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« In Aquitania quotannis Prid. Kal. Jan. pueri atque adolescentes vicos villasque obeunt carmine stipem petentes sibi atque äliis pro voto in exordio novi anni acclamantes, Allguy, l'An Neuf. » @).
Nous avons fait des recherches dans des ouvrages francais écrits à peu près à la même époque, et nous y avons trouvé le récit de certaines coutumes qu'il nous a paru intéressant de rapporter. Il semble, tout d’abord, que tous ces mots employés : Allguy, Aguilanleu, Aguilanneu, Au gui l'an neuf, remontent à l’ancien mot de Pline : « Ad viscum anni novi » (Au gui de l'an nouveau). Dans diverses provinces, on appelait alors ainsi les étrennes du premier de l’an, qui, dans la religion des druides, consistaient à distribuer au peuple le gui du nouvel an, comme une chose sainte, « un remède universel ». Les Espagnols nommaient Aguinaldo les présents que l’on faisait pour la fête de Noël. En Basse- Normandie, les pauvres, ïe dernier jour de l’an; disaient hoguinanno en demandant l’aumône. Dans le Vendômois et dans le Maine, le peuple et les enfants couraient les rues le dernier et le premier jour de l’an, demandant à tous ceux qu'ils rencontraient le qui-l’an-neu, tout en chantant aux portes des chansons dont le refrain était toujours : Donneznous le gui-l’an-neu. Dans le Perche, le peuple appelait les étrennes éguilas; dans le pays chartrain (contrée où les druides se réunissaient pour la cueillette du gui), éguilables; dans la Haute-Normandie, éginèles ou aguinètes.
Dans les environs de Morlaix, aux dires de Ménage, avait lieu tous les ans une fête aux rites plus ou moins bizarres que l’on nommait la guigannée. Elle consistait en des présents que les riches faisaient aux pauvres qui, à la porte où on leur donnait, poussaient des cris et des acclamations entendues dans toute la ville. Ces pauvres étaient armés de
(4) « En Aquitaine, chaque année, la veille des calendes de janvier, enfants et jeunes gens vont dans les fermes et les maisons de campagne demander, en chantant, quelque don pour eux et les autres, en échange d'un vœu en ce début äe nouvel an, et ils crient « Au gui, l’an neuf | ».
grands bâtons pour enfoncer les portes s’il s’en trouvait de fermées. Cette fête, qui paraît être un reste des Bacchanales et des Saturnales, remonte assurément au culte du gui de ja nouvelle année chez les druides. Merula l’a très bien remarqué dans sa Cosmographie (1)
« Sunt qui illud quod hactenus quotannis pridie kalendas januarii vulgo publice cantari in Galia solet, ab Druidis manane autumnant, ex hoc forte Ovidii
« Ad viscum viscum Druidæ cantare solebant »,
solitos enin aiunt Druidas per suos adolescentes viscum suum cunctis mitterre, eoque quasi munere, bonum, faustum, felicem et fortunatum omnibus annum precari. » (@).
Dans les années qui suivirent, toutes ces coutumes finirent par se perdre. Il ne persista plus que l’expression employée au premier de l’an et, à partir du xix° siècle, le gui ne fut plus considéré que comme un « porte-bonheur » : c’est ainsi que, de nos jours encore, à l’approche du premier de l’an, des marchands ambulants sillonnent les rues de nos grandes villes, poussant devant eux une voiturette abondamment chargée de « boules de gui ».
En Angleterre, au jour de Christmas, on a l’habitude de s’embrasser en passant sous les portes où le gui est suspendu. Dans les maisons en fête et à travers les rue, les jeunes Anglais, portant à bout de bras un rameau de gui, chantent à tue-tête des chansons dont le thème se rapproche très bien des sentiments exprimés dans cette stance aussi ancienne qu'originale :
(1), Part. 2, liv. 3,-chap. Il:
(2) Certains disent que ce qui était chanté habituellement jusou’à présent, chaque année, la veille des calendes de janvier, venait des druide, peut-être d’après ce passage d’Ovide : « Les druides avaient coutume de chanter : « Au gui, au gui ! »
» On dit, en effet, que les druides avaient coutume d'envoyer à tous, par leurs jeunes gens, leur gui, comme pour souhaiter par ce don une année bonne, heureuse, prospère, favorisée de la Fortune. »
Off all the games, both rich and rare,
5 There is a game none can compare; And that sweet game, as all you know, Is Kissing’ neath the Mistletæ (1).
On sait, en effet, que, chez nos voisins d’outre-Manche, les jeunes gens, à Noël, sont autorisés à prendre un baiser aux jeunes misses qu'ils surprennent sous une branche de gui. Aussi, nos galants voisins suspendent-ils à profusion des ger-bes de la plante bénie. Toutes les portes en sont ornées, et l'impôt en est prélevé avec une extrême rigueur. Aussi, les jeunes Anglais ne voudraient certes pas voir abandonner ces gracieuses réjouissances de Christmas.
Ainsi voyons-nous que les Angläis qualifient le gui du nom de Mistletæ, qui signifie « perruque des brouillards », terme qui met bien en vedette l’époque de l’année à laquelle . les boules de gui toujours vertes sont parées de leurs fruits dorés.
Un fait très digne de remarque, au sujet de la place occupée par le gui dans l'esprit religieux de l'Antiquité cultivée, est aussi représenté par la similitude de la branche de gui, parée de ses feuilles jaunâtres et de ses baies dorées, avec la « branche dorée » du poète latin. Elle serait, en quelque sorte, le « rameau d’or » de la Sibylle, comme le dit Virgile dans son Enéide ®).
Quale solet sylvis brumali frigore viscum
Fronde vivera nova, quod non sua seminat arbos, Et croco fœtu teretes circumdare truncos :
Talis erat species auri frondente opaca
Ilice : sic leni crepitabat bractea vento G).
(1) « Parmi tous les jeux, à la fois riches et rares, il est un jeux à nul autre comparable, et ce jeu charmant, comme tout le monde le sait, est de s’embrasser sous le gui. »
(2) Virgile, Enéide, liv. VI, vers 206 et sq.
(8) « Comme sous les brumes de l'hiver au fond des bois, le gui, étranger aux arbres qui le portent, renaît avec ses nouvelles feuilles et entoure leurs
nn) A
Un’ autre des facteurs importants dans la genèse de la renommée du gui, surtout dans les temps anciens, consiste dans l’utilisation de ses fruits pour la fabrication de la glu, qui servait fréquemment pour la chasse aux passereaux. Pline nous le rapporte avec une foule de détails. Voici les propres termes qu’il emploie : « Maintenant, en ce qui con-
cerne la glu, elle est faite avec des fruits de gui cueillis
quelque temps avant qu'ils ne soient tout à fait mûrs; car, s’il survient des pluies, ils deviennent plus gros, mais perdent de leurs qualités pour faire de la bonne glu. Après donc qu'on les a cueillis, on les met à sécher, et quand iis sont bien secs, on les pile, puis on les laisse pourrir dans l’eau pendant douze jours ou environ, sur quoi je ferai observer que c’est la seule chose au monde qui devienne meilleure en pourrissant. Ensuite, on les bat de nouveau avec un pilon, mais dans une eau courante, afin d’en ôter la peau et qu'il n’en reste que la chair intérieure qui, chez eux, est gluante et visqueuse. Voilà comment se prépare cette glu qui sert à prendre les oiseaux; on la mêle avec de l'huile quand on veut s’en SeTvIr. »
Ajoutons, pour être complet, l'explication que certains auteurs ont donnée de la renommée du gui. Comme nous le verrons plus loin, le gui fut surtout employé contre l’épilepsie dans les temps anciens. Or, cette maladie était qualifiée de « mal sacré ». Aussi pour eux, le gui était-il appelé « plante sacrée » parce que guérissant le « mal sacré ».
En résumé, nous voyons donc que le gui a, de tout temps, joui de la considération des humains. Tout d’abord, plante à caractère religieux, considérée par les Gaulois comme un don spécial des dieux pour la guérison de tous les maux, elle fut ensuite, aux yeux des Scandinaves, le symbole de la résurrection et de la vie; puis, dans les siècles plus près du
troncs arrondis de ses fruits couleur de safran, la frondaison d’or appa-
raissait dans l’yeuse touffue, et ses feuilles brillantes crépitaient au vent léger. »
Les L