‹ Le Gui Dans L'Histoire Et La ThérapeutiqueChapitre 11 sur 44 · EC · texte numérisé non relu

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allées et les pelouses de nos parcs le lendemain des grands orages ou des tempêtes de vent; cette petite touffe qui semble comme grelfée ou attachée aux rameaux de nos arbres dénudés par les rigueurs de l'hiver, comment a-t-elle pris naissance en ces lieux ?

Dès les premiers temps de notre histoire, les anciens herbalistes pensaient très fortement que c'étaient les oiseaux qui servaient de vecteur aux graines de gui, et que, de cette façon, ils propageaient ce parasite sur les arbres. Et il n’est pas douteux que c’est à cette croyance qu'il faut attribuer l’origine de ce très vieux proverbe : « Turdus sibi exitium cacat. » On peut y voir une allusion certaine au fait que les grives et les mrerles, très friands des fruits du gui, transportent bien sa graine, mais sont aussi bien souvent capturés avec la glu extraite des baies. Ce proverbe, transmis de génération eu génération, a ainsi contribué à perpétuer le souvenir du gui et peut-être fait germer dans quelques cerveaux l'explication du phénomène de la naissance du gui sur les arbres. Nous avons retrouvé dans un article d’un périodique anglais des traces de ce proverbe que Wiliam Salmon applique aux hommes qui sont eux-mêmes la cause de leur propre infortune.

Considérons maintenant les diverses explications qui ont été fournies sur le transport des graines de gui sur les arbres par les oiseaux.

Le naturaliste Pline donne une explication qui paraît purement fantaisiste. Pour lui, en effet, les semences des graines de gui avalées par les oiseaux traversent tout l'appareil digestif de ces derniers, sans être nullement altérées; certaines, éliminées par un processus naturel, sont déposées sur les branches des arbres, et celles d’entre elles qui tombent en bonne place peuvent arriver à germer. I y a eu, depuis, d’autres théories pour expliquer ce phénomène, mais, à y bien réfléchir, aucun botaniste n’a peut-être pénétré jusqu'au cœur de cet important problème, pour ÿ apporter ainsi une solution définitive.

Boisduval a modifié la théorie de Pline et des auteurs qui l’ont suivi. Pour lui, c’est par un processus de régurgitation naturelle que les oiseaux déposeraient les graines de gui sur les branches des arbres.

Le botaniste anglais John Parkinson refuse d’enregistrer le fait que les graines de gui sont transportées par les oiseaux. Il s'exprime en ces termes : « On ne trouve pas de baies dans les excréments que les oiseaux déposent sur les arbres et n'importe où; de plus, les graines sont altérées par la trituration dans le gésier et les intestins des oiseaux, si bien que, de cette façon, les propriétés germinatives sont détruites. Le gui proviendrait de certaines mousses « superflues » qui-poussent sur les troncs des arbres. C'est pour ce motif que le poète Ion l’appelle sudor quercus. Le gui aurait la même origine que les noix de gale ou les pommes de chêne. »

Gay et Durieu de Maisonneuve ont avancé une théorie très ingénieuse, qui fut aussi celle du savant botaniste Lefèvre; à n'en pas douter, c'est celle qui se rapproche certainement le plus de la vérité. Pour eux, «les oiseaux, après avoir saisi les baies et, également, la pulpe, cherchent, en frottant leur bec contre les branches des arbres, à se débarrasser des graines et de la substance visqueuse qui y restent attachées; d’où résulte la fixation d’un grand nombre de graines à la surface des rameaux ». Il suïfit d'observer les allées et venues de certains passereaux, les grives en particulier, qui se gavent de baies de gui ou de lierre et qui ensuite frottent leur bec sur chacun des côtés d’une branche; ce fait est très connu des chasseurs, qui attendent justement ce moment pour décocher leur coup de fusil à l’oiseau, dont l'attention est relâchée à ce moment-là. Ces oiseaux vecteurs seraient les merles et surtout les grives. Aristote cite dans ses écrits un oiseau du nom de (66096 (mot à mot : grive de gui), qui vivrait principalement de baies de gui. Mais il faut citer également les moineaux, qui pullulent dans certains ‘parcs; ce sont eux qui sont les principaux agents pro-

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pagateurs du gui sur les arbres du parc des Hospices de Pellegrin, à Bordeaux.

Il convient d'ajouter qu'il n'y a pas qu'avec le bec que les oiseaux peuvent transporter les graines; ces dernières peuvent également se coller aux plumes et aux pattes des OISeaux.

Mais il y a lieu de considérer un second processus, naturel celui-là. Sur un arbre déjà porteur d’une boule de gui, au moment où les baies sont arrivées à maturité complète et très sèches, elles éclatent, et les graines sont projetées assez loin — un mètre parlois — et peuvent tomber sur un endroit propice à leur conservation et leur développement ultérieur. Ce mode de dissémination a été bien observé pour le gui de genévrier.

Voici donc démontré que ce sont les oiseaux qui répandent le gui sur les arbres. Mais il reste un autre point à élucider : comment se fait-il que le gui ne pousse que sur les arbres, et encore sur certaines essences seulement ? Disons tout d’abord que l’on a essayé de faire pousser le gui sur la terre; mais, bien que certains expérimentateurs aient affirmé avoir obtenu quelques pousses un peu grêles, nous pensons qu'il ne faut tenir aucun compte de ces résultats, le gui étant un parasite strict. On devrait, en effet, trouver alors de jeunes plantes sous les arbres qui sont couverts de boules de gui; or, ce fait n’a guère été constaté que par M. Duhamel, qui a prétendu en avoir vu germer sur des morceaux de bois mort, sur des tessons de pots et des pierres tenues à l’abri du soleil. Ceci nous paraît assez douteux, car le gui meurt en même temps que l’arbre qu'il a épuisé.

Nous en arrivons à considérer maintenant les raisons pour lesquelles le gui ne pousse guère que sur certaines essences; les oiseaux disséminent bien la graine un peu partout, et il semblerait qu'en conséquence on dût également trouver du gui n'importe où. Pour le développement du parasite, il faut considérer deux choses : tout d’abord, la condition primordiale pour qu’une graine de gui puisse germer sur une bran-

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