I . Notes. Huysmans fondateur de journal
D«l-FOCX ET Zàvie. n
point l'amour spéculatif de la misanthropie ! — L'art est souvent la voie tortueuse, mais sûre, que choisit la religion pour arriver à ses fins.
Comme le Léo àé Marthe i^ à force de tourmenter l'idée, d'essayer de rendre les bizarreries qui le hantaient, les nerfs se tendirent et une immense fatigue l'accabla ».
Cette curiosité, toujours r*eportée sur soi et assez semblable à celle du névropathe qui étudie, sa lésion, devait aboutir au formidable ennui que l'on sait et à la recherche d'autre chose. Le romancier naturaliste dut se réveiller un jour apeuré du néant de son attitude intellectuelle.
La tentation lui vint un moment de chercher un dérivatif dans la magie. C'est l'époque, profitable encore pour sa littérature, du séjour à Lyon et des offices étranges célébrés rue de La Martinière, par le directeur des Annales de la Sainteté^. Là-Bas paraît dans VEcho de Paris, Grand succès, même chez les gens de lettres ! « C'est bien tout à fait ce roman, notcj à la date du 18 février 1891, Edmond de Concourt dans son Journal,,. C'est de la plantureuse écriture, avec derrière dç la pensée outrancière... » Et, le 1 5 mars, « au Grenier » on cause de Huysmans qui « se dit inquiété par des espèces d'attouchements frigides le long de son visage, presque alarmé par l'appréhension de se sentir entouré par quelque chose
I. Voir Une étape de la conversion de J.-K. Huystnans, par André du Fresnois (La Grande Revue, 15 mai 191 1, p. 342 et s.). Mais, c'est peut-être dans En Rade (1887) — cette transposition d'une étrange villégiature passée avec Anna Meunier à Jutigny — que se révèlent les premières inquiétudes de l'écrivain dans le domaine psychique.
d'invîsible. Est-ce qu'il serait, par hasard, victime du succubat qu'il est en train de décrire dans son roman ? iPuis, une terreur secrète est en lui de ce que son chat, qui couchait sur son lit, ne veut plus y monter, et semble fuir son maître. Le chanoine de Lyon, qui lui a donné des renseignements sur la messe noire, dit-il, lui a écnt que ces choses devaient lui arriver, et chaque jour, il lui mande ce qui suivra le lendemain, avec accompagnement d'ordonnances anti-sataniqucs pour s'en défendre. »
O ces ordonnances anti-sataniques ! — Hosties marquées de stigmates sanglants ! hosties consacrées contre les menaces des méchants Rose-Croix ; luttes ésotériques avec le marquis de Guaita, Joséphin Peladan et Oswald Wirth ; envoûtements, chocs en retour, tables tournantes, diableries, duels ^ ! Et Boullan-Johannès ; et Ledos-Gevingey ; et Rocca-Docre; et M°*' Laure ; et « Maman » Thibaut ; et toutes les grosses parades de ceux qu'il traitait, en 1877, ^^ « Kabbalistes toqués » l'ébahissent durant quelques mois puis, finalement, lui apparaissent comme les moyens détournés choisis par le Dieu de ses pères pour le ramener à lui.
Il cherchait autre chose. Mais ne l'avait-il pas en lui, le salut ! La religion qui s'imposa pendant vingt siècles ne peut-elle pas encore relever et diriger une énergie ? Ce raisonnement provoqua l'explosion : Huysmans pria...
Ainsi, huit ans plus tôt, sans se rendre compte qu'il lançait déjà au ciel une prière. Des Esseintes avait demandé au Seigneur de prendre pitié de l'in-