OBSERVATIONS CLINIQUES
D... Jacques, étudiant en médecine, 27 ans.
Le 26 mai 1952, le sujet se contamine accidentellement, alors qu'il faisait, à la pipette, des dilutions de virus France 50-358 (antigéniquement comparable à Albany À, type 2). Le 30 mai dans la journée, il est pris de malaises, avec asthénie, anorexie et fébricule, que le sujet rapporte à une légère bronchite qu'il présente depuis déjà quelques jours. Le lendemain, l'asthénie et l'anorexie persistent en même temps qu'une légère angine érythémateuse apparaît ; le sujet est constipé, ses urines sont rares et hautes en couleur; sa température est de 38°5. Un hémogramme pratiqué, montre une hyperleucocytose légère avec 80 % de polynucléaires neutrophiles.
Dans la soirée du lendemain, apparaît brutalement une violente douleur de l'hypochondre droit, sensation de torsion, sur laquelle se greffent des paroxysmes qui font le malade se plier en deux. Pensant à une crise de colique hépatique, il prend du Surfarlem et de la déchophyline Phénobarbital, qui n'amènent aucune amélioration. Dans la nuit, cependant, la douleur s'atténue prenant un type crampoïde et remonte vers la région sous-costale droite.
Le lendemain, le patient présente en même temps que la douleur, une constipation légère, ses urines sont toujours rares et foncées, la température reste aux environs de 38°.
L'examen pratiqué par le Dr Borel ,interne des hôpitaux, ne révèle aucun signe, en particulier pas de signe de Murphy ; le foie est normal, seule l'auscultation des bases pulmonaires révèle quelques râles de bronchite. La douleur se modifie dans le courant de la journée : siégeant à la base droite du thorax, elle irradie le long du phrénique et dans le deltoïde droit; elle est nettement augmentée par le rire et la toux.
Le 4 juin, une crise urinaire se produit, l'état général s'améliore, la température redevient normale, l'appétit revient. Les douleurs disparaïîtront quelques jours après.
Recherches virologiques
Les selles prélevées le 4-6-52 furent inoculées à 4 souriceaux de 48 heures. Cinq jours après, trois morts, furent dévorés par la mère ; le quatrième complètement paralysé fut sacrifié pour un deuxième passage sur 6 souriceaux. Quatre jours après, tous étaient paralysés ; trois furent sacrifiés, les autres moururent le
lendemain ; tous présentaient des lésions histologiques typiques.
de 1 Da
À partir de la même émulsion qui avait servi pour le deuxième passage, six souriceaux nés de parents immuns pour la souche France 50-358 furent inoculés : tous survécurent sans signes de maladie.
Neutralisation :
Un échantillon de sérum prélevé le 20-5-52 avait montré un fort pouvoir neutralisant pour la souche France 50-328 (Albany À, type 1), mais aucun pour la souche France 50-358 (Albany À, type 2). Un deuxième échantillon prélevé le 8-6-52 s'avéra capäble de neutraliser la souche 50-328 (type 1), mais aussi la souche 50-358 (type 2) bien que plus faiblement. De même, un pouvoir neutralisant pour le virus isolé fut mis en évidence
dans ce deuxième sérum, mais pas dans le premier.
Fixation du complément :
Ces deux échantillons de sérum testés le même jour, en présence des antigènes du groupe À, type 1, type 2 et type 3, montrèrent la présence d'anticorps du type 1 dans les deux prélèvements mais à un taux plus faible dans le deuxième ; par contre, seul ce dernier présenta des anticorps du type 2.
Des examens qui précèdent, il résulte que le sujet a certainement présenté une infection à virus C. du groupe À, type 2. Cette infection, qui primitivement s'est présentée sous le masque d'une crise de colique hépatique, a évolué ensuite comme une
myalgie de type pleurodynique.
Lors de notre affectation au Centre Médical Marine Paris. nous avons eu l'occasion de voir deux cas de myalgies qui se
sont révélées par la suite être dues aux virus C.:
B.. André, 33 ans, maître principal armurier.
Le 20-1-53, le malade présente des céphalées, des troubles digestifs et une douleur sous costale ; croyant à de l'aérophagie, il se met à la diète