III. POINT
Mais s’il aime tant la simplicité, et s’il la pratique si parfaitement en conversant avec nous, il ne faut point douter qu'il ne se plaise aussi avec les simples, et qu'il n'aime singulièrement ceux qui lui ressemblent. Ses plus familiers entretiens, dit Salomon, sont avec les simples (2); ou comme porte une autre version: C’est aux simples qu'il ouvre tout son cœur et qu'il confie tous ses secrets. Ne vous approchez point de lui avec un cœur double (3); il vous renverra comme cet homme intéressé qui, suivant les maximes de la sagesse du siècle, pensait faire fortune avec lui et qui lui promettait de le suivre partout; mais il lui répondit : Les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel ont leurs nids, mais le Fils de l’homme n'a pas où reposer sa tête (4); comme s’il eût voulu lui dire : Vous êtes trop fin pour moi, et vous prenez le vol trop haut. Je suis pauvre, je suis humble, je suis petit, je n’ai point de charges ni de richesses temporelles à départir. Ceux qui veulent être mes disciples, ne doivent rien prétendre dans le monde; j'aime les simples et les petits, je me plais avec eux, et les reçois volontiers dans ma com-
pagnie.
(4) Joan. 14. 10. — (2) Prov., 3, 32, — (3) Eccli., 4. — (4) Luc., 9.58,
La raison est parce que les âmes simples ne mettent point d’obstacle à ses lumères ni à ses inspirations, elles soumellent leur jugement à sa parole avec facilité et la reçoivent sans l’examiner. Elles sont sans faste, sans curiosité, sans at{ache à leur propre sens ; elles font gloire de servir Dieu en simplicité de cœur, et de s’altacher aux vérités éternelles, sans se donner la liberté de les interpréter ou de les altérer par les raisonnements de la prudence humaine. Ce qui fait le sujet de notre gloire, c’est le témoignage que nous rend notre conscience, de nous être conduits en ce monde dans la simplicité du cœur et dans la sincérité de Dieu, et non dans la sagesse de la chair, mais dans la grâce de Dieu (1). L'esprit de Jésus, qui est la source de la vraie sagesse, ne s'accorde pas avec l'esprit du monde, qui est un esprit de finesse et de malice. Il y à opposition de sentiments et de volontés. Le monde méprise ce que Jésus-Christ estime, et Jésus-Christ méprise ce que le monde estime. Le monde haït ce que Jésus-Christ aime, et Jésus-Christ hait ce que le monde chérit. De là vient qu’il réprouve toute la sagesse du monde, et que la simplicité lui plaît, parce que la prudence du siècle n'est point soumise à la loi de Dieu, et ne s’y peut soumettre (2); au lieu qu’une âme simple met tout son contentement à exécuter les volontés de Dieu ; son bon plaisir se trouve toujours en ceux qui prennent la simplicité pour le principe de leur conduite (3). Ils font un grand état de tout ce qui vient de sa main, ils estiment ses dons, ils respectent ses ordres et les exéculent avec une grande fidélité.
C'est par cette raison que Tertullien assure qu’il n'yarien qui soit plus capable de connaitre Dieu, qu'une âme saintement simple, rien qui le puisse mieux faire connaître (4). Rien ne le connaît mieux, parce qu’elle approche plus de la
(1) 2 Gor., 1. — (2) Rom., 8. — (3) Prov., 41. — (4) Tertull., advers. Valent.
simplicité divine, et chacun connaît mieux son semblable ; rien ne le peut mieux faire connaître, parce que le connaissant mieux, elle en peut aussi mieux parler. C’est pourquoi saint Paul donne cet avis très-important aux Corinthiens : Si quelqu'un d’entre vous pense étre sage selon le monde, qu'il devienne fou pour étre sage (1); c'est-à-dire qu’il aime cette sainte simplicité qui passe pour folie dans l'estime du monde, mais qui est la vraie sagesse dans l'estime des saints et de Dieu même. Car il y a une folie naturelle qui vient ou de naissance, ou de quelque accident, ou de quelque maladie ; il y en a une autre criminelle qui est un fruit du péché, qui rend un homme tout brutal ; mais il y en a une toute sainte, qui est un rayou de la vraie sagesse que les saints font éclater dans toute leur conduite ; et celle-ci est une excellente disposition pour la prière que nous appelons simplicité, dont le propre est de bannir toutes les réflexions de l’amour-propre, et de n’avoir qu’un seul regard, un seul mouvement d'amour vers Dieu, et dans cet amour une seule prétention de reposer dans le sein de sa bonté, lui laissant tout le soin de soi-même, sans se mettre en peine de rien, sans s’empresser et s'inquiéter, non pas même du désir des vertus ni de la recherche des moyens qui semblent nécessaires pour acquérir la perfection, non qu'elle néglige ceux qui lui sont prescrits, mais parce qu’elle met toute son application à les employer fidèlement, sans en chercher de nouveaux, sans se divertir à faire des retours sur soi pour voir ce qu'elle fait ou si elle est satisfaite, sachant bien que nos satisfactions et nos consolations ne salisfont pas toujours les yeux de Dieu, mais seulement cé misérable amour et ce soin intéressé que nous avons de nous hors de Dieu et de la considération de son service.
(4) 1 Cor. 3, 48.
DU CINQUIÈME JOUR
L'esprit de Jésus est un esprit d'humilité.
« Apprenez de moi que je suis humble de cœur. » Marr. 11. 29.