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I. Notes. Lettres de Zola

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hâtivement au cimetière, — belle chose dans la note de Médan.

Rien n'est éloquent comme la tristesse de cet enterrement dont la marche, minutieusement décrite, finit isur des réflexions ménagères:

— On passa le long d'un calvaire en granit ; on entra dans une avenue où des sycomores entrelaçaient leurs branches chargées de neige... Et, le cimetière, à certains endroits, paraissait immense, s'allongeait démesurément, tortueux, plein d'arbustes vivaces dont plusieurs avaient l'air accroupi, donnant Tillusion d'une ville peuplée de bizarres et minuscules palais à demi-enfouis sous une avalanche... Une incrompréhensible excitation, malgré la froidure, attaquait les nerfs, s'exhalait de la placidité même du paysage. D'arbre en arbre, des roitelets s'amusaient à suivre Tenterrement.

Romantique avec Elisabeth Couronneau et La niort du duc d^Enghien, symbohste et spirite avec Un caractère, naturaliste enfin avec les ouvrages cités plus haut, ainsi qu'avec Poeuf et le Grand Sept des Soirées de Médan, M. Hennique a touché à tous les genres.

Exempt de préoccupations matérielles, il n'a jamais écrit que pour le plaisir d'écrire. Il est, par excellence, l'amateur dans le sens xviii* du terme — mais d^ns ce sens-là seulement — . C'est un virtuose qui exécute des « variations » de style sur un sujet... Dans ses variations naturalistes, peu ou pas d'action : une histoire trop vive nuirait à la mise en page des détails, à tous les jeux artistes de ce fervent dilettante

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des lettres. Il ajoute, à côté des principaux personnages, des bonshommes de second plan, même inutiles au récit, encore qu'il soit urgent de les placer là, parce qu'ils sortent tout fabriqués d'un carnet de notes et que Ton n'écrit pas un roman pour conter une aventure, mais plutôt pour situer des types.

Ces héros de troisième ordre, surgis de l'âme des paysages, ne sont pas plus importants pour l'action que des gens rencontrés en wagon ; ils s'ajoutent au décor, simplement, et le roman rejoint ainsi davantage les réalités quotidiennes.

Quant aux « héros modernes », pauvres héros, le plus souvent passife, sur qui pèse une fatalité héréditaire, ils s'en vont avec leurs vices, leurs passions et les soucis de leurs intérêts, sans grandeur, voulus ainsi, vulgaires parce que plus vrais.

M. Léon Hennique possède une amusante facilité à saisir le ridicule des êtres et des choses. Nous sommes loin avec lui des fresques allégoriques de Zola. Il emploie de préférence, à des synthèses toujours un peu hâtives, une analyse où il se sent plus à l'aise, fixant, telles qu'il les recueillit, presque directement, sqs observations sans s'essayer sur les vues d'ensemble ni s'attaquer aux n^étaphysiques puériles ; en quoi il considérait Zola et ses Rougon comme l'exemple à ne pas. suivre. Adroit chasseur de documents, il feit collection de matériaux « livresques » pour la joie, ensuite, de les présenter sertis d'épithètes précises, rehaussés d'images visuelles et bien directes, empruntées aux situations mêmes qu'il traite.

Cependant, ou du moins, c'est pourquoi, sans doute, la vie n'est pas gaie chez lui ; et son ironie.

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derrière le lorgnon, demeure sans illusion. Sans illusion ! voilà bien le grand mot lâché ! M. Hednique exagère, au besoin, ce parti pris de voir, non pas noir — il est bien trop fin pour cela — mais gris. Les personnages de ses livres s'en ressentent.

Hébert est gros, empesé comme une chemise de distribution de prix. Ventujol est un beau garçon ambitieux, sensuel, instinctif d'abord qui ne sait pas trop ce que lui veut la fortune. Morizot est un de ces magistrats qui s'amusent de potins et raillent leurs fonctions. M"* Hébert est sentimentale, maternelle et romanesque. La dévouée, Michelle, est par trop stupide pour être sympathique tout de même que M""* Hébert est un peu sotte pour que nous lui accordions au delà d'un intérêt passager. JeofFrin, l'ex-horloger, de qui la manie d'invention est bien conduite, se présente comme un assassin plutôt lâche, Barbelet, protecteur de Michelle, est un faible, et l'on ne conçoit point qu'il n'essaie pas quelque démarche pour sauver sa pupille. Minnie Brandon nous devient antipathique aussitôt que nous devinons qu'elle se saoule. Benjamin Rozes est trop complaisamment bête et douillet. Quant à Francine Cloarec, c'est une Bretonne quelconque.

Tous ces gens sont peu sympathiques, ils ne nous touchent pas. Le romancier, du reste, ne les aime point ; il témoigne aux enfants de son invention un certain mépris; il ne cache guère son sentiment et les entoure de détails mesquins et vulgaires. Les personnages intelligents, entendez ceux que l'auteur n'a pas traités sans complaisance, comme VEdmund de Minnie, sont des psychologues, inquiets, raisonneurs et feibles, partant très humains, mais, à la

;, le lecteur le plus averti se lasse de ces êtres écision.

tes, on sent bien, à travers le mépris que ir porte à ses héros en particulier, et à l'humaa général, qu'il accorde quelque attention à la mélancolie humaine ; mais il se garde de la er profondément et préfère placer de petites 1res ou des anecdotes un peu dures. C'est peutour cette raison que l'intérêt est égal dès le et paraît ne plus devoir changer : tout se au premier plan. Ces types, cependant, sur lus ne pouvons pas garder d'illusions, nous ne ns pas tes aimer non plus, comme il est d'usage 3n accorde une estime éphémère à des héros res qui ont de la sympathie à revendre ; mais le les oublions jamais parce que nous les conis. Nous connaissons leurs métiers, leurs tics s habitudes. Ces personnages, nous les retroujujours, ils demeurent en nous, tant il est vrai, : l'a écrit M. Léon Hennique, que « tout être 1 laisse après soi un invisible double, un fanédentaire dont nul ne se débarrasse ».

s le décor de ces romans situés par petites s, exactes et précises, où il semble' que nous vécu, nous aussi, à côté des héros, de mornes d'ennui, de fatigue ou de peine, M. Léon ]ue ne nous épargnera rien des vices ou des des de nos compagnons. Si, d'aventure, il y viol dans le passé de cette femme, un accident gubre, une maladie de Naples, un père alcoo-

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lique, avec quel plaisir ces choses nous seront contées. C'est ainsi que, dans chaque livre de M. Hennique, on peut être sûr de trouver, soit un accouchement, soit une grossesse diflScile ou des batailles d'intestins, soit encore un enterrement qu'un personnage, au besoin, rencontre sur sa route.

Un homme traverse-t-il la mer ? Il est malade. Vat-il dans un dîner ? On s'y dispute avec des propos de corps de garde. S'il pénètre dans un café, il y rencontre un ivrogne typique. Tout cela présenté, naturellement, avec une patience et un sérieux tels qu'une impression de comique douloureux finit par se dégager de ces diverses infortunes...

Ce sont, par exemple, les folles idées de M°** Hébert, tout ce qu'elle ressent de baroque à la suite de son accident de neuf mois. L'officier Ventujol à qui elle confie, dès la première entrevue, son commencement de grossesse, ne manque pas d'être surpris. Il se sent même un peu ridicule lorsqu'il résume sa conquête dans cette formule : « Je suis l'amant d'une femme enceinte! » diminuant ainsi, du coup, son idole. Ventujol s'était d'abord trouvé flatté du choix que M""* Hébert avait hit en le prenant : « Je suis l'amant d'une femme du monde » , se disait-il alors.

C'est drôle vraiment et c'est exact. Il n'est pas d'amourette à quoi l'amour-propre n'ajoute quelque nouvel attrait.

M. Hennique joue fréquemment aussi d'une note comique qui n'a pas l'air d'insister. Gabrielle Hébert, malade, se promène au bras de son mari dans les chemins ombragés où elle s'aventura avec son amant un soir de 14 juillet. C'est ce souvenir qui l'occupe alors que son mari lui parle... D'autre part, Ventujol,

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l'officier, estime le mari de sa maîtresse ; c'est pourtant l'homme qu'a choisi M"" Hébert en haîne de son époux.

Ironie tranquille et d'autant plus cruelle qu'elle est plus firoide, plus sèche. Pas de lyrisme. Pas de déclamations. Surtout pas de moralité. L'auteur prend soin de n'apparaître jamais. Et, pourtant, l'on ne peut pas se défendre en quittant, sur la route de Paris, M"* Hébert — cette petite nièce d'Emma Bovary — d'un certain serrement de cœur que seuls parviennent à nous donner les personnages des œuvres fortement écrites.

Il y a chez M. Léon Hennique une amenume à froid, souvent très poussée, comme l'humour de Mark Twain dans ce qu'il a de plus proche de nous et de plus étranger pourtant à nos habituelles façons de sourire.

Lui aussi, il se divertit aux délassements funéraires, aux pompes funèbres.

Les veillées des morts, les enterrements, les derniers adieux, le romancier nous tes expose avec un plaisir singulier et il apparaît un peu piaître des cérémonies dans un genre où la plupart des naturalistes se complurent.

Rappelez-vous cette scène de La dévouée: Michetle embrasse le cadavre de Pauline, sa sœur, que les croque-morts viennent d'étendre dans le cercueil.

Mais voici que Michelle s'évanouît. Ni le père, ni les amis ne se sentent le courage de bouger ; alors le chef désigne un des employés :

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Michelle, prête à défaillir, se précipite sur le corps de Pauline qu'elle souleva dans un enlacement éperdu. Un instant, les croque-morts eurent l'air de s'embêter considérablement.

— Aide monsieur à emporter mademoiselle !

Barberoux se dirigea vers Michelle puis, une!... deux!... du même geste qui lui servait à empoigner les cadavres, il la souleva par les pieds.

Les croque-morts se mettent ensuite à l'ouvrage. Uun apporte le son, l'autre le phénol, cependant qu'ils échangent des réflexions sans imprévu sur le beau temps, la pluie, leurs rhumatismes. Il y a aussi un débutant qui se bouche le nez quand on verse le phénol et le chlore, « il ne peut pas s'habituer à cette infection-là 1... »

Le départ des croque-morts dans Francim Cloarec est de la même qualité :

Déjà les croque-morts avaient empoigné le cercueil et l'avaient glissé dans le corbillard où il s'était allongé avec un grondement lourd. En un clin d'œil il fut caché sous rénorme housse usée, frangée de blano. Clac ! un coup de fouet cingla le dos de la jument. A droite et à gauche les ouvriers funèbres réglaient leurs pas sur celui de la bête...

Voici un autre convoi — dans un autre roman — qui approche du cimetière. Les gens qui suivent les funérailles, l'auteur lui-même sans doute, ne peuvent s'empêcher de remarquer le grand nombre de croquemorts qui •

défilaient par bandes de deux ou quatre, les uns gras, les autres maigres, ceux-ci très grands, ceux-là petits, tous vêtus du même uniforme noir et décoré d'une plaque bril-

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lante sur la poitrine. On était si certain qu'ils accompliraient bien leur devoir, qu'on les décorait sans exception aussitôt leur entrée au corps. Les hommes de confiance sont rares, on ne les trouve plus que dans les pompes funèbres...

Dans le même ton macabre on relève d'amusantes notations au cours de ce roman historique Elisabeth Couronneau où un bon viveur se doute à peine que sa détraquée de femme fréquente les convulsionnaîres de Saint-Médard. Il retrouve un beau jour son épouse crucifiée. Elle est morte. Le livre est fini. Pas du tout... Encore quelques lignes que le mystérieux Hennique pince-sans-rire placera à côté du Hennique dramaturge. Plutôt que de nous laisser sur une aussi pénible impression, M. Hennique nous avertit que son héros se remet à boire et puis il se remarie et puis il oublie... C'est la vie...

Certes, cette méthode qui consistait à « n'observer la vie » que dans ses plus menues manifestations conduisit souvent les naturalistes à se créer du monde une vision tout aussi conventionnelle, tout aussi exaspérée que celle des romantiques. Leur esthétique, un peu trop appropriée à de médiocres « représentations », devait de temps à autre s'en ressentir.

Mais, à côté de ces excès et d'autres encore, comme ceux de Benjamin Ra^es^ il est des trouvailles qui nous font oublier nos fatigues. Lorsque Edmund entraîne Minnie, il la surprend cachant sa Bible : sentiment de pudeur coutumier aux petites girls et qui ajoute du piquant aux émotions des draps. Ce trait campe

immédiatement les deux personnages! De même dans Y Accident^ si la lettre de M™* Hébert à Ventujol est très bovaryste, le cadre où elle est lue, en public, est indiqué en quelques traits et, tout de suite, nous pénétrons dans l'entourage de l'officier. Lorsque ce dernier, dans sa chambre, reçoit M™*Hébert, de la fenêtre entr'ouverte montent les bruits de la caserne qui viennent distraire les deux amants, et ce sont des réalités indifférentes qui, un moment, les assaillent. Dans ce même roman, il y a des pages sur les bois de Versailles, une allée de statues la nuit, un chemin après la pluie qui dégage un parfum d'automne mouillé...

Les écrivains naturalistes créaient, quand ils voulaient, l'atmosphère avec des riens, et leur décor, évoqué d'un mot, devenait soudain, pour nous, inoubliable. Les événements importants étaient souvent présentés aussi en quelques lignes.

La chute de M"* Hébert dans son escalier, cinq lignes. Un accident est si vite arrivé. Par contre, les nuits d'insomnie de la pauvre femme sont rigoureusement comptées. Ne nous plaignons pas, c'est un peu long parfois, mais quels souvenirs on en garde !

Cette notation scrupuleuse, qualité remarquable de M. Hennique,est d'ailleurs générale aux écrivains de sa génération, de même que le souci de situer l'heure. Ils savaient trouver la couleur et rendre jusqu'à l'odeur d'un paysage; jamais leurs matins ne ressemblaient à leurs soirs comme semblable confusion se produisait chez les romanciers d'un autre temps. Et c'est encore une des conditions par quoi ils atteignaient davantage à la vie réelle qu'ils voulaient reproduire vraie.

Ây

Ce furent évidemment de grands artistes, sensuels surtout. Quant à leurs idées plutôt amères, qui sait s'ils ne les tiennent pas de leur adolescence secouée par la rafale de 187 1 ! ... Ce pessimisme est peut-être le spleen particulier aux vaincus... Littérairement, elles proviennent autant du rôle morne qu'ils accordaient aux hommes que de la mission qu'ils s'étaient donnée et de l'importance qu'ils attachaient à leur métier littéraire. Beaucoup d'entre eux se découvraient des savants de lettres, chargés d'observer les hommes, leurs mœurs, leurs coutumes. D'où cette note tendue, cette griserie dans le gris, apports bien personnels des romanciers qui, après le Flaubert de VÈdtccation sentimentale, ont repris les mêmes motife, les mêmes « couplets » avec une originalité si forte, si poignante, qu'on ne peut guère leur en opposer de comparable.

S'il est exact, comme le disait Théophile Gautier, qu'il est plus agréable de faire un roman que de le lire, ils eurent l'ivresse de l'écriture triste; et, chez M. Léon Hennique particulièrement, se remarque la volonté de prouver qu'il n'est pas inutile d'acquérir une conscience très nette de la médiocrité générale des joies pour atteindre à ce pessimisme pratique qui ressemble si fort au bonheur, un bonheur qui n'attend rien de l'illusion, mais ne lui accorde rien non plus^

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