‹ Le groupe de Médan:Chapitre 3 sur 57 · Gil Blas, 22 avril · texte numérisé non relu

Gil Blas, 22 avril

A dire vrai, toutes ces violences verbales ne desservaient pas le groupe et 'c'est bien ce qu'avoue Alexis dans ce même article du Gil Blas.

K Ennemis utiles, m«d, dit-il ; n'ont-ils pas révélé notre existence à la foule, attiré rattcntion sur nos réparé notre succès, »

e début retentissant, ceux que l'on devait ; écrivains naturalistes, selon le mot plutôt IX de Zola', partirent pour des fortunes Mais, dès ce moment, on peut reconnaître, louvelles du recueil, la personnalité réelle 1 de ces auteurs.

ant un même souci d'art, une même for- Is interprétaient plus qu'on ne l'imagine lent, les maintenait unis en apparence ; car ours ainsi que se forment les plus sûres

l'on croit se comprendre et se connaître, t au moins, et ceci apparaît mieux dans les li sximïtniies Soirées, le même souci scruïtudier les milieux qu'ils décrivaient et de

faire vrai. Ils apportaient la même minntie, sérieux, la même conviction pour dépein- ■actère, c'est-à-dire un homrae, avec ses paslabitudes, ses préjugés imposés dès l'enftnce.

lerme est trop systématique, pas assez scientifique vous voulez en Ëiire » écrit Kaffaelli dans le cataloexposition d'octobre 18S4.

Cette minutie, cette conviction n'allaient pas toujours sans une certaine outrance que déplorait la Revue moderne et naturaliste elle-même. « Rien ne leur échappe, écrit cette publication d'Harry AUis, le 14 décembre 1878, les taches de graisse sur les fauteuils, la couleur et le grain du papier de tenture n'ont pas de secrets pour eux. Et si, par hasard, il se décident à sortir après avoir tout examiné, c'est pour recommencer dans * un autre endroit leurs minutieuses investigations. »

Sans doute. Mais quels documents pour les Maindrons de l'avenir, et quelles ressources pour ceux qui voudront étudier la seconde partie du xix* siècle ! Ces écrivains ont catalogué, de la fin du Second Empire aux vingt premières années de la République, toutes les classes d'une société en pleine transformation. Ils se sont efforcés d'établir le dossier vivant de leur temps. Et si, par excès de scrupules, il leur arriva d'accumuler dans leurs livres trop de documents humains — voire photographiques — ils nous transmirent aussi sur cette époque bien des renseignements ou des aspects typiques qui, sans eux, ne pourraient aisément se réconstituer. N'est-ce pas souvent chez de petits maîtres, chez un Restif de la Bretonne par exemple, que les dévots du xviii* siècle vont chercher, parmi tant de pages incolores aujourd'hui, parmi tant de bavardages, le pittoresque psychologique et l'atmosphère même d'un âgé de transition ?. . .

Ils se réclamaient surtout de Balzac, Stendhal,

le LES ORIGINES DU GROUPE DE MÉDAN "

Flaubert et Concourt ; mais aux recherches de style

chères à Flaubert, aux épithètes rares d'Edmond de

Concourt, ils préféraient le lieu commun, le cliché

accommodé avec un certain tour d'esprit taquin grâce

). — : :|5 parvenaient à gâter leurs propres joies et

lutiui. Ib ne témoignaient qu'une sympathie

à leurs pitoyables héros et ils semblaient se

;s lâchetés et des faiblesses qu'ils aimaient à

nner.

, ils furent vraiment quelque temps associés, uniformité de ton leur donna comme un mille.

patient travail de mosaïque une fois exécuté, ardaient de prendre Je recul nécessaire pour un enseignement. Pas de conclusion. Une de ne jamais enseigner, de ne jamais réformer ez Zola où se rencontre presque toujours un ige moralisateur). Un peu par goût, beaucoup eure, ils parlent rarement de bonheur ; un de pluie les attire plus qu'un décor enso- 1 pleut beaucoup dans les romans naturalis- ;ur syntaxe était volontairement triste. L'ime l'indicatif qu'ils employaient de préférence mdait à leur état général et rendait bien la nie de ce qui est révolu sans l'être.

nt les quelques années où les six écrivains ;nt à la même « philosophie », où Guy de îant et J.-K. Huysmans reconnaissaient le rogramme d'art, ou le fidèle Alexis et l'indé- Céard acceptaient la même discipline litté-

raire, ils avaient, de parti pris, écarté les idées générales pour se spécialiser, en bons fonctionnaires du « Bureau des Études Humaines », dans l'analyse pathologique d'êtres médiocres, dans l'étude d'un aspect aussi réduit que possible de l'activité moderne : caserne, petit commerce, ateliers de brochage ou de couture.

Et leur vision était alors celle de myopes; ils groupaient avec joie, autour d'une histoire plate souvent comme la vie là plus plate, les mots entendus dans la rue, au bureau, au café ; ils s'acharnaient sur un détail pour mieux imiter la vie jusque dans ses bizarreries, ils rapportaient avec soin les expressions brutales de la réalité. « Prenez garde, disait Flaubert (lettre à Huysmans au sujet des Sœurs Vatard)^ nous allons retomber, comme au temps de la tragédie classique, dans l'aristocratie des sujets et dans la préciosité des mots. On trouvera que les expressions canailles font bon effet dans le style, comme autrefois on vous l'enjolivait avec des termes choisis. La rhétorique est retournée, mais c'est toujours la rhétorique. »

Aussi bien, le « naturalisme », conçu par Zola avec une rigueur pseudo-scientifique, qui ne pouvait convenir qu'au plan des Rougon-Macquart et poussé dans ses extrêmes défauts, aboutissait déjà à ce que Huysmans appela « une impasse, un tunnel bouché ».

Emile Zola devait s'en évader tant bien que mal, vers la fin de sa vie, grâce à son romantisme, à son goût pour la morale et à son adhésion aux théories socialistes. Huysmans s'en dégagea de son mieux^

Deffoux et Zavie. a

l8 LES ORIGINES DU GROUPE DE MÉDAH

par étapes successives, de la magie à la conversion ; Guy de Maupassant, grâce à son génie, fut bientôt débarrassé de toutes les scories, de tout l'enchevêtrement du « système » ; Henry Céard s'était dirigé vers la critique littéraire et dramatique ; il se réalisa tout entier dans les Rési^rds et dans Terrains à Vendre. Léon Hennique, curieux d'ésotérisme, avait toujours eu le souci de se renouveler. Seul des cinq « disciples », Alexis restait assez enthousiaste de la formule pour télégraphier encore à Jules Hureten 1891 : a Naturalisme pas mort, lettre suit. »

A la vérité, dès 1885, les membres du petit groupe commençaient à se disperser : il sufEt de consulter la bibliographie de chacun d'eux pour s'en convaincre. Sans aller jusqu'à manifester bruyamment leurs nouvelles tendances, comme le firent en 1887, Bonnetain et ses amis ', les anciens habitués de la rue de Boulogne sentaient la nécessité d'aij^res moyens d'expression.

C'est que, trop longtemps, on avait confondu sous

une même enseigne des écrivains qui, partis d'un

principe qu'ils avaient pu revendiquer tout d'abord

avec une pointe de bravade et par goût de la lutte,

Î3S tardé i s'apercevoir, chemin faisant,

lédaient de tendances très différentes et

DÛts personnels ne pouvaient leur permettre

réunis bien longtemps, sous l'artificieuse

avaient eux-mêmes édictée.

les entrepreneurs de réalisme étaient sur

Manifeste des Cinq contre La Terre.

venus : les Méténier, les Guérin-Ginisty, le$ Vast- Ricouard, les Félicien Champsaur qui, exploitant à leur profit les succès de Zola, alléchaient le public par une débauche voulue de grossièretés et recherchaient la clientèle qui se plaît aujourd'hui aux livres illustrés par la photographie « d'après nature » .

De cette tendance, Zola non plus que ses amis des Soiràs de Médan n'étaient tout à fait responsables. Ils en étaient responsables tout de même. Et peut-être pourrait-on rechercher aussi de ce côté les premières atteintes portées à l'intégrité du groupe naturaliste. Bref, ils devaient se séparer, ou plutôt la vie devait les éloigner les uns des autres, ce^ compagnons de jeunesse; toutefois chacun d'eux ne garda-t-il pas des heures de combat littéraire et des polémiques désintéressées le meilleur souvenir de sa vie d'écrivain ? Rien ne permet d'en douter...

Sous ce titre : Le Groupe de Médan^ nous avons de nouveau réuni leurs noms dans l'ordre où ils se présentèrent pour la première fois au public ^ Les auteurs des Soirées nous apparaissent aujourd'hui comme de libres esprits qui n'avaient de commun entre eux que la sincérité, le culte des lettres et l'amour de leur art.

Que six écrivains aient eu cela de commun, si peu de temps que ce fût, c'est déjà beaucoup : aussi nous avons pensé qu'il convenait de s'en tenir à cette constatation sans insister sur ce qui, plus tard, a pu l'infirmer ou, tout au moins, l'affaiblir... '

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