Lettre de M. Léon Daudet à Emile Zola, 17 décembre
Deffoux et Zavie. 4
iturée, encore qu'elle nous ait douloureusenés, lui rendit-elle service '.
, l'écrivain réaliste avait reporté sa foi, d'enthousiasme sur les anticipations sociamanitaires. Il ne devait plus se complaire qu'en des visions d'une « organisation lit les hommes vivront dans une solidarité larlkite ».
évolution, il acquit une clientèle de lutôt que de nouveaux admirateurs litté-
devint le grand homme des groupes iciales, des Universités populaires et son rivit sur le calendrier des saints de la ;Use.
xe, beaucoup de ses fidèles d'autrefois, lissant plus l'âpre voix qui, par tant Tiques ou passionnés, avait enchanté leur essentaient la mélancolique impression
trouver en lui qu'une force désormais et qui s'exténuait à vouloir donner les de la sancé.
II Faguet, 1902.
4U4 £^£Mi.<]t«i.^U- ^ U444 6^
GUY DE MAUPASSANT ROMANCffiR DE SOI-MÊME
— . , .H venait parfois dans ce café. Il s'as; à droite, et posait son cliapeau melon sui quette, la coiffe en dehors. Chacun, en pass vâit constater que cette coiffe était ornée d' ronne à huit fleurons ; M. de Maupassa beaucoup, .quoi qu'on en ait dît, à son marquis. D'ailleurs, vous savez que si, dans de Caudebec, réédité en novembre 1888, le commandeur Raoul de Maupassant figurait i liste, parmi les derniers templiers de la com de Caudebec-en-Caux, l'auteur de Bel-Ami r étranger à cène insenion...
— D'aucuns m'ont même dit que ce M templier n'était pas plus de la famille du r que le Nau de Maupassant, vieil habitué de 1 dorée vers la fin du second Empire. . .
— C'est bien possible, reprit notre inter n'empêche que le gaillard que j'ai vu ici x
race. Son front bas était singulièrement lumineux.
' " ■"- droit et fort disait l'esprit juste, énergique, lure était puissante. Mais il était mieux assis ibout. Dès qu'il marchait, il avait l'allure e d'un maréchal des logis rengagé. Sous la e, il était demeuré très gentilhomme campa- ,. Et, tenez, un soir, vers la fin de 1890, à lême place, j'ai pu l'observer assez longuement. : de temps en temps son binocle pour surveiller ; du café. Son regard, dur au repos, devenait èveur et ne manquait pas de charme. Maupastendait visiblement quelqu'un. Soudain, il se rès empressé. Je pus apercevoir la personne sage. C'était une blonde au teint vif et aux airs. Elle ressemblait à cet aimable écrivain qui, s revues mondaines, signa Pierre Guérande ou ne. La voix un peu traînante de M- de Maupase parvenait assez bien. Machinalement, au lieu oiner une lettre que j'avais devant moi, je me noter, comme un reporter, ce que contait le :ier à son amie.
;mblait s'excuser : « Je ne suis pas libre ce isait-il. Renvoyons ce rendez-vous à demain... :avez bien qu'à Paris je ne dîne jamais chez Ah ! ce n'est pas que ça m'amuse de fréquenter lette noblesse. ,, Rassurez-vous : je n'en dirai mal... Si je ne dîne pas avec vous, je ne veux it pas vous feire de peine... Vous, vous croyez aux gens du monde, aux raouts balzaciens salons du faubourg Saint-Germain... Mol, il autrement agréable, jadis, de remonter la ;n canot de Triel à Sartrouville que de perdre emps avec les princesses russes... Mais, je
GUY DE MAUPASSANT ROJiîANCIER DE SOI-MÊME S7
n'écris que pour gagner de l'argent... Je dois soigner cette clientèle, la seule qui soit utile pour bien lancer un roman... Ainsi, ce soir, je dîne encore chez une Altesse... Il Éiut reconnaître toutefois que la figt tion princière que je rencontre dans cette maison mapque pas d'intérêt. . . Tout le Gotha, ch Amie!... Le prince de Galles y est venu Thi dernier... Le moindre thé y sen de prétexte à grandes manifestations mondaines... Je n'en mam pas un... C'est là que j'ai rencontré le duc de Cl très, le roi de R..., la comtesse P... »
Le vieux libraire parisien qui nous rapportait propos, notés autrefois par lui au Café de la Réger ne manquait pas d'ajouter :
— M, de Maupassant devint alors si volubile p énumërer toutes ces nobles personnes que je renoncer à mes petites indiscrétions. Je me contei donc de regarder de tous mes yeux, et jusqt moment où il s'éloigna avec « Hermine », le gr écrivain dont les journaux entretenaient alors légende. Eh bien ! par son attitude à la fois fatîg et trépidante, par la contradiction qui se rrfanifest d'une minute à l'autre, dans ses paroles, par tou que sa personne dégageait d'artificiel, j'eus l'imp sion que, comme tant d'autres romanciers, M.
Maupassant avait négligé d'écrire le plus complet plus touchant peut-être de tous ses romans : c qu'il aurait composé en racontant sa propre histo
Maupassant raconté par lui-même : quel beau s de roman pour cet écrivain qui se servait de tou
[tendait, disait copie et argent de tout avec la sinvolture du génie. Car, si l'on considère le 3mme une acuité abstraite et en dehors des is, il a eu du génie comme personne, ce ier inconscient de son œuvre, tout de spondans le travail de création et pour qui le littéraire était fonction même de sa na-
locuments ne lui auraient certes pas manqué >mposer cette sombre histoire d'un, homme rchait quetquefob bien loin,, chez les autres, ts, qu'avec plus de conscience de son génie, il rouvë chez lui, à domicile.
lOm : un nom qui, étymologiquement, pourit-ètre bien signiBer mauvais passant^ passant ou mauvais passage. Des origines nobiliaires 3nfuses et dans l'histoire desquelles deux âges au moins meurent de mort violente.
crivain régionaliste, M. Georges' Dubosc', des ancêtres de Maupassant, nous les montre
siècle préoccupés de « gentilhommerie • ».
; alors des gens sans particule, it de mœurs :t d'heureuse aisance », On y trouve d'honoipothicaires, d'esprit et de goût casaniers, ulement en 1669 qu'un certain Claude Mau-
se révèle de tempérament plus aventureux, de cavalerie, il se fait remarquer, au siège de
et meurt Claude de Maupassant en 1700. Ce ablement le premier anobli de la Emilie. Cet ement aurait été conquis par lui en Lorraine
^. M. Georges Dubosc, etc.
'Normandie, n" 7, juillet 1905.
allemande ' . Mais, Claude de Maupassaat doit-il être classé, avec certitude, parmi les ancêtres de Guy de Maupassant? Un héraldiste pourrait, affirme-t-on, relever d'essentielles différences de blason qui permettraient tous les doutes. Tantôt les armoiries sont : « D'azur onde d'argent au chef de gueules, à la main de carnation issant d'un nuage d'argent, tenant une ancre d'or brochant sur tout l'écu, le bras accosté de deux étoiles d'or. » Tantôt elles sont : « D'azur à la fesce d'argent, chargée d'une main, de gueule, couchant, formant le poing, accompagnée de deux étoiles du même ; la dite fasce accompagnée, en chef, de sept annelets d'argent, 3 et 4 ; en pointe d'une ancre d'argent. »
Ici, les annelets sont mal ordonnés; là, des lambrequins viennent s'ajouter. Bref, bien des motife de savante discussion pour les fervents de l'art héraldique.
Un autre Maupassant, Claude-Georges, lieutenantgénéral, meurt tragiquement, en 1742. Porteur de l'argent de sa compagnie, il est tué d'un coup de pistolet, sans que l'assassin puisse être découvert.
Un César de Maupassant, député de la Sénéchaussée de Nantes aux États généraux, est également tué au cours du massacre de Machecoul, en 1793.
A la date de 1783, vit à Paris, où il exerce les fonctions de payeur de rentes, M. Maupassant de Valmont, domicilié 7, rue Portefoin, au Marais. Notons que Valmont est aussi le nom d'une commune située à quatre lieues de Fécamp. En souvenir
I. U Armoriai général de Riestap donne comme allemand le blason Maupassant.
6o GUY DE MAUPASSANT ROMANCFER DE SOI-MÉME
de cet aïeul ou de cette commune, le romancier signa
de jeunesse du pseudonyme Guy de Valmont.
seulement au xix' siècle que nous trouvons DOssant dans le pays de Bray, puis à Rouen ^euville-Champ-d'Oisel .
Lit enfin que M. Gustave de Maupassant pouser, à Rouen, le 9 novembre 184e, re Le Poittevin, de Fécamp ', et différents es tiennent pour certain que c'est à Fécamp, -le-Bois, que naquit l'auteur d't7«e f^ie.
urrait commencer l'affabulation romanesque Premier mystère : autour de la naissance.
établi sous le numéro jo à la mairie de 2-sur-Arques, le cinquième jour du mois l'an mil huit cent cinquante, nous dit que ;né-Alberi-Guy est né au domicile de ses au château de Miromesnil.
'âteau de Miromesnil, que M. Gustave de mt occupait en location chaque année penaison d'été, fait évidemment mieux comme n, sur un acte officiel, que la petite rue Bois, à Fécamp.
1 admettre que les parents aient fait translu moment opportun, le nouveau-né dans aine dont le nom pouvait flatter davantage :i de « gentilhommerie » ?
J'autant moins invraisemblable que, dans le emps, on trouve M"" Laure de Maupassant à Fécamp d'où elle revient pour la céré-
oilà encore un de perdu |>our moi, écrivait Flaubert, nt, puisqu'il se marie d'abord et ensuite va vivre ail-
monie d'ondoiement quî a lieu, dix-huit jours plus tard, dans la chapelle du château. Les partisans de Fécamp ont, sur ce point d'irréfutables documents, de même, il faut bien le reconnaître, que les partisans de Miromesnil pour la thèse contraire. Nous sommes en Normandie. Il est vrai que plus tard, à Paris, le mystère augmente lorsque l'acte de décès, dressé à la mairie du XVP arrondissement, nous dira que Guy de Maupassant est né à Sotteville, près Yvetot, commune située à plusieurs kilomètres de Fécamp et du château de Miromesnil.
Quoi qu'il en soit, et en supposant même que M. et M"® de Maupassant furent d'accord un instant pour situer la naissance de leur fils dans le cadre le plus flatteur pour leur amour-propre, cet accord ne devait pas subsister longtemps. Des divergences de caractère se précisèrent bientôt entre les époux. Déjà le voyage de noces en Italie n'avait guère laissé d'illusions au jeune couple. Une séparation amiable intervint.
D'attentife amis de M"**^ Laure de Maupassant ont avancé que les chagrins provoqués, tant par cette séparation que par les incidents quî la précédèrent, ne sont pas étrangers aux troubles cardiaques dont souf- 6cit la mère de Guy.
Cependant, ces mêmes amis bien intentionnés signalent, chez M™** Laure de Maupassant, des appréhensions de folie, des hallucinations de la vue et difiërents phénomènes névropathiques qui, par la suite, se reproduisirent, aggravés, lorsqu'elle tenta de s'empoisonner ou lorsqu'il fellut lui couper les cheveux afin d'éviter qu'elle ne s'étranglât. ,
Pour qui croirait à la rigueur absolue des lois de
redite, pour le gynécologue qui saurait trouver, de savantes jongleries de dates, les rapprochements ssaires, d'ingénieuses hypothèses seraient à éta- . Elles expliqueraient pour quelles causes proies les nouvelles de Guy de Maupassant sont :es pleines d'enfants substitués, d'enfants abannés, d'en&nts qui se demandent si leur père est 1 leur père et d'enfents qui trouvent leur père là Is ne croient pas le rencontrer. Elles montreraient [ue les troubles cérébraux d'Hervé de Maupassant de commun avec ceux de Guy. On découvrirait t-être du même coup l'origine, chez celui-ci, sîe e encéphalite ititentitielh ' dont certains signes ;ctéristiques (hallucinations auditives, hallucinalS visuelles, etc.) apparaîtraient aussi bien dans ivre du romancier que dans les manifestations ées de ses « psychoses » héréditaires. Et l'on ne Dnnerait plus de rencontrer si souvent le mot folie, ; ses dérivés, à toutes les pages d'une œuvre iparente belle santé, mais, au vrai, fort fiévreulent conçue.
Hérédité et intoxication » suggère, de son côté, y Maurice de Fleury dont le témoignage est d'un ^lîer intérêt documentaire lorsqu'il rapporte * des propos que lui tint Maupassant après la lication de Pierre et Jean, ce récit si pathétique et mple:
le livre que vous trouverez sage et qui, je crois aussi, D' Gilbert- Ballei. Psychoses et affecUom lurwusts. Paris,
D' Maurice de Fleury, Ititrcduction à la médecine del'espiîl. s, 1897.
donne la note juste, je n'en ai pas écrit u m'enivrer avec de l'éther ; j'iû trouvé dans une lucidité supérieure, mais ça m'a fait mal.
Les voluptés de la vie ordinaire lui
. donc à te! point qu'il était amené à
recherche des paradis artificiels ; et, le déj
accoutumées l'entrainait même ' jusi
d'exception qu'enseigne La philosophie de
Voici pour l'intoxication. Pour l'héi rappelle qu'en 1903, un médecin ayant é dans une thèse. M"' Laure de Maup d'autoriser la publication de ce travail^.
Années d'enfence, jalousement survei Laure de Maupassant, mère aussi fana Jeanne d' Une Fie ; années d'apprentissag sèment disciplinées par Gustave Flauber lectuel (U paternité intellectuelle vaut disait Flaubert) et voici la guerre de 18^ prussienne, tout le cortège de douleurs qui devait laisser au jeune homme « cett d'horreur durable qui caractérise certain:
chemars ».
Au début, il est tout enthousiasm « l'issue de la guerre ne &it pas de doi niands sont perdus, ils le sentent très I
1. Voir dans les Soitwniis de François le 16 MoHtmarIre (p. 198 et 199).
2, Notes. Maupassant et les inédi:ciQ5.
et leur, seul espoir est d'enlever Paris d'un coup de main, mais nous sommes prêts à les recevoir » (lettre à sa mère).
Les masses pillardes de l'envahisseur viennent bientôt faucher ces orgueils faciles.
Je me suis sauvé avec notre armée en déroute, écrit -il alors à sa mère. J'ai passé de Tavant-garde à l'arrièregarde pour porter un ordre de l'intendant au général. J'ai fait quinze lieues à pied. Après avoir marché et couru toute la nuit précédente pour des ordres, j'ai couché sur la pierre dans une cave glaciale ; sans mes bonnes jambes j'étais pris.
Ceci nous rappelle les premières lignes de l'admirable Boule-de-Suif: « Pendant plusieurs jours de suite, les lambeaux d'armée en déroute avaient traversé la ville. »
Ces souvenirs poursuivront longtemps Maupassant ; longtemps une cruelle hallucination fera retentir à ses oreilles le pas cadencé de l'ennemi. Cette hantise frémit dans nombre de ses nouvelles; l'idée de la revanche l'obsédera; elle le fera mépriser Zola rêvant de réconciliation et de fraternité universelle; c'est elle qui, en janvier 1892, après la tentative de suicide, à Cannes, l'agitera fébrilement et lui fera dire à François Tassart:
François, vous êtes prêt ? Nous partons, la guerre est déclarée... Il a toujours été convenu entre nous que, pour la revanche, nous marcherions ensemble. Vous savez bien qu'il nous la faut à tout prix et nous l'aurons ' .
I . Plus lucide, il s'était élevé contre ceux qu'il appelait : « les braillards de la revanche». Il disait alors à François : «Nous ne
L'année terrible n'avait pas frappé que l'esprit de ce soldat de la défaite. La fortune des siens s'était dispersée. U doit alors solliciter, au ministère de la Marine, un poste qui lui permît d'alléger les charges familiales. Surnuméraire aux appointements de 1500 francs, il connaît, durant des années, les mornes joies du rond-de-cuir appliqué au dénombrement méthodique des <c Toiles à voiles et filins » ou des « Imprimés du service intérieur ». La recommandation de Flaubert le fait passer à l'Instruction publique. Ses camarades de ministère gardent de lui le souvenir d'un homme «correct, déférent, discret et timoré^ ».
Timoré — ou bien plutôt prudent; — il l'était assez pour n'abandonner son poste qu'après avoir conquis l'indépendance matérielle que lui valut le triomphe de Boule-^e^Suif.
C'est chez Maupassant, rue Clauzel, que les cinq jeunes du Groupe de Médan se lurent pour la première fois les pages qui devaient composer le recueil 2. On avait commencé par tirer au sort, dans un chapeau, la place des nouvelles dans le volume, celle de Zola devant être la première. La lecture suivit cette petite cérémonie. Maupassant lut le dernier.
Taurons jamais de cette façon ; il faudrait, au contraire, se bien préparer sans le laisser voir et leur tomber dessus au moment opportun » (Souvenirs de François, p. 93).
1 . Il écrit vers cette époque à Flaubert : « Je vois ici des choses qui sont farces, farces ; et d'autres qui sont tristes, tristes. En somme, tout le monde est bête, ici comme ailleurs. » Cf. Maupassant fonctionnaire, par de Monzie (Aux confins de la politique,