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Le gui, vu son abondance dans certaines contrées de la France, les Vosges, en particulier dans la région de Saint- Dié, a attiré l’attention aussi bien des agriculteurs que des botanistes de cette contrée. C’est encore Lefèvre qui nous dit que les fermiers des Vosges attachent une grande valeur nutritive au gui de l’Abies excelsa et À. pectinata. Ils s’en servent pour l’engrais de leurs bestiaux et de leurs porcs.

Ainsi, il n'y a pas de doute que l’aspect spécial et la vie de cette plante étonnante n'aient été suffisamment remarquables pour lui assurer l'attention toute pleine de curiosité

aussi bien de l'homme instruit que de l’illettré dans les siè-

cles dits préscientifiques, durant lesquels c'était surtout l'imagination vagabonde qui tenait les rênes de la pensée chez le plus grand nombre des humains. Le gai costume de verdure persistante du gui offre assurément une apparence bien tranchée au milieu de la nudité hivernale des arbres des alentours dans la forêt; et la maturité de ses baies, justement dans la saison où toute la sève des autres arbres semble s'être retirée vers la terre mère nourricière, paraîtrait justifier aux yeux de certains auteurs l’idée d’une production vraiment surnaturelle.

IT. — Le gui dans la thérapeutique.

. Nous voici maintenant arrivé à considérer les différents usages que l’on fit du gui, au cours des siècles, dans un but

thérapeutique.

Les pères de la médecine parlaient déjà du gui en des termes tout à fait élogieux. Pour Galien, le gui, employé en applications externes, draine les mauvaises humeurs du plus profond de l’organisme, les dilue, les digère et les repousse au loin. Hippocrate le conseillait déjà contre l’épilepsie.

Dioscoride ®) dit qu'il faut concasser le gui, puis le faire bouillir dans de l’eau jusqu'à ce que la glu surnage. On fait

(4) Liv. 8, chap. 108.

A également manger les graines ou pépins de gui en rejetant la peau qui les recouvre. La glu est également très bonne, mais la meilleure est celle où il n’y a point de peau et qui est jaune en dehors et verte en dedans. Elle amollit et résout les tumeurs. Mêlée avec de la résine et de la cire, elle adoucit les clous et bubons de tout genre.

Pour Quintus Serenus @), la glu dessèche les écrouelles et les tumeurs froides. Il dit, en outre, que si l’on fait une pommade avec de la graisse d'ours et du gui de chêne rouvre, elle fait recroître abondamment les cheveux aux personnes à qui ils sont tombés.

Les écrits de Théophraste et de Pline l’Aîné nous montrent que, bien avant qu'ait sonné l’heure de l'ère chrétienne, le viscum album n’était pas seulement un objet de curiosité de la part du botaniste, et la glu que l’on retire de ses baïes un moyen de chasse commode entre les mains de l’oiseleur, mais surtout un médicament de l’arsenal thérapeutique réputé comme très efficace. Dans le chapitre 1v du livre XXIV de son Histoire naturelle, Pline nous dit que la glu polit les aspérités des ongles, mais il faut les avoir lavés auparavant et détrempés pendant sept jours dans de l’eau de nitre. Les superstitieux croient que la glu opère ce dernier effet plus efficacement si le gui de chêne a été cueilli au commencement de la lune et sans avoir senti l'atteinte du fer. Il guérit encore l’épilepsie; s’il n’a point touché terre, il fait concevoir les femmes qui en, portent toujours sur elles; enfin, mâché et appliqué sur les ulcères, il est souverain pour leur guérison.

John Gerrard, bien que ne prêtant aucune foi à la propriété qu'aurait le gui de guérir tous les maux, pense qu'il a cependant des vertus thérapeutiques certaines. Voici ce qu'il écrit : « Le gui, mélangé avec de l’encens, adoucit les ulcères anciens et détruit les esprits malins (!). Bouilli avec de la poix liquide et appliqué sur la peau, il fait décroître les

(2) Chap. #, De struma depellenda, p. 15#

mauvaises humeurs de la rate; avec de l’orpiment et de la sandaraque, il dépouille souverainement bien les ongles et, mélarfgé avec de la glu et de l’esprit de vin, il les fait repousser. Quelques baies de gui broyées et mélangées avec de l'huile et prises en boisson font disparaître sur-le-champ un mauvais point de côté très douloureux. »

La réputation thérapeutique du gui Continue de fleurir au moyen âge, et, Paracelse, ce médecin très renommé de la Renaissance, loue avec emphase l'emploi du gui contre l’épilepsie. C’est vers la même époque que les médecins musulmans Avicenne et Ehm-Beilar l’employaient pour faire suppurer les tumeurs.

Puis le gui semble être ‘un moment délaissé, jusqu'à la publication du Commentaire sur Dioscoride, de Mathiole.

Cet auteur a souvent essayé le gui contre l’épilepsie, mais il faut l’employer pendant quarante jours et en prenant bien soin que le bois ne touche pas le sol après qu'il a été coupé sur l’arbre. Pour lui, le gui de châtaignier possède des verfus thérapeutiques aussi efficaces que le gui de chêne. Il signale, en outre, que certains empiriques l’ont employé contre la stérilité.

En 1640, Parkinson publie son Theatrum botanicum, et le récit de l’emploi thérapeutique du gui, que renferme cet ouvrage, nous est une preuve de plus de la persistance de l'opinion populaire sur des sujets qui passionnent « les pasteurs de l’ère pré-chrétienne ». Il insiste cependant sur la persistance de certaines croyances tout à fait superstitieuses. C’est ainsi qu'il reproche à Mathiole de penser que le gui a plus de valeur s’il n’a point touché terre. De même, il dénie à cette plante toute vertu de faire cesser les stérilités et de détourner les démons et les esprits malins de l'entourage d’un enfant qui porterait un morceau de bois de gui suspendu à son cou, en guise d’amulette. Il prête à Tragus l’opinion que le bois de n'importe quelle espèce de gui, broyé et mis dans les oreilles qui ont des abcès dans leur profondeur contribue à les dégager en quelques jours. Enfin, il pense pour

ana

\ sa part que le gui est d’une aide très efficace pour la guérison du mal caduc, de l’apoplexie et de la paralysie très accusée.

Dans son Pseudoxia epidemica, sir Thomas Browne conteste le pouvoir curateur que posséderait le gui vis-à-vis de l’épilepsie. Il remarque cependant « qu'il hâterait la délivrance et que, dans certaines contrées, on le donnerait aux vaches dans ce but ».

Boyle, en 1672, range le gui dans la classe des médicaments « céphaliques et antispasmodiques ». Une dame épileptique dont le mal était héréditaire, confiée à ses soins, fut délivrée de ses accès en prenant chaque matin une dragme de gui délayée dans de la bière.

Dans son New-London Dispensatory (1676), le savant herbaliste William Salmon consacre deux paragraphes du livre I (Des herbes) à une discussion sur le gui. Il rappelle tous les usages que l’on en a faits et ajoute que, « pour traiter efficacement l’épilepsie, il faut composer une mixture avec des feuilles de gui et de L'eau de cerise noire et la don: ner à boire au malade juste avant la pleine lune ».

Colbacht (®), en 1723, s'appuyant sur plusieurs résultats heureux, rangeait spécifiquement le gui sur le même rang que le quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes. Il l’a employé souvent avec succès contre l’épilepsie et, en outre, il prétend en avoir retiré de grands avantages dans diverses affections nerveuses, notamment dans la chorée. Il adminmistrait le gui en poudre à la dose de deux grammes par jour.

Le grand Medical Dictionnary du Docteur James parut en 1745 et on peut comparer avec intérêt ses affirmations avec celles qu'émit sir Thomas Braone, environ un siècle auparavant : « On considère le gui — dit-il — comme un médicament céphalique et nervin, spécialement employé contre les fièvres convulsives, l’apoplexie, la paralysie et les vertiges.

(1) Diss. concerning Mistletoe..…., Londres, 3e éd., 1723.

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Dans ce but, certains préfèrent le gui de hêtre à celui de chêne. La glu possède une très grande efficacité contre les tumeurs dures et les grosseurs. C’est l’un des ingrédients qui entrent dans la composition de l’emplâtre Diachylon magnum. Pour lui, c'est surtout le bois de gui que l’on doit employer. Il rapporte que J. Bauhine a connu pas mal de personnes qui ont employé le bois de gui, en macération dans du vin, avec plein succès contre les vertiges. À son action contre l’épilepsie, il ajoute celle contre la pleurésie, à condition que l’on en prenne à trois reprises mélangé avec de l’eau dans laquelle on fait infuser du chardon bénit et du pavot. J. Bauhine l’a également employé, broyé et macéré dans de l’eau bien pure, contre les vers de l'intestin des enfants. La poudre de gui qui pousse sur l’aubépine, inlusée dans du vin blanc ou du vin d'Espagne et donnée deux heures avant l'accès de fièvre, a souvent fait avorter, sinon guéri, une fièvre quarte.

Simon Pauli, se basant sur l'expérience de Shenkins et d'Hoffmann, affirme que l’on obtient la guérison d’une pleurésie en faisant absorber au malade # grammes de poudre de gui dans du chardon bénit; ce remède provoquerait des sueurs bienfaisantes.

En 1747, Kælderer ) dit avoir employé le gui avec succès dans l’asthme convulsif et le hoquet. Jacobi dit avoir guéri six épileptiques au moyen du gui. Bouteille @) ajoutait en pareil cas 24 grammes de cette plante à la racine de valériane., Dehaen va même jusqu'à comparer le gui à la valériane; Boerhave affirme que le gui lui a souvent réussi « dans la mobilité des nerfs et les convulsions ». Bradley loue ses effets dans les vertiges, l’hystérie, Ia paralysie (peut-être s'agit-il de la paralysie hystérique). Franck a vu, à Wilna, un médecin italien qui avait obtenu les résultats les plus heureux .de l’emploi du gui dans plusieurs cas de toux re-

(1) De Visco, 1747.

(2) Journal général de médecine, t. LXXXHIT, p. 304.

Dans

belle: lui-même en obtint plein suècès dans des cas analogues.

Aux environs de 4750 de nombreux ouvrages de matière médicale consacrent au gui des articles importants. Tels furent — pour ne citer que les principaux — celui de Cartheuser en France (1752). Dans cet ouvrage, l’auteur rapporte notamment que, influencé par les succès de Colbacht, il se décida à faire usage du gui et qu'il-revint de ses préventions. En Angleterre, celui de Hill (1758) et, la même année, celui de Buchwald et Balth, en Danemark. Enfin, en Allemagne, celui de Jacobi et Lœske (1860).

Dans son Dictionnaire universel des drogues simples, qui parut en 1759, Lemery, membre de l’Académie royale des sciences, docteur en médecine, donne en quelque sorte un exposé de l'opinion qui avait cours à cette époque : « Le bois de gui de chêne est employé en médecine. Il faut le choisir gros, bien nourri, dur et pesant. Il est employé intérieurement pour Îortifier le cerveau, contre l’épilepsie, la paralysie, l’apoplexie, la léthargie, pour les convulsions et pour les vers. On en fait aussi rentrer dans les remèdes extérieurs, comme dans les emplâtres et dans les onguents, pour fortifier, pour müûrir les parotides, ou pour résoudre les autres tumeurs. »

Quelques années plus tard, en 1771, un médecin très connu en Perse, Mahzanu-l'Adwiya, énumère dans son ouvrage les diverses propriétés du gui et l'emploi que l’on peut en faire. Nous voyons par là que la réputation du gui avait pénétré jusque dans ce pays éloigné et y était encore bien vivante: Ranking donne une analyse de cet ouvrage dans un numéro de The Lancet de 1904. D’après les médecins musulmans, le gui est laxatif, bon pour müûrir les furoncles, utile contre les éruptions pustuleuses, pour débarrasser l'organisme des mauvaises humeurs, et en particulier de l’atrabile. Mêlé à l’arsenic, il est excellent contre les ulcères malins; incorporé au vin et à la glu, il fait repousser les ongles, tandis qu'amalgamé au henné, il guérit l’impétigo.

Sensiblemernt à la même époque, nous trouvons un excellent résumé de l’emploi du gui dans le Nouveau Dictionnaire universel et raisonné de médecine, de chirurgie et de l’art vétérinaire contenant des connaissances étendues sur toutes ces parties, par une Société de médecins (1).

« De tous les guis, le plus usité en médecine est celui de chène (Viscum quercinum, V. baccis albis). Quelques apothicaires exigent même des marchands qui le vendent que le gui soit encore attaché à un morceau de cet arbre, quoique certains prétendent que le gui de coudrier ou de tilleul ne lui soit pas inférieur.

» Le bois de gui est mis dans la classe des médicaments antispasmodiques et céphaliques, et on l’ordonne souvent dans l’épilepsie, l’apoplexie, les vertiges et autres maladies de ce genre. Il passe pour sudoripare et vermifuge.

» La dose de gui en substance est depuis un demi-gros Jusqu'à un gros, et on en prescrit depuis une demi-once (® jusqu’à une once, dans chaque livre d’infusion ou de décoction.

» Les baies de cette plante, qui sont âcres et amères, ne doivent pas être prises intérieurement, parce que leur action purgative est très violente et qu'elles peuvent causer des inflammations dans le bas-ventre, mais ces baies sont bonnes extérieurement pour faire mürir les abcès et guérir les suppurations. »

En 1782 le Docteur Régent Chaumel, ancien doyen de la Faculté de médecine de Paris, médecin ordinaire du roi, consacre au gui ces lignes de son Abrégé de l'histoire des plantes usuelles : « On emploie en médecine le bois et les fruits ou baies. Le bois se met en poudre et s’ordonne depuis un gros (4 g.) jusqu’à deux, ou coupé par morceaux et mis en infusion dans du vin blanc à une demi-once sur six onces de liqueur. La glu est très résolutive et très émolliente : appliquée extérieurement, j'en ai vu les bons effets dans la goutte. On l’étend sur de l’étoupe, dont on enveloppe les parties

(L) A Paris, chez Hérissant et fils, libraires, : 1772.

(2) Once correspond à 4 g. 911.

souffrantes. Le cataplasme adoucit les douleurs et diminue l’inflammation. Le gui passe pour un spécifique dans l’épilepsie et dans les maladies du cerveau. »

En définitive, nous voyons donc que, au xvin* siècle, Île gui fut surtout considéré comme un médicament spécifique de presque toutes les maladies nerveuses.

Au début du xix° siècle, Henri Fraser eut d’abord quelque appréhension à user du gui, puis il le prescrivit — et encore avec une grande discrétion — contre certaines formes d’épilepsie. Il rapporte, en 1806, dans le Journal de médecine d'Edimbourg, plusieurs faits où ce médicament s’est montré efficace : chez un épileptique, après quelques jours sans résultats appréciables, les accès devinrent moins nombreux et cessèrent complètement au bout de six mois.

Quelques années plus tard, dans son Nouveau Dictionnaire général des drogues simples, qui parut en 1817, Morelot, ancien professeur de pharmacie clinique au Collège de pharmacie de Paris, ne consacre au gui qu’un article très bref. Il cite simplement que « le bois de gui a été en grande réputation pour les convulsions des enfants, pour les maladies épileptiques; il.est sudorifique et vermifuge; il convient pour la dysénterie, la dose est d’un demi-gfos (2 g.).

Il semble qu'à ce moment le gui ait perdu de l'intérêt aux yeux des botanistes aussi bien que des médecins, car, dans les ouvrages qui parurent au cours d’une période de plus de quarante ans, nous n'avons trouvé aucune communication à son sujet.

Ce n’est qu'aux environs de 1850 que Dumont, dans les Annales de médecine de Gand, rapporte le résultat de son expérimentation de l’emploi du gui contre la coqueluche. Il aïfirme que son action est réellement prompte, puisqu'il est possible d’en constater les effets dès les premières vingtquatre heures. Dubois, de Tournai, recueille deux faits qui viennent à l’appui de cette assertion.

En 1861 paraît le Traité des plantes médicinales et indigènes du docteur Cazin, qui contient un excellent résumé de

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