‹ Le groupe de Médan:Chapitre 23 sur 57 · I . Notes. Huysmans et Boullan. — Huysmans et le satanisme · texte numérisé non relu

I . Notes. Huysmans et Boullan. — Huysmans et le satanisme

crédule qui voudrait croire. Il fut tout de même surpris, lorsqu'en 1892 le ciel l'exauça. Voyant que cette fois c'était sérieux il tenta de se rebiffer !...

Suivant l'amusante observation d'un de ses critiques « il s'approcha de la pénitence avec les arguments et les retards d'un malade qui tâche de se dérober au traitement et s'éloigne tant qu'il peut de la piscine salutaire dont il affecte toujours de trouver la température ou trop froide ou trop chaude ».

Malgré les affectueux encouragements que lui prodiguaient maints maîtres-nageurs apostoliques accourus à son aide, il s'obstinait à rester sur le bord.

Des liens de sentiment rendus plus vivaces par le malheur, des habitudes chères à son cœur de vieil homme casanier retenaient son élan...

Cependant, après bien des reculs, bien des hésitations, un jour de détresse plus vive, il fit un signe de croix, — et plongea.

Il avait renouvelé sa manière littéraire sans renouveler son cœur; et, dans le catholique éperdu, l'homme s' affligea lorsqu'il s'aperçut que rien de ce qu'il chérissait, en dehors des livres et des autels, . ne l'attachait plus au monde.

Oui. Les voies de Dieu demeurent impénétrables et leur obscurité est, pour le croyant, le caractère providentiel de leur attirance. Pourtant...

Ne peut-on pas concevoir que, chez Huysmans, le culte d'hyperdulie était déterminé surtout par des souvenirs féminins dont l'évocation sensuelle, à travers la prière, s'épanouissait en pureté...

Qui sait si Huysmans n'avait pas perdu l'inspiratrice terrestre d'une partie de sa littérature, le témoin de sa vie, la petite Notre-Dame d'Amour à laquelle, au détriment de « notre mère Marie », il avait adressé d'abord ses dévotions ?

Les grands actes humains, les gestes héroïques, n'ont parfois pas d'autre cause qu'une porte qui s'ouvre ou qui se referme sur un cercueil ^

I . Notes. Sur la mort d'Anna Meunier. Lettres de MM. Descaves et Hennique.

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Pourquoi ètes-vons venue, si c'était pour vous en aller ?

{Unt belle journée, p. 311.)

Il porte allègrement ses soixante-neuf ans, cet aimable Parisien, dernier ou avant-dernier représentant du mouvement naturaliste, et que M. Léon Daudet saluait un jour comme « la tête la plus solide du groupe ».

Son nom évoque toute une époque déjà lointaine, le bon visage de Gustave Flaubert, Concourt et son « Grenier » d'Auteuil, Alphonse Daudet et les gais dimanches de Champrosay, Guy de Maupassant, canotier neurasthénique, les Soirées de Médan, le Théâtre libre...

Très droit, le chapeau rond avancé sur le front, quelques poils roux dans une blanche et forte moustache, monocle plus souvent sur le gilet que devant l'œil, le ruban rouge et le -liséré vert et noir de 1871 à la boutonnière de la jaquette, M. Henry Céard^ n'apparaît-il pas, entre la rue Vivienne et l'Opéra, comme l'un des derniers représentants aussi de ce

I. M. Henri Céard est né à Bercy, rue Gallois, le 18 novembre 1851. Sa famille est champenoise.

nommait, voilà pas mal de temps — avant ; guerre, avant 71 même, — le Boulevard ?

ait tenté de !e croire : saluant à droite, saluant , il semble connu de Tout-Paris, c'est-à-dire cinquante à deux cents personnes habituées rages. Et sa sithouette...

e ne sont là que des apparences : M. Henry : peu connu du Tout-Paris, et il n'est pas irdier » dans le sens que donnèrent jadis à is familiers de Tortoni ou du Café Anglab...

es ne sont pas autour des soucoupes dans les , matériellement, il passe chaque jour sur le 1, intellecmellement, il n'y séjourne guère.

n le vit, autrefois, aux premières représenil se trouvait là par métier, non par goût; l'il cessa d'être critique dramatique, il cessa

théâtre, [onc loin du boulevard que des amitiés fidèacquises à l'érudit, i l'essayiste que trente ï critique littéraire, dramatique ou musicale

à l'Événement, au Matin, ont laissé miracut alerte, prodigue de mots et d'anecdotes.

art MM. Pol Neveux, Gabriel Thyébaut et mesnil (son collaborateur pour un Essai cliittéraire sur Guy de Maupassant "), qui peut

de bien connaître le parfeit homme de lettres . Henry Céard ?

Denoisel est ce personnage un peu effiicé,

olume en préparation-

mais sympathique qui, dans Renà Mauperin, joue le rôle de fiancé à la fantasque « jeune fille moderne ». Sous ce pseudonyme emprunté au roman de Concourt, l'étudiant en médecine Henry Céard — qui venait d'abandonner, pour la salle de rédaction, la salle d'hôpital où dans l'odeur de chlore et d'iodoforme il avait appris à observer en clinicien — fit ses débuts au quotidien Les Droits de V Homme. Il avait été présenté au directeur de ce journal par Albert Pinard, l'auteur de Madame X. . ., un curieux roman que les fervents du naturalisme connaissent bien. Dans le même temps, l'ancien carabin, recommandé par le général de Bostquénard, entrait, en qualité d'auxiliaire, au ministère .de la Guerre.

Là, il rencontrait Ludovic de Francmesnil, un de ces types d'artistes que le xviii* siècle qualifiait si joliment d'originaux. Dessinateur, poète, musicien et, de plus, fonctionnaire irréprochable attaché au bureau de la justice militaire, Francmesnil était grand ami: d'un autre <c rond de cuir » modèle, Charles- Marie-Georges Huysmans, dit Joris-Karl, rédacteur au ministère de l'Intérieur. Il lui présenta le nouveau collègue Céard.

Un même amour de François Villon rapprocha tout de suite les deux jeunes hotnmes. Certain jour de l'année 1874, Huysmans, chez lui, 114, rue de Vaugirard, donnait lecture à Céard du Drageoir à épices : débuts d'une amitié qu'aucun événement ne devait contrarier, premières rencontres littéraires de deux futurs collaborateurs aux Soiràs de Médan.

En 1880, pour ce volume des Soirées, qui était comme le manifeste du groupe, M. Henry Céard écrivait, en manière de préface, quelques lignes nettes

irO HENRY càARD, PESSIMISTE RÉSIGNÉ

comme un défi : « Nous nous attendons à toutes les attaques, à la mauvaise foi et à l'ignorance dont k

)us a déjà donné tant de preuves. Notre a été d'affirmer publiquement nos véri-

■tiés, et, en même temps, nos tendances

ï le Sac-au-Dos de son ami Huysmans et .

lu Grand 7 de M, Léon Hennique, M. Céard

I Saignée, une nouvelle dont il dit aujour- .xcepté le début, le Siège de Paris, qui nie ■e par son écriture au présent, le reste me par sa Éiusseté et je n'en suis pas fier. »

suivante, paraissait Unif belle journie, roman d'abord dans f Artiste de Théodore Hannon?

; un modèle accompli de l'esthétique natu- >is cent quarante-six pages où rien ne se

:-vous de L'Éducation Sentimentale », dit Concourt devant cet exercice de haute vit-

valut à l'auteur, avec les sarcasmes de la is suffrages littéraires d'Alphonse Daudet, isant et de Zola, en cinq panies comme un drame charpenté

classique formule impaire, drame où la rait le rôle principal, Une belle journée est

choisi dans la vie d'une petite bourgeoise

ihamain, « la dame » de l'architecte du étage, a fait la connaissance d'un de ses

Céard fut en quelque sorte le théoricien du naturu-

lux notes, sa. définition de ce mot.

k, de Bruxelles, a" i, y année, 6 janvier 1878.

voisins de l'étage supérieur, M. Trudon, qu'elle « trouve très aimable avec son élégance de gravure de tailleur à la mode, sa gaîté apprise dans les cafésconcerts, sa rondeur de commerçant qui fait des aSaires en blaguant ses clients et en leur tapant sur le ventre ».

Quelques rencontres dans l'escalier, de petites causeries, une soirée dansante où M. Duhamain, le mari, paraît à notre bourgeoise plus ridicule qu'à l'ordinaire, il n'en faut pas davantage pour que cette honnête dame décide d'aller passer, avec M. Trudon, une journée à la campagne.

Le temps promet d'être beau et le couple de fortune s'arrête, pour déjeuner, dans un cabinet particulier du restaurant des Marronniers, quai de Bercy.

Trudon fonde naturellement quelques espérances sur la jolie M"' Duhamain, à qui cette escapade semble sans importance, tant les femmes possèdent le pouvoir de se tromper sur leurs inavouées intentions. Mais, au cours du déjeuner, la sottise et la vulgarité du bellâtre sont telles que M™' Duhamain n'a plus envie que de rentrer chez elle.

Rien de ce qu'elle avait désiré ne lui semblait plus désirable. De quelque côté qu'elle se tournât, le mariage ou l'adultère ouvraient devant elle un égal horizon de sottise et l'adultère avait, en plus, l'inconvénient de compromettre et de déconsidérer.

Par surcroît de tristesse, voici que l'ondée Êiit son entrée... « quelques gouttes de pluie tambourinaient sur les vitres, s'y écrasaient et puis coulaient tout du long, comme des larmes... »

L'orage tient le couple enfermé et prolonge durant

ÎNRY CÈARD, PESSIMISTE RÉSIGNÉ

mes l'odieax tête-à-tète. M"* Duhamain n'ont que la ressource de regarder l'eau

dit Trudon, voilà que ça cesse de tomber

ouragan augmentait encore. Au loin des vo- , une dégringolade de carreaux s'entendait, à travers le pays^e désolé. Puis le silence it, un silence navré...

? Trudon cherche des journaux : la polipe.

es journaux toute sa vie, démesurément, il dépravation naturelle des monarchies, à la érieure des États populaires. Et, l'autoritaire i se cache au fond de tout républicain appa- Lvoqua les principes de 89, n'hésita pas à les acés. En résumé, il était d'avis qu'on impoar la force, à quiconque professait des opi-

imain s'empare de quelques illustrés, gaulumaUx de modes.

s, tous, parlaient de grandes dames. Il était n de ménage et de bébés au milieu de ces ites; une odeur de pot-au-feu au patchouli ni ces intérieurs.

It Trudon a évoqué se^anciennes bonnes vectivè en lui-même contre sa partenaire maintenant, il se promène de long en a pièce.

ts, il s'arrêtait dans un coin, paraissait réflé-

chir, s'intéressait à une des fleurs peintes du papier de tenture, la regardait curieusement. Cette fleur l'attirai toujours sans qu'il sût pourquoi, et, chaque fois, faisant devant elle une halte plus longue, il la grattait du bout de l'ongle, comme s'il eût cherché à découvrir quelque chose derri^e, puis il reprenait son va-et-vient monotone.

. L'âpre comique de cette scène d'ennui alterné se poursuit tout l'après-midi. Enfin un fiacre vient, Trudon accompagne jusqu'au train de Ceinture la jeune femme qu'il souhaitait séduire quelques heures plus tôt et qui ne lui semble plus maintenant qu'une petite bourgeoise peu désirable, grimacière et mijaurée.

Une banale poignée de main. Ils se quittent. Et voici que, séparés, tous deux éprouvent la sensation d'un vide immense, « la désolation d'une tristesse illimitée dont la médiocrité même ne recommencera pas ».

C'est alors qu'à côté de l'anecdote, le ton s'élève singulièrement; rentrée chez elle, M°" Duhamaîn réfléchit à la grande histoire de sa vie qui compose un bien petit drame peut-être pour un lecteur ordinaire. Et le roman se termine sur ces lignes désenchantées :

Elle comprit que la~misêre des cœurs résulte non pas des douleurs continues qui les poignent, mais de l'effort qu'ils font pour échapper à leur condition. L'idéal qu'ils réclament ainsi qu'une délivrance se montrait plus meurtrier encore que les vulgarités auxquelles ils tentaient de se soustraire ; puis, il y avait en plus les dangers, les craintes, les pertes d'habitude et aussi, et invariablement, les retours plus douloureux après les aspirations non réalisées. , .

Deffoux et Zavie. 6

HENRY CÈARD, PESSIMISTE RÈSIGNÙ

de livres d'une plus hautaine, d'une plus ; moralité, mais c'est là une chose de :îe peu l'artiste qui domine en M. Henry st tant pis si les conclusions que Ton peut œuvre aboutissent à cette sagesse qui per- Alphonse Daudet de le traiter, en toute « pessimiste nonchalant ». La dominante t chercheur n'est-elle pas une curiosité :ée'?

:e et auteur dramatique (^Pierrot spadassin, honneur, la Pêche, les Résignés, au Théâtre Henry Céard fut de toutes les batailles de e où ne manquèrent ni les courages, ni ;ssements^. Plus tard, conservateur à la ; de la Ville de Paris', il lut presque vres qu'il en communiqua, par fonction, ;urs de l'établissement. Il documenta disjoncourt, Huysmans, Zola; et ce n'est ; si celui-ci fit trop souvent, de la docuicientifique ou historique que lui apporement son ami, l'usage que l'on sait...

"oulouse était du reste plus indiqué que lur parfaire cette besogne de vulgarisation.

ne tarda-t-il pas à découvrir le docteur

ne curiosité vite désabusée, polémiques furieuses du temps passé, rien ne subm le souvenir d'avoir, vaille que vaille, essayé de lent figure littéraire,.. » Henry Céard. Lettre iné-

éard <:on5ervaieu[ à la Bibliothèque de la ville de

qui le lui rendit bien. Ce fut à ce moment que parut la fameuse Enquête médico-physiologique sur les rapports de la supériorité intellectuelle avec la névropathie, caricaturale réalisation du célèbre mot de Zola: « Je ne suis qu'un savant. » Et les véritables savants de rire aux larmes ^

M. Henry Céard, qui fut le témoin de leur gaîté, s'écria en abandonnant définitivement les Rougons à eux-mêmes:

Notre foi,^ elle est de ne pas croire à l'usage désordonné et presque forain qif on fait de la science, de douter des illusions qu'elle donne, de la réclame qu'elle sert à susciter et de l'admirer seulement pour la splendeur de son incertitude, comparable à la lumière des phares aperçus dans la nuit et qui indiquent la côte aux navigateurs sans cependant empêcher les naufrages 2.

On peut se demander pourquoi M. Henry Céard, littérateur et homme de lettres exclusivement, demeure sinon oublié, du moins relégué dans une pénombre où il semble assez se complaire. M. Céard restera pour le public l'auteur à^Une belle journée. Or, il est facile de concevoir (\xxUne belle journée ne saurait rallier les suffrages du public qui fait les succès de librairie... Non plus d'ailleurs que cet autre roman déconcertant : Terrains à vendre au bord, de la mer.

C'est après avoir pris sa retraite de fonctionnaire que M. Céard, s'étant retiré à Port-Haliguen-en- Quiberon, composa ce maître livre.

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