‹ Le groupe de Médan:Chapitre 40 sur 57 · MENT CE UVRE A ÉTÉ FAIT · texte numérisé non relu

MENT CE UVRE A ÉTÉ FAIT

îicur le directeur,

al fut le premier à <innoncer les Soirées de

Médan et vous me demandez aujourd'hui quelques détails particuliers sur les origines de ce volume. Il vous paraîtrait intéressant de savoir ce que nous avons prétendu faire, si nous avons voulu affirmer une idée d'école et lancer un manifeste.

Je réponds à ces quelques questions.

Nous n'avons pas la prétention d'être une école. Nous sommes simplement quelques amis qu'une adnkiration commune a fait se rencontrer chez Zola, et qu'ensuite une affinité de tempéraments, des sentiments très semblables sur toutes choses, une même tendance philosophique, ont liés de plus en plus.

Quant à moi, qui ne suis encore rien comme littérateur, comment pourrai-je avoir la prétention d'appartenir à une école? J'admire indistinctement tout ce qui me paraît supérieur, à tous les siècles et dans tous les genres.

Cependant, il s'est fait évidemment en nous une réaction inconsciente, fatale, contre l'esprit romantique, par cette seule raison que les générations littéraires se suivent et ne se ressemblent pas.

Mais, du reste, ce qui nous choque dans le romantisme, d'où sont sorties d'impérissables œuvres d'art, c'est uniquement son résultat philosophique. Nous nous plaignons de ce que l'œuvre de Hugo ait détruit en partie l'œuvre de Voltaire et de Diderot. Par la sentimentalité ronflante des romantiques, par leur méconnaissance dogmatique du droit et de la logique, le vieux bon sens, la vieille sagesse de Montaigne et de Rabelais ont presque disparu de notre pays. Ils ont substitué l'idée de pardon à Tidée de justice, semant chez nous une sensiblerie miséricordieuse et sentimentale qui a remplacé la raison.

C'est grâce à eux que les salles de théâtre pleines de messieurs véreux et de filles ne peuvent tolérer sur la scène un simple fripon. C'est la morale romantique des foules qui force souvent les tribunaux â acquitter des particuliers et des drôlesses attendrissants, mais sans excuse.

J'ai pour les grands maîtres de cette école (puisqu'il s'agit d'école) une admiration sans limites, jointe souvent à une révolte de ma raison ; car je trouve que Schopenhauer et Herbert Spencer ont sur la vie beaucoup d'idées plus droites que l'illustre auteur des Misérables. Voilà la seule critique que j'oserais faire, et il ne s'agit pas ici de littérature. Littérairement, ce qui nous paraît haïssable, ce sont les vieilles orgues de barbarie larmoyantes, dont Jean-Jacques Rousseau a inventé le mécanisme et dont une suite de romanciers, arrêtée, je l'espère, à M. Feuillet, s'est obstinée à tourner la manivelle, répétant invariablement les mêmes airs langoureux et faux.

Quant aux querelles sur les mots : réalisme et idéalisme, je ne les comprends pas.

Une loi philosophique inflexible nous apprend que nous ne pouvons rien imaginer en dehors de ce qui tombe sous nos sens, et la preuve de cette impuissance c'est la stupidité de nos conceptions dites idéales, des paradis inventés par toutes les religions. Nous ayons donc ce seul objectif : l'Être et la Vie, qu'il faut savoir comprendre et interpréter en artiste. Si on n'en donne pas l'expression à la fois exacte et artistiquement supérieure, c'est qu'on n'a pas assez de talent.

Quand un monsieur, qualifié de réaliste, a le souci d'écrire le mieux possible, est sans cesse poursuivi par des préoccupations d'art, c'est à mon sens un idéaliste. Quant à celui qui affiche la prétention de faire la vie plus belle que nature, comme si on pouvait l'imaginer autre qu'elle n'est, de mettre du ciel dans ses livres, et qui écrit en « romancier pour les dames », ce n'est, à mon avis du moins, qu'un charlatan ou un imbécile. J'adore les contes de fées, et j'ajoute que ces sortes de conceptions doivent être plus vraisemblables, dans leur domaine particulier, que n'importe quel roman de mœurs de la vie contemporaine.

Voici, maintenant, quelques notes sur notre volumç.

Nous nous trouvions réunis, l'été, chez Zola, dans sa propriété de Médan.

Pendant les longues digestions des longs repas (car nous sommestous gourmands et gourmets, eiZola mange à lui seul comme trois romanciers ordinaires), nous carsions. 11 nous racontait ses futurs romans, ses idées littéraires, ses opinions sur toutes choses. Quelquefois il prenait son fusil, qu'il manceuvre en myope, et tout en parlant il tirait sur des touffes d'herbe tjue nous lui affirmions être des oiseauit, s'étonnant considérablement quand il ne retrouvait aucun cadavre.

Certùns jours, on péchait à la ligne ; Hennique alors se distinguait au grand désespoir de Zola qui n'attrapait que des savetiers.

Moi, je restais étendu dans la barque la « Nana b, ou , bien je me baignais pendant des heures, tandis que Paul Alexis rôdait avec des idées grivoises, que Huysmans fumait des cigarettes et que Céard s'embêtait, trouvant stupide la campagne.

Ainsi se passaient les après-midi ; mais comme les nuits étaient magnifiques, chaudes, pleines d'odeurs de feuilles, nous allions chaque soir nous promener dans la Grande lie en face.

Je passais tout le monde dans la a Nana ».

Or, par une nuit de pleine lune, nous parlions de Mérimée, dont les dames disent : « Q.uel charmant conteur! n Huysmans prononçai peu prèsces paroles : a Un conteur est un monsieur qui, ne sachant pas écrire, débite prétentieusement des balivernes. »

On se mit à parcourir tous les conteurs célèbres et à vanter les raconteurs de vive voix, dont le plus merveilleux, à notre connaissance, est le grand Russe Tourgueneff, ce maître presque français ; Paul Alexis prétendait qu'un conte écrit est très difficile à faite. Céard, un sceptique, regardant la lune, murmura : n Voici un beau décor romantique, on devrait l'utiliser... » Huysmans

NOTES SUR LES ORIGINES DU GROUPE ■ " ... En racontant des histoires de senti-

trouva que c'était une idée, qu'il fallait se aires. L'invention nous fit rire, et on conigmenter la difficulté, que le cadre choisi par irait conservé par les autres qui y placeraient s différentes.

isseoir, et, dans le grand repos des champs is la lumière éclatante de la lune, Zola nous ble page de l'histoire sinistre des guerres qui ,'attaque du moulin ».

;ut fini, chacun s'écria : a II faut écrire cela Lui, se mita rire, s C'est fait. »

n tour le lendemain.

, le jour suivant, nous amusa beaucoup avec niséres d'un mobile sans enthousiasme.

is redisant le siège de Paris avec des explicales, déroula une histoire pleine de philosoirs vraisemblable sinon vraie, mais toujours

le vieux poème d'Homère. Car si la femme ellement des sottises aux hommes, les guerfavorise plus spécialement de son intérêt en ^ssairement plus que d'autres.

nous démontra encore une fois que les ivent intelligents et raisonnables, pris isolément infailliblemenl des brutes quand ils sont - c'est ce qu'on pourrait appeler l'ivresse des

ne sais rien de plus drôle et de plus horle temps que le siège de cette maison publique e des pauvres filles.

Alexis nous fit attendre quatre jours, ne trouujet, il voulait nous raconter des histoires de aillant des cadavres.

spération Je fit taire, et il finit par im^incr necdote d'une grande dame allant ramasser irt sur un champ de bataille ei se laissant

attendrir s par un pauvre soldat blessé. Et ce soldat était un poète!!!

Zola trouva ces récits curieux, et nous proposa d'en faire un livre. Il va paraître.

Voilà, Monsieur le Directeur, quelques notes vite grirfonnées, mais contenant, je pense, tous les détails qui peuvent vous intéresser.

Veuillez agréer, avec mes remerciements pour votre bienveillance, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués.

Guy de Maupassant.

MM, Henry Céard et Jean de Caldaîn, dans leur étude sur J.-K. Huysmans (Revue heddomadaire, 28 novembre 1908) reproduisaient en partie l'article de Maupassant et le commentaient ainsi :

Voici en quels termes Maupassant, plus soucieux de l'astuce que de la vérité, raconte avec fantaisie, par calcul d'ahurir et de faire parler les nigauds, de quelle manière cinq écrivains sans notoriété, à la suite d'un maître déjà célèbre, décident de paraître ensemble et d'un seul coup sous une même couverture dans les devantures des libraires.

Page 18. — Manifeste des Cinq contre La Terre (Le Figaro, iS août 18S7).

A EMILE ZOLA

Naguère encore, Emile Zola pouvait écrire sans soulever de récriminations sérieuses qu'il avait avec lui la jeunesse littéraire. Trop peu d'années s'étaient écoulées depuis l'apparition de Vylssommoir. depuis les fortes polémiques qui avaient consolidé les assises du naturalisme,

pour que la génération montante songeât à h révolte.

Ceux-là même que lassait plus particulièrement la répé' ante des clichés se souvenaient trop de la tueuse faite par le grand écrivain, de la déroute ques.

: vu si fort, si superbement entêté, si crâne, ^nération, malade presque tout entière de la 'ait aimé rien que pour cette force, cette per- :ette crànerie. Même les pairs, même les prés maîtres originaux, qui avaient préparé de i la bataille prenaient patience en reconnaJs-

t, dés le lendemain de l'Assommoir, de lourdes nt été commises. Il avait semblé aux jeunes e, après avoir donné ie branle, lâchait pied, à : CCS généraux de révolution dont le ventre a :es que le cerveau encourage. On espérait e coucher sur le champ de bataille, on attende l'élan, on espérait de la belle vie infusée théâtre, bouleversant les caducités de l'art. ndant, allait creusant son sillon ; il allait, sans 3 jeunesse le suivait, l'accompagnait de ses sa sympathie si douce aux plus stoïques, il plus vieux ou les plus sagaces fermaient dès t, voulaient s'illusionner, ne pas voir la chare s'embourber dans l'ordure, surprise fut pénible de voir Zola déserter, édan, consacrant les efforts — légers à cette u'eûl demandés un oi^ne de lutte et d'alTerà des satisfactions d'un ordre infiniment moins •l'importe, la jeunesse voulait pardonner la ysîque de l'homme ! Mais une désertion plus aoifestait déjà : la trahison de l'écrivain devant

flet, parjurait chaque jour davantage sonprocroyablement paresseux à l'expérimentation

personnelle, armé de documents de pacotille ramassés par des tiers, plein d'une enflure hugoHque, d'autant plus énervante qu'il prêchait âprement la simplicité, croulant dans des rabâchages et des clichés perpétuels, il déconcertait les plus enthousiastes de ses disciples.

Puis, les moins perspicaces avaient fini par s'apercevoir du ridicule de cette soi-disant Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, de la fragilité du fil héréditaire, de l'enfantillage du fameux arbre généalc^ique, de l'ignorance médicale et scientifique profonde du Maître.

N'importe, on se refusait, même dans l'intimité, à constater carrément les mécomptes. On avait des ; « Peutêtre auriût-il dû.., 0, des « Ne trouvez-vous pas qu'un peu moins de... », toutes les timides observations de lévites déçus qui voudraient bien ne pas aller jusqu'au bout de leur désillusion. Il était dur de lâcher le drapeau ! et les plus hardis n'allaient qu'à chuchoter qu'après tout Zola n'était pas le naturalisme et qu'on n'inventait pas l'étude de la vie réelle après Balzac, Stendhal, Flaubert el les Concourt ; mais personne n'osait l'écrire, cette hérésie.

Pourtant, incoercible, l'écœurement s'élargissait, surtout devant l'exagération croissante des indécences de la terminologie malpropre des Rougon-Macquarl. En vain, excusait-on tout par ce principe émis dans une préface de Thérèse Raquin :

K Je ne sais si mon roman est moral on immoral ; j'avoue que je ne me suis jamais inquiété de le rendre plus ou moins chaste. Ce que je sais, c'est que je n'ai jamais songé à y mettre les saletés qu'y découvrent les gens moraux; c'est que j'en ai décrit chaque scène, même les plus ûévreuse.'i, avec la seule curiosité du savant. »

On ne demandait pas mieux que de croire, et même

quelques jeunes avalent par le besoin d'exaspérer le bour-

Deffoui et Zavie. i5

geois, exagéré la curiosité du savant. Mais il devenait " le de se payer d'arguments : la sensation nette, e, venait à chacun devant telle page des Rougon,

d'une brutalité de document, mais d'un violent

d'obscénité.

tandis que les uns attribuaient la chose à une des bas organes de l'écrivain, à des manies de litaire, les autres y voulaient voir le développemscienl d'une boulimie de vente, une habileté r du romancier percevant que le gros de son suctions dépendait de ce fait que a les imbéciles les Sougon-Macquart enchaînés, non pas tant par iié littéraire, que par leur réputation de pomo- [ue le wxfopu/( y a attachée d,

est bien vrai que Zola semble excessivement é (et ceux d'entre nous qui l'ont entendu causer ■rent pas) de la question de vente ; mais il est iissi qu'il a vécu de bonne heure i l'écart et qu'il

la continence, d'abord par nécessité, ensuite par Jeune, i! fut très pauvre, très timide et la femme, point connue à l'âge où l'on doit la connaître, le ne vision évidemment fausse. Puis le trouble e qui résulte de sa maladie rénale contribue sans inquiéter outre mesure de certaines fonctions, le grossir leur importance. Peut-être Charcot, de Tours) et ces médecins de la Salpûtriére qui it voir leurs caprolatiques pourraient-ils détersymptôraesde son mal... Et, à ces mobiles mor-

faut-il pas ajouter l'inquiétude si fréquemment chez les misogynes, de même que chez les tout ns, qu'on ne nie leur compétence en matière

u'il en soit, jusqu'en ces derniers temps encore, ntrait indulgent ; les rumeurs craintives s'apaifant une promesse : La Terre. Volontiers espélutte du grand littérateur avec quelque hautpro-

blême, « qu'il se résoudrait i abandonner un sol épuisé. On aimait à représenter Zola vivant parmi les paysans, amassant des documents personnels, intimes, analysant patiemment des tempéraments de ruraux, recommençant, enQn, le superbe travail de VAssommoir. L'espoir d'un chef-d'œuvre tenait tout le monde en silence. Certes, le sujet simple et large promettait des révélations curieuses,

La Terre a paru. La déception a été profonde et douloureuse. Non seulement l'observation est superficielle, les trucs démodés, la narration commune et dépourvue de caractéristiques, mais la note ordurière est exacerbée encore, descendue à des saletés si basses que, par instant», on se croirait devant un recueil de scatologie : le maître est descendu au fond de l'immondice.

Eh bien, cela termine l'aventure. Nous répudions éoergiquement cette imposture de la littérature véridîque, cet effort vers la gauloiserie mixte d'un cerveau en mal de succès. Nous répudions ces bonshommes de .rhétorique zeliste, ces silhouettes énormes, surhumaines et biscornues, dénuées de complication, jetées brutalement, en masses lourdes, dans des milieux aperçus au hasard des portières d'express. De cette dernière œuvre du grand cerveau qui lança l'Assommoir sur le monde, de cette Terre bâtarde, nous nous éloignons résolument, mais non sans tristesse. li nous poigne de repousser l'homme que nous avons trop fermement aimé.

Notre protestation est le cri de probité, le dictamen de conscience de jeunes hommes soucieux de défendre leurs œuvres ■ — bonnes ou mauvaises — contre une assimilation possible aux aberrations du Maître. Volontiers nous eussions attendu encore, mais désormais le temps n'est plus à nous t demain il serait trop tard. Nous sommes persuadés que la Terre n'est pas la délâillance éphémère du grand homme, mais le reliquat de compte d'une série de chutes, l'irrémédiable dépravation morbide d'un chaste.

ras SUR LES ORIGINES DU GROUPE

ndons pas de lendemain auK Rougon ; nous rop bien ce que vont être les romans sur les er, sur l'Armée : le fameux arbre généalogique s d'iofînne, sans fruits désormais I II, qu'il soit bien dit, une fois de plus, que rotestation aucune hostilité ne nous anime. Il été doux de voir le grand homme poursuivre : sa carrière. La décadence même de sentaient motif qui nous guide, c'est l'anomalie comde cette décadence. Il est des compromissions ; le titre de naturaliste, spontanément accolé 3uisé dansla réahté, ne peut plus nous conférions bravement face à toute persécution re une cause juste; nous refusons de particijgénérescence inavouable, lalhenr des hommes qui représentent une docevient impossible de les épargner le jour où lettent cette doctrine. Puis, que ne pourrait-on qui a donné tant d'exemples de franchise, le ? N'a-t-if pas chanté le slruggkjor life, et le > sa forme niaise, incompatible avec les inshaute race, le slruggh autorisant les attaques Je suis une force », criait-U, écrasant amis et luchant aux survenants la brèche qu'il avait uverte.

s, nous repoussons l'idée d'irrespect, pleins 1 pour le talent immense qu'a souvent déployé iais est-ce notre faute si la formule célèbre : e nature vu à travers un tempérament », se i l'égard de Zola, en e un coin de nature vu à insorium morbide e, et si nous avons le devoir hache dans ses oeuvres ? 11 faut que le jugefasse balle sur la Terre, et ne s'éparpille pas, : de petit plomb, sur les livres sincères de

Essaire que, de toute la force de notre jeunesse

laborieuse, de toute la loyauté de notre conscience artistique, nous adoptions une tenue et iine dignité en face d'une littérature sans noblesse, que nous protestions au nom d'ambitions saines et viriles, au nom de notre culte, de noire amour profond, de notre suprême respect pour l'art.

Paul Bonnetain, J,-H. Rosny, LociËJj Descaves, Paul Mar- GUEHiTTE, Gustave Guiches.

On trouve la réponse de Zola à ce manifeste dans les interviews qu'il donna aux journaux de l'époque. Ce n'est que le commentaire des lettres qu'il adressa sur ce sujet à Henry Bauër et à J.-K. Huysraans :

A Henry Bauèr.

Midan, 19 août 1867.

Voire lettre me touche beaucoup, mon cher Bauër, et, comme vous le dites, si le côté ignoble de l'article en question m'a blessé un moment, les bonnes poignées de main qui m'arrivcnt m'ont déjà consolé.

Vous faites allusion à de bien vilains dessous que je m'entête à ne pas vouloir constater. Heureusement aucun des cinq signataires n'est de mon intimité, pas un n'est venu chez moi, je ne les ai jamais rencontrés que chez - Goncourl et Daudet. Cela m'a rendu leur manifeste moins dur. J'ai toujours été affamé de solitude et d'impopularité, i peine ai-je quelques amis et je tiens à eux, etc.

 J.-K. Huysmans.

Médan, 21 août 1887.

Merci de votre bonne lettre, mon cher Huysmans. J'avais bien reconnu le R. (Rosny) dans l'emortitlage pédant des phrases et Bonnetain ne pouvait être que le

lanceur. Tout cela est comique et sale. Vous savez ma philosophie au sujet des injures. Phis je vais et plas j'ai inlwité et de solitude, etc.

orrespondance d'Emile Zola, Les Lettres 'J les Arts, pages 285 et 28e, FaspelJe, édit.).

- La Première édition des Soirées et l'éditr.

e édition des Soirées de Médan est ainsi li. Georges Vicaire dans le Manuel de 'vres du XIX' siècle :

édan — Emile Zola — Guy de Maupassant mans — Henry Céard — Léon Hennique ûs — Les Soirées de Médan. Paris, îr, éditeur, i} Rue de Grenelle-Saint- (Impr. Emile Martinet), 1880, in-i8,

r f.. (faux titre; au V, justification du ); I f. (titre); i f. (prélace); et 295 pp.

ginale. Publié à 3 fr. 50, ;, en outre, 50 ex. numérotés sur pap.

(7 fr.) et 10 ex. numérotés sur pap. de

lustrée publiée en 1890 est ainsi décrite : ouvrage:

rtraits des six auteurs, eaux-fortes de F. Descompositions de Jeanniot gravées i l'eauuller. Paris, G, Charpentier et C", éditeurs, nelle. (Typ. G. Chamerot), 1890, in-8, . blanc ; 2 ff. (faux titre ; au verso justifica-

tion du tirage de luse ; et titre) ; i (. (note des auteurs) ; 300 pp. ; I f. n. ch. (table) ; et i f . blanc.

12 eaux-fortes hors texte.

Publié à 20 francs. lia été tiré, en outre, 15 exemplaires (n°' I à 15) sur pap. du Japon, avec triple suite de gravures dont deux avant la lettre sur Japon et sur parchemin (75 fr.); et 50 ex. (n" i5à é5)sur pap. de Hollande avec double suite de gravures, dont une avant la lettre (5ofr.). Ces 65 exemplaires ont été souscrits par la librairie L. Conquet. (Georges Vicaire. Manuel de l'amateur délivres du xiK° siècle, tome VII, p. 567, 1910).

Le journa! de la librairie donne comme date de publication des Soirées de Médan le « 17 avril 1880 ».

L'éditeur des Soirées de Médan, Georges Charpentier, fils du libraire Gervais Charpentier, avait repris, en 1871, la maison d'édition fondée par son père.

Il racheta, en 1873, à Lacroix et Verboeckhoven les deux premiers volumes de la série des Rongon- Macquart, devint l'éditeur exclusif de Zola et de quelques-uns des écrivains naturalistes. Il s'était iâit autant d'amis, des auteurs qu'il avait édités — et cela lui a fait beaucoup d'amis, trop peut-être... — Ses salons, quai du Louvre, puis rue de Grenelle, furent fréquentés par cous les artistes contemporains. M. Léon Daudet a peint tout entier cet éditeur lorsqu'il a dit ; « C'était le meilleur, le plus accueillant et le moins commerçant des hommes. »

— Zola et V Académie

par M. Raoul Aubry, de l'Écho de Paris, 1909, M. Thureau-Dangin , secrétaire l'Académie française, évoquant ses sop-

'ement aux visites académiques de Zola,

insi :

l'entre les académiciens ne connaissaient que ses romans naturalistes et, lui suppo- LséiiuencCj des manières rudes et un langage ^ance. Or, ils découvraient avec satisfac- ^ur distingué, d'une fmesse séduisante et lait aussitôt en sympathie prés des adver- Deuvre. Persévérant et laborieux il dissipait à des équivoques nuisibles.

rmpêchait pas les académiciens, en dépit les campagnes de François Coppée, d'aciuste à Zola le nombre de voix suffisant ;tre éiu. Voici, d'après l'Intermédiaire des des curieux, (20 février 1899), le relevé nde partie de ces scrutins, re candidature remonte au i" mai 1890 pt tours de scrutin, il n'y eut aucun ection fut ajournée. Dans l'intervalle, net posa sa candidature etfut élu, le 11 dé-

cembre, au j'tour, par 20 voix, ZoUobtenant: 3-1-1. En mai, Zola avait eu : 1-3-3-4-2-2 voix ; les autres candidats étaientMM.Thureau-Dangin (12 a 14 voix). Manuel, 6 à 9; Lavisse, S à 10; Brunetïère, 3^6; Henri Houssaye r à 4 ; Theuriet, 1^4, etc.

Le 22 mai 1891, Pierre Loti fut élu par 18 voix au 6' tour; Zola obtint 8-3-1-1 voix.

Le 2 juin 1892, Emile Zola obtint 10 et 3 voix contre M. Lavisse, élu par 27 voix au 2' tour, M. Brunetïère ayant eu 10 et 5 voix.

Le 2 février 1893, il y avait 3 sièges à pourvoir. M. de Bornier fut élu au 2' tour (10 et 22); Zola eut 6 et 2 voix et Anatole Leroy-Beaulieu ro et j . Puis, M. Thureau-Dangin passa au i" tour avec 22 voix, tandis que Zola n'en avait que 4. Quant au 3* siège, il n'y avait pas de résultat et Zola obtenait 4-3-3-2-2 voix contre MM, Challemel-Lacour (13 à is), et Bcrtlielot(9 i 13). Un nouveau tour eut lieu le 23 mars 1893 pour ce siège. M. Challemel-Lacour fut élu (17 voix) contre M. Gaston Paris (13 voix), Zola obtint 8-4-1 voix. Le même jour on remplaçait John Lemoine. Zola obtint: 3-2-4-5-3-2 voix, les autres candidats: 10 à 14 pour M. Manuel; 2^4 pour M. Henri Fouquier et Brunetière 12 à IJ; ce dernier était élu, le 8 juin seulement, l'élection ayant été ajournée, par 22 voix contre 4 à Zola.

Le 22 février 1S94, Zola eut: 9-10-11-10-7, M. de Hérédia étant élu avec 19 voix contre MM. H. Houssaye 11 à 13 voix; Francis Charmes s à 8, Anatole Leroy-Beaulieu 7 à 10 ; Emile Montégut 10 à 12.

Dans les élections suivantes où MM. Albert Sorel, Paul Bourget, Henri Houssaye, Anatole France,

marquis Costa de Beauregard et Gaston Paris, sont élus, Zola n'obtint aucune voix. Dans cette période ,i'Ai=-,: — - il n'obtient qu'une voix, le 20 juin 1896, ules Lemaître 2t, élu, et M, Delafosse 9.

:8 mai 1896 qu'il a eu son maximum de LUS la succession des 8 tours de scrutin de -11-9-10-14-11-8-8; les autres candidats Aicard 2^9; M. Barboux 6 à 16, etc. Il ; de résultat, et ce n'est que le 10 décembre iré Thcuriet, ayant posé sa candidature, :8 voix, M. Zola en ayant 4, puis 3 contre /andal.

il 1897, il a 2 voix contre M. de Mun ; 2- )A. Hanotaux.

il n'eut qu'une voix contre M. Lavedan, tre M. Guillaume.

— Baille et Zola.

: à Baille, le 14 février 1860:

lais su que! était ton idéal, celui que tu as maintenant je t'en connais un monstrueux :

:e. Tu as retourné ta lorgnette et cette fange ait si lointaine, à peine visible, se trouve tel- ■ochée, bien plus près qu'elle ne l'est réellcu en distingues les plus effroyables pourri-

etourné la lorgnette... » Ce mot est piquant lit que Baille devait devenir une trentaine us tard fabricant de jumelles et de lorourd'hui maison Lemaire) rue Oberkampf, ilevard Voltaire,

Les deux amis s'étaient perdus de vi^e entre 1880 et 1890. Ils n'échangeaient plus de iettrer *— >■- 'parution de la Débâcle, Baille écrivit pourt Ils convinrent de se rencontrer pour déjet

Le repas fat assez morne.

— Tu as de gros succès de librairie. Tes \i\ dent bien ! Je vois que ça marche pour toi la dit Baille à Zola.

— Mais oui, je ne me plains pas. Et toi ? le: Tu as des commandes ? Tu es fournisseur du i la Guerre ? Te voilà i la tête d'une grosse enl doit te donner de jolis bénéfices ? J'ai toujour tu arriverais...

— C'est vrai : l'aifiiire marche toute seule !

Et Baille cita le chiffre de ses bénéfices l'exercice écoulé.

Zola répliqua en parlant des tirages sacci

Débâcle:

— Nous atteindrons le centième mille au m Des traductions paraissent en Allemagne, en en Amérique, en Espagne, en Portugal, en Bohême, en Hollande, en Danemark, en N Suéde, en Russie...

— Moi, j'ai une commande de 20000 jum lignes pour le ministère. Ça marche...

— Moi aussi, ça va.,.

— Allons, tant mieux !

— Pourtant, reprit Baille, as-tu souvenir de tu me reprochais mon souci épicier d'avoir uni où tu m'adjurais, au nom de la sainte hberté, m'enfoncer jusqu'au cou dans le matérialisme i

— J'étais alors un nigaud romandque, avou;

— Qui sait, répondit l'industriel, c'est pe

t que tu avais raison... On revient toujours trop

i réalité... Voili une phrase que tu me répétais fré-

ent...

a crois? pas possible.

iprès un long silence, ne trouvant plus rien à , ils se séparèrent pour ne plus se revoir.

î I . — Les mystères de Marseille.

lataiogue Charavay, dans son numéro 359 I906)a publié une curieuse lettre dans laquelle mande le 6 juin 1867 un article favorable sur itères de Marseille.

sais que l'œuvre est mauvaise. En me disant ses vérités devant tous, vous ne m'apprendrez vous ferez du tort au malheureux journal de e qui publie en ce moment Içs autres parties ivre. Soyez doux, je vous prie, et s'il est posites que l'œuvre paraît dans le Messager de Pro- Marseille.

3S. — Zola et Ghns-Bixpin.

;Bizoin était le délégué du gouvernement de iprès du gouvernement de Bordeaux en 1S70.

accepté d'être ie secrétaire de Glais-Bîzoin )la à Marins Roux n, le 22 décembre 1870.

î mois plus tard, en mars 1871, l'annuaire i-et-Garonne mentionne la nomination de Zoia sous-préfef de Castelsarrasin.

Emile Zola avait é\é désigné pour remplacer le poète des Rustiques et des Lembrusques, M. Camille Delthîl. Celui-ci avait reçu, le 22 février 1871, la dépêche du gouvernement de Bordeaux l'appelant à d'autres fonctions. Toutefois la nomination de Zola fut annulée avant la publication de l'arrêté officiel,

M. Delthil qui était originaire de Castelsarrasin ne tenait nullement à s'éloigner de sa ville natale. A la suite de ses protestations une enquête ouverte par le ministre Spuller avait établi que cette nomination avait été faite sur la seule initiative de Glaîs-Bizoin.

Page 39. — Zola hypocondriaque.

Les Concourt ont noté cet aspect égrotant de Zola dès les premières visites que leur fit celui-ci, en 186a.

Un côté frappant chez lui, écrivent-ils, le 14 décembre 1868, dans leur Journal, c'est le côté maladif, souffreteux, ultra-nerveus, vous donnant par moments la sensation pénétrante d'être aux côtés d'une mélancolique révoltée victime d'une maladie de cœur. En somme un homme inquiet, anxieux, profond, compliqué, fuyant, peu lisible.

Les mêmes indications se retrouvent dans tous les volumes du Journal des Concourt. C'est ainsi qu'à douze ans d'intervalle, jour pour jour, le 14 décembre 1880, on peut lire:

Voici un homme (Zola) qui remplit le monde de son nom, dont les livres se vendent à cent mille, qui a peutêtre, de tous les auteurs, fait le plus gros bruit de sou

vivant, ch bien, par cet état maladif, par la tendance hypocondriaque de son esprit, il est plus malheureux, il est plus désolé, il est plus noir que le plus déshérité des fruits secs !

Page 1