‹ Le groupe de Médan:Chapitre 21 sur 57 · I. Notes. Article d'Henry Cârbonnelle au Gil Bios · texte numérisé non relu

I. Notes. Article d'Henry Cârbonnelle au Gil Bios

à lui de &çon singulière, mais, « dans un but plus précis, plus nettement déterminé ». Pour l'instant, il se contente, après cette rapide vision, de proclamer a son dégoût des bouges de Paris où s'agitent, comme cinglés par Je fouet de l'hystérie, un ramassis de, naïades d'égont et de sinistres riboteurs ».

En 1877, il se souvient, lorsqu'il écrit Sac-au-Dos, qu'il avait, en quittant l'hospice d'Evreux, au lendemain de l'armistice, en janvier 1871, adressé à une religieuse, sœur Angèle, un adieu plein de reconnaissance:

— O chère sœur, je pars : comment pourrai-je jamais m' acquitter envers vous?

Qui aurait cru qu'il s'acquitterait un jour avec une ferveur que sœur Angèle elle-même n'aurait pas osé espérer ? L'oblat Huysmans devait parfois prier pour sœur Angèle, dans la maison Notre-Dame, à Ligugé, vingt-cinq ans plus tard... Mais, en attendant cette échéance, il montre la charitable sœur pleine de compassion et d'indulgence pour les tristes militaires de son genre. « Sœur Angèle disant sa ronde, le soir, se détournait pour ne pas voir le point de feu des pipes qui scintillait dans l'ombre. » Sœur Angèle lui demandait avec intérêt de ses nouvelles :

Quand je lui exprimais l'effroyable ennui que j'éprouvais, perdu dans cette troupe, au fond d'une province, . loin des miens, elle ne répondait pas, mais ses lèvres se serraient, ses yeux prenaient une indéfinissable expression de mélancolie et de pitié.

Après quoi Huysmans, errant « comme une âme en peine » sous les arcades du cloître transformé en hospice, trouvait, comme par hasard, tracés sur la

muraille, les vers suivants qu'il publiait dans la première édition de Sac-au-Dos :

O croix qui veut V austère, à chair qui veut le doux, O monde, ô évangile, immortels adversaires, Les plus grands ennemis sont plus d'accord que vous Et les pôles du ciel ne sont pas plus contraires.

On mxmte dans le ciel par un chemin de pleurs, Mais que leur amertume a de douceurs divines ! On descend aux enfers par un chemin de fleurs, Mais, hélas ! que ces fleurs nous préparent d*épine$ !

La fleur qui, dans un jour, sèche et s* épanouit. Les bulles S air et Seau qu'un petit souffle casse. Une ombre qui paraît et qui s* évanouit Nous représentent bien comme le monde passe ' .

Dans A vau Veau, M. Folantin, entre deux déboires d'ordre culinaire, ne peut s'empêcher de constater que « ceux-là sont heureux qui acceptent comme une épreuve passagère toutes les traverses, toutes les souffrances, toutes les afflictions de la vie présente. Quelle occupation que la prière ! s'écrie-t-il, en regrettant de ne pas avoir la foi ; quels débouchés que les pratiques d'un culte! Le soir, on va à l'église, on s'abîme dans la contemplation, et les misères de la vie sont de peu ; puis les dimanches s'égouttent dans la langueur des offices, dans l'alanguissement des cantiques et des vêpres, car le spleen n'a pas de prise sur les âmes pieuses » .

Par dégoût de ce qu'il appelait le monde matériel,

1 . La première édition de Sac au dos, qui contient ces vers est le tirage à part(io exemplaires) de la publication dans V Artiste de Th. Hannon (Bruxelles, 1877). Voir notes.

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la vie ambiante, par mépris apparent de ses contemporains, il aspirait à la foi, mais avec cette obscure crainte (l'a-t-elle jamais quitté?) que le catholicisme ne fît qu'aggraver le spleen dont il souffrait.

Pourtant, à l'époque où Zola lui reprochait — et cela ne manque pas d'un certain comique sous la plume de l'auteur de La Terre — la recherche du cas pathologiquey le goût pour les plaies humaines, en 1880, sortant de la boutique du coiffeur des Croquis parisiens, les démangeaisons que procurent les cheveux coupés tombés dans la chemise, lui étaient déjà prétexte inattendu pour admirer — « l'éternel héroïsme des religieux dont les chairs sont, nuit et jour, volontairement grattées par l'âpre crin des durs cilices ».

Obscur pressentiment de l'oblature ou simple trait de bougon méthodique se plaisant à augmenter sans cesse son bagage de déconvenues ? — L'un et l'autre, peut-être ! Huysmans se réjouissait de trouver, dans l'analyse outrée de ses ennuis quotidiens ', ce sens aigu de curiosité qui soutenait sa furieuse éloquence contre la vie moderne.

A la longue, cependant, il semble trop attentif à donner aux raisons de sa lassitude la parure littéraire, trop soucieux de les présenter dans une note plus volontiers pittoresque qu'émue. Cela devient comme une jouissance à rebours, un goût de déformation caricaturale.

Il pensait que la littérature seule y trouvait son compte ; mais c'est alors que Notre-Dame d'Igny n'était pas loin ! Car « la grâce » marque de plus en plus son empreinte dans une âme qui pousse à ce

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