I. fotimal dts Gcmourt, t. VII, page
DeFFOUI ET ZiïlE. li
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manger de la vache enragée. » Par contre, Maupassant était le meilleur garçon du monde. Nous dînions souvent ensemble alors qu'il habitait rue des Dames. Un soir, comme j'avais été le chercher au Gil Blas, il me présenta, sur le boulevard, à Paul Hervieu qui veoait de faire paraître Diogène le chien. Maupassant décida de nous emmener dîner chez lui. Et nous voilà en quête de provisions. Nous achetons du vin, une terrine de foie gras, une volaille froide. Mais, tout à coup, Maupassant s'arrête sur le trottoir : « Ah ! nom de Dieu, s'écrie- t-il, j'oubliais que j'avais une femme à dîner l » Et, en s' excusant de son mieux, il courut, avec des victuailles plein les bras, à son rendez-vous.
— Et Huysmans ?
— C'est celui, avec Maupassant, que j'aime le plus. Mais je ne comprends bien que le Huysmans de la première manière, le Huysmans du Drageoir à Epices, de Marthe, de A vau-Veau, de Sac-au-Dos, des Sœurs Fatardy de En ménage et des Croquis parisiens. Je suis entré en relations avec lui à l'occasion de son roman Marthe, qu'il avait fait éditer à ses frais, sous la firme du libraire Jean Gay. Je trouvais un jour à l'imprimerie Callewaert (aujourd'hui veuve Momnom), dont le directeur, un proscrit, s'appelait Degeorges, un tas d'exemplaires de Marthe. « Ça ne se vend pas », me dit Degeorges, qui était mon ami. Il y en avait 3 50. Je les rachetai ; d'accord avec Huysmans, je remis le volume en circulation etl'écoulai rapidement. A la suite de quoi j'ai publié A vau-Veau.
« Henry Céard, je l'ai rencontré pour la première fois au Palais-Royal, à la librairie Arnaud et Labat. Je lui ai demandé une préface pour Bonnetain, lequel, en manière de remerciement, s'efforça de nous
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brouiller, sans y réussir. Enfin je dois à Léon Hennique, qui était lecteur chez Charpentier, d'être en relations avec un grand nombre d'écrivains qui sont devenus mes amis. »
Aujourd'hui M, Kistemaeckers relit volontiers les articles plus particulièrement violents qui lui ont été consacrés et qu'il a collés sur de grands registres, les registres que l'interruption de ses entreprises commerciales ont laissés en blanc et qu'il utilise pour cet usage.
Cet éditeur de bonne volonté passe auprès de gens mal renseignés pour s'être spécialisé dans la publication des livres licencieux. D'aucuns lui reprochent surtout d'avoir pris sous sa tutelle — ' et peut-être n'est-ce pas ce qu'il a fait de plus heureux — un journal dans le goût du Fin de siècle; ce journal « littéraire, artistique, théâtral, mondain et antibérengiste » était Le Flirt ; on lui reproche aussi d'avoir assumé la direction du Frou-Frou belge.
Sans être « bérengiste » ou « antibérengiste », il est permis de croire que ces sémillants journaux répondaient moins à des préoccupations Httéraires ou politiques qu'à des nécessités commerciales. Au demeurant, rien que de très légitime chez cet homme aux trois quarts ruiné, que ce souci d'équilibrer les profits et les pertes, les entreprises qui payent, sans plaire, et celles qui plaisent sans payer.
Et dira-t-on qu'elles corrompent « les masses », ces publications tirées à petit nombre et qui circulent sous le manteau, comme par exemple le Parnasse satirique du XIX' siècle, tiré à 175 exemplaires de luxe (i88r) , plus 300 exemplaires sur papier moins beau ?
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Les trois volumes de ce recueil, composé de « pièces facétieuses et scatologiques, piquantes, pantagruéliques, gaillardes et satiriques, des meilleurs auteurs contemporains », sont imprimés sur papier teinté vergé et sont enrichis de frontispices de Rops. Ils restent, parmi les œuvres de ce genre. Tune des plus estimées en raison du nom et du nombre des poètes et des écrivains qui y ont contribué : Hugo, Musset, Glatigny, Baudelaire, Banville, Monselet, etc.
Dans le tome troisième, on trouve, à la page 121, la note suivante de l'éditeur : « Voici les pièces des naturalistes. Après tout ce qu'on a écrit sur les auteurs des Soirées de Médan, nous ne devons plus craindre de lancer par le monde ces spécimens de leurs péchés mignons. »
Ce sont : trois poèmes de Maupassant : Ma source, 6^ et La femme à barbe; deux sonnets de J.-K. Huysmans. Le Sonnet saignant et Le Sonnet masculin ; deux ballades : La Ballade à la Vierge et la Ballade des Pauvres Putains, d'Henry Céard, et un sonnet du même auteur, "Retour d'âge; deux poèmes de Léon Hennique : Entre Cocus et Melnus propos d'un moyne bon braguard et fort engueule dessus; enfin Les Lits, de Paul Alexis, pièce moins gaillarde que réaliste, et que l'éditeur faisait précéder de cet avertissement : « Cette pièce de vers est datée d'Aix-en-Provence (mai 1867). Aujourd'hui M. Paul Alexis habite Paris et ne feit plus que de la prose. »
Seuls Les Lits, les poèmes de M. Hennique et le Retour d'âge pourraient circuler autrement que sous le manteau, pareils en cela à maint poème de nos vieux auteurs qui n'ont jamais passé pour nuire aux bonnes mœurs non plus qu'à l'ordre public. Il feut se faire
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une singulière idée de la morale pour bouder contre ces aimables œuvres et pour résister à leur charme. M. Kistemaeckers ne résista pas. Bien au contraire, curieux d'étudier la morale dans la variété de ses usages et coutumes suivant le temps et les latitudes, il s'est persuadé que les tentatives de discipline ont peu de prise sur l'évolution des mœurs. Ses « expériences » de librairie sont, en quelque sorte, représentatives des combats engagés par toute une génération d'écrivains. Et il serait injuste de ne pas mettre son nom parmi ceax des bons ouvriers de l'édition, non loin de Lacroix et de Poulet-Malassîs, — ces autres éditeurs belges'.