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I. Notes. M. Gabriel Thvébaut et le Rht

Car, dans leur existence ordinaire, ces curieux de lettres étaient des gens réguliers, tous plus ou moins bureau et sachant choisir pour le mieux leur ent, leur restaurant, leurs femmes et leurs ils ne fumaient pas toujours, comme le ngénu Gaëtan Solange de Sixtine, des cigares ?t « puants comme des fumerons » et ils ient d'autres restaurants que ceux du quartier pice...

ibriel Thyébaut était servi par une science de tous les trucs littéraires et, si l'on peut irrévérence, de toutes les ficelles flaubertistes. ifin de ces hommes dont on ne peut discerner 5té absorbés par le courant littéraire de leur u s'ils ont contribué à le créer.

ent du reste quelques-uns ainsi, ilaubertisants ux de l'emphase, ' réservés jusque dans les Ltions de leur culte : leProfesseur Georges Pouenry Céard, Pol Neveux, qui connaissaient par cœur, le pratiquaient, l'incorporaient à

mversations du D' Laguépie (Pouchet) et de ans Terrains à vendre au bord de h mer sont, :, documentaires :

eus communiaient dans Flaubert avec une fer- . ils Èe raillaient quelquefois, par habimde de :urs sentiments intimes et de dissimuler sous de urs vénérations les plus profondes.

rofesseur Georges Pouchei pour exprimer cette idée mmes n'étaient même pas d'accord sur les motifs de :isme disait : v Personne de nous ne fait ses zéros de la lîèrc, »

M. Gabriel Thyébaut, lui, dissimulait cette jurande ferveur et ce scepticisme sous des exercices littéraires " inspirés par telle ou telle phrase du maître: un peu moins que de la création, un peu plus que du pastiche.

Les services que M. Thyébaut rendît à Zoia, à J.-K. Huysmans et à Céard, ceux-ci les ont attestés : le premier, dans sa correspondance, Huysmans en lui dédiant la fameuse Ballade ai prose de la chandelle des six et Céard en inscrivant le nom de son ami à la première page d'Une belle journée.

Ce que l'on connaît des travaux de M. Thyébaut et de ses propos abonde en vues intéressantes ; que manqua-t-il donc à l'auteur pour qu'il prît la place qu'on lui voit marquée?...

Qui sait ? Une certaine lassitude, un détachement absolu des succès littéraires, stérilisèrent peut-être en lui toute vraie volonté de produire. Il peut toutefois être considéré comme un de ces excitateurs du talent d'autrui, un de ces originaux qui, à toutes les époques, orientèrent les groupes littéraires sans produire euxmêmes autre chose que des curiosités, un de ces cerveaux aux intuitions hardies tel que l'on en trouve à l'origine des grands mouvements littéraires — et parfois aussi, — à leur déclin.

Éon

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M. Kistemaeckers ne paraît pas ses soixante-neuf ans. Il est vif, nerveux. Son teint est coloré. Ses yeux bleus (les yeux des riverains du Bas-Escaut) à la fois perçants et doux s'emplissent parfois de colère. Toute la physionomie dégage une impression de révolte, tantôt contenue, tantôt exubérante.

Il s'anime rapidement lorsqu'il évoque les diverses péripéties de son existence mouvementée.

Sa famille était anversoise, et il a fait toutes ses études à Anvers. A 18 ans, il sortait de l'Institut supérieur de Commerce d'Anvers et entrait dans la marine, au service de la Compagnie générale de navigation de Londres, en qualité de « purser » (commis au manifeste, sorte de commissaire-comptable chez les Anglais). En 1874, son tempérament combatif, voire révolutionnaire, l'entraîne à donner sa démission pour devenir l'éditeur des Communards proscrits qu'il a rencontrés à Anvers et à Londres. Tous ceux qui n'ont put trouver d'éditeur en France, et même en Belgique lui apportent leurs manuscrits. Avec une première mise de fonds de 13 000 francs, il publie des livres de discussion religieuse, de politique, d'histoire ou de sociologie, signés de Benoît Malon, le fondateur de la Revue socialiste ; de Jourde, l'ancien ministre des Finances de la Commune ; d'Arnould, qui -lui donne son Histoire populaire et parlementaire de la Commune ; de Lissagaray {Histoire de la Commune de 1871) ; de Ranc (une étude sur V Assommoir) ; de Paul Strauss (un livre sur le suffrage universel) ; de Charles Beslay (La Vérité sur la Commune) ; de Jules Guesde (Le Catéchisme socialiste) y etc. Pour les ouvrages qu'il éditait alors, il ne cherchait à rejoindre qu'un public : le public français. Il

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lui fallut user de différents subterfuges pour faire passer la frontière à ces œuvres de proscrits, toujours interdites par le gouvernement de l'Ordre moral. La réussite ne fut pas assez éclatante pour permettre de payer intégralement l'imprimeur. Cette première période de la vie de Kistemaeckers s'acheva sur un déficit, vers l'année 1878.

C'est aussi la période des premières poursuites judiciaires engagées par le parquet de Bruxelles contre l'éditeur, qui fut toujours acquitté, mais non sans dommages pour le « bon renom » de sa maison et, surtout, pour son capital social.

M. Kistemaeckers se sentit à ce moment tourmenté d'aspirations nouvelles. On était en plein mouvement littéraire naturaliste et aussi en pleine période de pudibonderie officielle.

En France, le maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta, présidait aux destinées de la République ; M. Jean-Casimir Périer régentait Tlnstruction publique; M. de Marcère, ministre de l'Intérieur, et M. Lefèvre, sous-secrétaire d'État, qui lui avait été adjoint pour cet office, à la date du 19 décembre 1877, déployaient une grande vigilance afin d'empêcher le passage en France des « mauvais livres » édités en Belgique.

A cette époque d'officiel rigorisme, les Mémoires de Casanova étaient interdits en France. C'est tout dire. Bien entendu des amateurs obstinés trouvaient moyen de lire Casanova en dépit, ou à cause de toutes les interdictions; de même que, malgré la réprobation publique, bien des honnêtes gens» moins raffinés, peut-être, mais plus nombreux que les fidèles du hâbleur libertin, lisaient Zola, quittes à s'indigner

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ensuite du « scandaleux succès de cette littérature ». Et les amis de Zola, ceux qu'on appelait alors ses « disciples », bénéficiaient de ce scandale et de ces indignations.

D'instinct, Kistemaeckers s'emballa pour les naturalistes avec autant de fougue qu'il s'était emballé pour ses Communards. Dans le même temps, un heureux hasard lui avait permis d'acheter un stock de Hvres édités par Rozez, — autre proscrit, de 1848 celui-ci, — qui s'était établi en Belgique; ce stock se composait de livres interdits, et, partant, fort recherchés en France : Casanova, Faublas, le recueil de Maurepas, les pièces condamnées de Baudelaire, etc..

Pour ce commerce, qu'il devait par la suite développer par ses recherches personnelles sur les auteurs ignorés ou dédaignés du xviii* siècle, Kistemaeckers se prodigua, venant toutes les semaines à Paris, visitant les libraires, les revues et les journaux.

Aux directeurs de quotidiens, à LafBtte, du Voltaire; à Dumont, du Gil Blas ; à Vaughan, le sagace administrateur de rintransigeant ; à Lalou, de la France ; à Magnier, de V Événement, il oflFrait l'ingénieuse combinaison suivante.

En échange des critiques et des extraits que ces journaux donnaient des livres de la maison Kistemaeckers, celle-ci s'engageait à prendre 4 ou 5 000 exemplaires du journal et à les répandre en Belgique, assurant ainsi une large diffusion à la presse française qui était alors relativement peu répandue dans ce pays.

Cette activité, ces procédés nouveaux n'allaient pas sans mécontenter certains éditeurs parisiens ; Kistemaeckers était déjà trop connu au gré de beaucoup de gens par ses éditions de la Commune; on jugea

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expédient de se débarrasser du rebelle, qui, méconnaissant toutes les traditions de la librairie, consentait à faire des remises de jo pour loo à ses dépositaires, dans le but de les intéresser à la vente de ses livres. -

D'ailleurs, comment autoriser l'accès d'honnêtes bibliothèques françaises à des livres édités en Belgique ? Édités en Belgique, cela ne rèpondait-il pas à toutes les protestations possibles de l'intéressé ? Une coalition puritaine se dressa contre l'éditeur belge, qui donnait d'autant mieux prise à la calbmnie que ses éditions, bien présentées et le plus souvent illustrées par des maîtres, comme Félicien Rops et Froment,des livres galants du xvni'' : les Nerciat ; le Théâtre et le nouveau Théâtre Gaillard; les Priapées de Cantel ; lesRestif de la Bretonne; Thémidore, de Godard d'Aucourt ; les Tableaux des mœurs du temps, par le feimeux financier Le Riche de la Popelinière ; et des livres plus modernes, tels que VEnfer de Joseph Prudhomme, d'Henri Monnier ; Les contes du Vidame de la Braguette, pat Albert Glatigny ; le Théâtre erotique de la rue de la Santé, permettaient une fois de plus de mésuser à satiété des mots licence, pornographie, immoralité, des grands mots et des gros mots.

Le pire, c'est que ces livres-là, édités avec soin, turent tout de suite appréciés grandement des bibliophiles. En dépit des doctrines orthodoxes d'Ëtat, établies, après discussion des principes du bien et du mal, par des Conciles de boutiquiers, les livres réputés licencieux qu'éditait Kistemaeckers se vendaient. Et les profits réalisés avec cette littérature galante permettaient à l'éditeur de poursuivte la publication, infiniment moins rémunératrice, des écrivains naturalistes, alors à leurs débuts.

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M. Kistemaeckers n'a jamais eu le loisir d'établir

un catalogue complet de ses éditions. On peut le

L regretter, car ce catalogue, augmenté de quelques

notices, aurait à lui seul constitué un chapitre plein

d'intérêt pour l'histoire du mouvement naturaliste.

Appelons-en aux souvenirs de M. Lucien Descaves S dont les premiers livres. Le Calvaire d'Hélotse Pajadou (1883), écrit à 18 ans; Une vieille rate- (i$8$)y avec un portrait en taille-douce par A. Descaves, le père de l'auteur; La Teigne (1886) partirent de l'accueillante maison de la rue Dupont, à Bruxelles. L'auteur devait arriver bientôt à la plénitude de son talent d'observateur et d'écrivain, et son ami Huysmans a pu dire avec raison : « Il a largement payé les avances d'hoirie que les promesses de ses débuts permirent. » Ces promesses mêmes étaient singulièrement savoureuses, en particulier dans l'histoire de la Vieille Rate, cette servante-maîtresse d'un petit rentier égoïste, qui, non contente de se carrer seule dans le fromage, y fait immigrer toute la lignée de ses nièces et de ses cousines, en flattant les manies du Géronte.

Et puisque, plus haut, nous citions J.-K. Huysmans, peut-on oublier que la première édition de A vau-l'eau . (1882) parut dans la petite collection du Bibliophile, en l'un de ces volumes in-12 carré qui font prime aujourd'hui chez les amateurs ? « Il n'y a que Kist qui sache feire la couverture d'un livre, disait Huysmans;

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