‹ Le groupe de Médan:Chapitre 33 sur 57 · Amédée Boycr, La Liit/ralure el Us arts · texte numérisé non relu

Amédée Boycr, La Liit/ralure el Us arts

PAUL ALEXIS, l'ombre D'ÉMILE ZOLA

ne réédition populaire de La fin de Lucie M. Maurice Le Blond a écrit une excellente ine d'anecdotes, d'aperçus ingénieux sur le it naturaliste ; mais, à dessein peut-être, )nd a négligé de rappeler « l'erreur judili valut à Paul Alexis les honneurs d'une tion, par contumace, à la déponation à neeoceinte fortifiée. Cest toute une histoire

franchement drôle si le pauvre Alexis : arrêté, conduit au Dépôt, puis ù la prison u Cherche-Midi, avant de passer en jugee pouvoir faire reconnaître son innocence, le se passe en 'avril 1875. Pour se rapproon ami Zola qui habitait alors 20, rue rges, aux BatignoUes, Alexis avait loué, rézel, une petite chambre, du loyer annuel ancs. Ses appointements de rédacteur au l'Edouard Ponalis, ne lui permettaient pas r plus fàstueusement. Zola lui-même s'était lui trouver ce domicile, ce « chaste domisé de bleu comme celui d'uae rosière et lêtre ouvrait sur des jardins ».

verrez que vous y travaillerez bien », Zola. Il est de fait que le jeune écrivain ïoyer sa première pièce (Celle qu'on n épouse mas fils qui lui a répondu favorablement ;

son premier roman et est estimé de sa

lorsque la catastrophe se produit.

àUe littéraire (1914, H" 149).

PAUL ALEXIS, l'ombre d'ÉMILE ZOLA I7I

Un matin, deux messieurs frappent à sa porte, entrent avec circonspection, procèdent à un rapide interrogatoire :

— Vous êtes bien Paul Alexis ?

— Parfaitement.

— Il paraîtrait que vous êtes condamné à la déportation à vie dans une enceinte fortifiée.

— A la déportation ! Elle est bien bonne !

Et, fort de sa conscience, Alexis ne fait aucune difficulté pour se laisser conduire au Commissariat. Il obtient de ses gardiens la permission de prévenir Zola qui promet de s'occuper sans retard de cette erreur judiciaire. Déjà! Puis, toujours encadré de ses deux agents « marquant mal », il est emmené au Dépôt.

Là, il passe une partie de la nuit à écrire à ses amis. Dans son innocence, il envoie même au procureur de la République une lettre dans laquelle, « au nom de la littérature », il somme ce magistrat de le feire remettre en liberté.

Le lendemain, sous Toeil d'un gardien et à travers une double grille, Zola vient le voir, un Zola fort ému et qui conjure son ami de lui dire toute la vérité. Paul Alexis, complètement ignorant de l'accusation qui pèse sur lui, est bien empêché de répondre... N'importe, il commence à se rendre compte que son cas est grave.

Le voici transféré, de plus en plus inquiet, au Cherche-Midi. Douze jours se passent agrémentés d'interrogatoires où il est conduit menottes aux poings. Enfin le mot de l'énigme lui est révélé le jour de l'audience du conseil de guerre.

Comme trois cents mille de ses contemporains, Paul Alexis avait fait partie de la garde nationale,

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en 1871. Or, après la guerre civile, une erreur avait été commise lors du classement des innombrables dossiers concernant la garde nationale.

Les notes relatives à Paul Alexis, journaliste, avaient été mises dans le dossier d'un cenain Paul Alexis, journalier, ^lieutenant des « Vengeurs de la mort », et compromis dans les fusillades delà Roquette ,et de la rue Haxo. D'où la condamnation par contumace eilesrecherches.quiavaient duré quatre ans, pour aboutir à l'arrestation d'un ingénu romancier à ses débuts.

Paul Alexis contait cette aventure sans amertume. Chercheur de « documents humains », il se félicitait presque d'avoir pu assister ainsi au défilé malodorant des miséreux dans les couloirs du Dépôt et à une séance de conseil de guerre où il jouait le premier rôle, avec Zola comme témoin de moralité.

Par surcroît, il avait fait la connaissance' de l'agent de la Sûreté Jaume, un des messieurs qui étaient venus le réveiller, rue Trézel. La philosophie de ce policier était singulièrement désabusée:

— Faut vous méfier de la mouche, professait-il; de la mouche, voyez-vous, y en a partout ! Demain, on viendrait m' arrêter moi, que je dirais : mon père m'a vendu !

Cette mauvaise pensée ne vint pas à l'esprit de Paul Alexis, son père était mort. Il déplorait seulement de perdre dans cette aventure l'estime de sa concierge. Toutefois, par compensation, vingt trois ans plus tard, il devait y gagner 500 francs en publiant, dans l'Aurore, sous le titre Je pardonne, le récit de l'erreur dont il avait été victime.

C'était aux beaux jours de l'Affaire: Zola venait de

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