École des ivrognes, après avoir servi pour le roman, aurait servi pour la pièce oi!r Virginie — « k traître » de l'Assommoir fait boire Coupeau, comme le traître Ribaud fait boire Michel le G)uvreur, lequel traverse le théâtre à cloche-pied, pour donner à croire qu'il n'est pas gris, jeu de scène qu'exécutera plus tard à l'Ambigu le personnage de Mes Bottes.
De même, dans Thérèse Raquin, l'action ne rappellet-elle pas certain roman de Charles Barbara (l'Assassinat du Pont-Rougé)y publié en 1859. Cest le même adultère, la même noyade du mari, la même tragédie du remords.
D'autre part, Zola avait beaucoup lu Eugène Sue, mais il en parlait rarement : par contre, il citait beaucoup Balzac qu'il connaissait très mal.
La Gourmandise, des Sept péchés capitaux, lui a servi pour le Ventre de Paris et l'on voit, dans les notes manuscrites citées par Henri Massis, que Madame Barbançon de V Orgueil a été utilisée pour le personnage de M""* Boche.
Si l'on voulait pousser les recherches dans ce sens, il ne saurait être question, bien entendu, d'accuser Zola de plagiat, mais seulement d'étudier le travail intellectuel d'appropriation habituel aux plus grands écrivains. Cette faculté, remarquons-le, était chez lui moins développée que chez d'autres maîtres, chez un Hugo par exemple. Ce qui dominait chez Zola, c'était une volonté opiniâtre servie par un esprit rebelle aux pensées abstraites et aux recherches scientifiques. Même dans la critique et l'examen des documents il n'avait qu'un but : faire la preuve de la
supëriorité de son système. Ceci combiné avec le désir d'étonner son temps. Il est à noter aussi que la mise en œuvre d'un roman, d'une campagne provoquait tout de suite chez lui les sentiments correspondants qui lui permettaient de porter exclusivement son eflfon sur l'œuvre entreprise. Rien n'existait plus en dehors. Tout s'y rapportait.
On Ta bien vu en 1898, lorsqu'il se consacra crânement au triomphe d'une certaine vérité. . .
C'était la fin de sa vie littéraire. Emile Zola avait été un moment tiraillé entre ses intérêts bourgeois et son souci d'être à la tête de ce qu'il appelait « le mouvement du progrès ». Le socialisme l'ayant emporté, il se voua au socialisme, retrouvant après un long détour ses amours de jeunesse, les indignations qu'il éprouvait lorsque la société lui apparaissait « comme une mauvaise plante étouffant les plus nobles cœurs ^ » . « Voici quarante ans que je dissèque, il faut bien permettre à mes vieux jours de rêver un peu », disait-il à Mirbeau en le remerciant d'un article sur Fécondité^ qui, selon lui, était le roman « d'une humanité élargie pour les besognes de demain » .
Certes, il y avait toujours eu chez Zola un pôle bourgeois et un pôle socialiste, voire révolutionnaire. Mais, entre ces deux extrêmes, son caractère avait oscillé une vingtaine d'années. Pourtant, après la naissance de ses deux enfants ^ et, surtout, après la