‹ Le groupe de Médan:Chapitre 5 sur 57 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

Dans cet articlej Zola reprenait les termes de son réquisitoire sous la même forme de défi que la première fois :

J'ai dit : j'accuse le lieutenant-colonel du Patyde Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire... J'ai dit : j'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle... J'ai dit : j'accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même crime... Vous vous précipitez dans une reculade... J'ai attaqué loyalement sous le regard de tous... Vous n'avez pas osé relever mes accusations... On a décidé •'" m'imp oser une lutte inégale... Je saurai vaincre par force de la justice..., etc.

Ah ! certes, lorsqu'il jetait ainsi ces provocation l'État-Major et à la Justice, Zola semblait bien li de l'homme, qui, six ans plus tôt, disait à M"* Se rine : « Quelle idée de vouloir faire de moi un éi vain révolutionnaire ! » ; bien loin du bourge qui, vers 1893, refusait, à la grande indignation Mirbeau, de signer une pétition en faveur de Ji Grave ; bien loin du Zola qui, gravitant dans sphère d'attraction de l'Académie française, y met toute la souplesse convenable et faisait la conquête

M. Thureau-Dangin par l'honnêteté de ses propos'. Mais, à la vérité; en était-il si loin ?

Ceux qui, certain soir de février 1898, dans la salie des Assises de la Seine, l'ont vu lire sa déclaration au jury : (... « Dreyfus est innocent, je le jure, j'y engage ma vie, mon honneur... ») s'arrêter, interdit, à tous les murmures, pâlir lorsque des coups de sifflet ponctuaient ses affirmations ; ceux qui l'ont vu, X ce moment, rajuster, d'une main tremblante, son lorgnon ou éponger son front plissé, ont eu la vision ■ d'un timide qui se veut tiardi et n'est cependant pas sans inquiétude sur la portée de ses hardiesses.

Pour courageuse que fut son attitude dans cette affaire, elle n'en fait pas moins apparaître les caractéristiques de son esprit, ses faiblesses et le procédé de ses audaces.

Jadis, Paul Alexis nous a parlé longuement des origines d'Emile Zola, de son ascendance francoitalienne. II nous l'a montré, enfant, intelligent et , plein d'une précoce prudence au collège 1 a insisté sur les émotions du débutant pour littérature était un « champ de bataille - » ; ns transition, il a chanté l'audace novatrice de hodes de combat. Et cette amicale biographie riche de renseignements sur les aspects pleins rastes de cette laborieuse existence. Mais c'est <n étudie, après ta biographie d'Emile Zola, îspondance et les diverses manifestations de s talent que l'on s'aperçoit que cet écrivain a obéi à un mobile essentiel qui est contenu

es. — Zola et l'Académie française.

1 Atexb, Émik Zola, noies d'un ami, pages 64 'et suî-

dans la phrase rapportée plus haut : « Je jette le gant! » et on ne s'étonne ni de ses contradictions, ni du caractère tour à tour habile et agressif de ses attitudes.

Ses lettres de jeunesse, adressées à ses camarades Baille, Cézanne, Valabrègue et Roux, de 1859 à 1870, nous le montrent mystique, sentimental, féru de Michelet et de Musset, mais en même temps secoué « par de continuels détraquements dans sa misérable machine ».

Son ventre et l'avenir l'inquiètent^ ; il ne sait plus si c'est son ventre ou la pensée qui lui ^it mal^ ; il constate que la réalité est triste : « la réalité ^st hideuse, dit-il, v6ilons-Ià sous des fleurs, n'ayons' de commerce avec elle qu'autant que nôtre ihisérable humanité l'exige : mangeons, buvons, satisfaisons tous nos appétits brutaux, mais que l'âme ait sa part, que nos rêves embellissent nos heures de loisir 3 . » Il « détourne les yeux du fumier pour les porter sur les roses 4 » et estime que « les splendeurs célestes sont plus capables de ramener les pécheurs que l'enfer; que l'on me peigne dans ma fange, il est possible que j'en sorte, mais que l'on me montre mon voisin l'auréole au front, j'en sortirai plus vite encore^ ». La chose dont.il voudrait qu'on fût persuadé est celleci : « que l'art doit être avant tout utile, soit direc-

Page 1