PREFACE
Malines, il juillet.
Combien il nous manq^ie^ le cher et vaillant Godefroid Kurth I Lorsqu'un événement, joyeux ou pénible j avait secoué les couches profondes de la. patrie belge, nous nous étions accoutumés à trouver dans la presse du lendemain une inte7'prétaiion vibrante, claire^ de nos sentiments. Kurth posait l'oreille sur le cœur de son pays, en recueillait les palpitations, les traduisait en quelques phrases brèves, chaudes, décisives.
Au lendemain de V armistice; après le retour triomphal du Roi et le discours du Trône; lors de la reprise des travaux de V Académie royale; après la signature de la Paix; après la journée grandiose de Kœkelberg , nous nous attendions toujours a réentendre la voix de l'historien, du démocrate^ celle du grand patriote, du grand chrétien, que tous les Belges vénéraient et que nous avons tant aimé.
Elle s'est éteinte^ cette noble voix.
Jusqu'à notre dernier souffle, nous garderons présente à l'imagination la visite que nous fîmes à Godefroid Kurlh dans sa maison de retraite d'Assche.
Cétait le 3 janvier 1916 vers le soir (1).
Nous eûmes la consolation de Cètreindre fraternellement dans nos hras. Avec l'humilité et la foi d'un enfant^ il nous demanda une suprême bénédiction. Ce que son puissant or g anisme put recueillir d'énergie fut pour nous redire, en paroles entrecoupées, avec quelle sincérité il avait aimé l'Eglise catholique^ sa Mère, notre Mère : et puis, combien les horreurs de ïinvasion allemande l'avaient meurtri.
Kurth aimait l'Allemagne ; il avait suivi de très près les travaux scientifiques de ce pays; il en fréquentait assidûment les congrès ; il en avait étudié les aspirations populaires ; il avait eu confiance en elle.
L'invasion, son iniquité originelle, ses atrocités, ses perfidies, le renversèrent.
Blessé à mort, Kurth n'est plus capable de porter une arme, mais il ne lâchera pas sa plume. Elle vengera sa patrie. Il donnera au
(1) Cette même nuit à 1 heure du matin, Godefroid Kurth s'endormait dans le Seigneur.
traître, qui a tente de nous déshonorer^ un dernier soufflet.
Nos compatriotes liront dans « Le guet-apens prussien en Belgique » et dans « La tragédie d'Aerschot » la dernière protestation d'une grande âme contre riniquité, un hommage suprême à la vérité méconnue.
Ces pages, à la date et dans les conditions exceptionnellement laborieuses où elles furent écrites, ne pouvaient être complètes ^ elles n'en sont pas moins fortes, émouvantes.
Puissent nos chers compatriotes garder au cœur le double amour qui forgea la personnalité morale de Godefroid Kurth, V amour de Vunitè de la patrie belge, l'amour du Christ et de son Église /
t S. E. Gard. Mercier, arch. de Malines.