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plus saintes où Dieu devrait être plus fidèlement servi. Je sais bien qu'un mot de dévotion proféré avec un cœur ouvert, un visage plein de douceur, entre dans l’âme où il porte la joie, comme une douce pluie dans le sein d'une terre sèche et altérée. Je n’ai garde de condamner ceux qui ont reçu de Dieu un don de si haut prix, et qui s’en servent utilement. IL serait à souhailer que tous ceux qui pratiquent la piété, eussent cet avantage que je tiens pour un signalé bienfait de Dieu. Ceux qui ont traité avec notre saint fondateur, remarquent dans sa vie, qu’encore qu'il fût extrêmement grave el sérieux lorsqu'il traitait des affaires de Dieu, néanmoins il n’y avait rien de plus commode ni de plus agréable que sa manière de converser avec les hommes. Et nous lisons dans l'Histoire Ecclésiastique, que saint Odon, qui avait une grâce particulière pour tenir ses disciples dans la joie, ne faisait pas moins de fruit avec ce riche talent que par les discours les plus sérieux et les plus spirituels qu'il leur tenait. Mais, comme j'ai dit au commencement de cet entretien, il ne faut pas que cette joie passe jusqu’à la dissolution et à l'excès; les païens mêmes ont reconnu que la vraie joie tient toujours du sérieux. Et quiconque fait état d'acquérir la dévotion et de l'inspirer aux autres, doit sur toutes choses éviter le vice contraire comme un écueil très-dangereux, où l'on perd souvent toute l'estime de vertu et toute l'autorité qui est nécessaire pour la conduite des âmes et pour le service de Dieu. On sait ce que répondit saint Thomas, comme on lui demandait quelque marque pour reconnaître un homme vraiment spirituel : Si vous voyez, dit-il, un homme qui se plaise aux railleriés et aux bagatelles du siècle, ou qui ne puisse souffrir un mépris, gardez-vous de croire qu'il soit spirit tuel quand même il ferait des miracles; pourquoi? Parce que cette vertu est sans liaison ; elle n’est pas soutenue par une conversation grave et sérieuse, qui est le lien de toutes les vertus. Et de vrai, quel jugement peut-on faire d’un homme qu'on aura
vu à l'autel, ou dans la chaire, ou dans les exercices de piété, et qui un moment après s’oubliant de la gravité et de la modestie convenable à son état, s’épanche en des discours et en des actions messéantes? N’a-t-on pas sujet de dire que cette vertu est sans liaison, et qu’elle a plus d’apparence que de fonds et de vérité? C’est par cette raison que Synésius assure qu’il n'y a rien qui décrédite plus celui qui se mêle de conduire les âmes , que le rire et la légèreté d’une conversation trop libre; et Nicéphore (1) remarque une chose considérable, qui fait voir clairement que la pratique de ce grand homme était conforme à sa doctrine; car ayant appris qu’on le voulait élever à l’épiscopat, et que Théophile, patriarche d'Alexandrie, n’oubliait rien pour lui faire tomber la chaire vacante de Ptolemaïs, il écrivit une lettre à son frère, qui est la cent cinquième de celles que nous avons de lui, par laquelle il le prie de faire savoir à tous ses amis qui s’empressaient le plus à lui procurer cet honneur, qu'il en est tout à fait incapable, et entre tous les moyens qu'il emploie pour se déerier dans leur esprit, celui sur lequel il appuie davantage est son humeur railleuse et plaisante, dont il lui serait trop difficile de se défaire.-« Car pour moi, dit-il, je tiens pour certain que celui qui est appelé à l'Église, doit être un homme tout divin, aussi éloigné du jeu et de tous les amusements du siècle dont les mondains font état, que s’il venait de la nature de Dieu même, d'autant que tout le monde a les yeux sur lui, et qu'il a autant de censeurs que. de personnes qui le regardent. Que s'ils le voient encore attaché à ces menus plaisirs et railleries profanes, ils se figurent qu'il n’a rien au-dessus du commun, et le peu d'estime qu’ils en font empêche tout le fruit qu'ils pourraient lirer de ses paroles. »
DU QUATRIÈME JOUR
L'esprit de Jésus est un esprit de ferveur.
« Conservez-vous dans la ferveur de l'Esprit. » THom., 19. 11.