‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 156 sur 193 · I. POINT · texte numérisé non relu

I. POINT

L'humilité est le centre du cœur de Jésus, où il a réduit tous les secrets de sa sagesse, toute la sainteté de sa vie, toutes les grâces, tous les pouvoirs, toutes les grandeurs, toutes les délices et toutes les richesses qu’il possède et qu'il communique aux âmes qui lui sont fidèles. C’est dans l'humilité que toute sa doctrine et toutes les vérités évangéliques se trouvent recueillies et abrégées. Étant le Verbe du Père, il pouvait nous dire des merveilles (1) ; qu’a-t-il dit? quels secrets nous a-til appris? quelle leçon nous a-t-il faite ? Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Est-ce là, Seigneur, s'écrie saint Bernard, tout ce que vous avez à nous dire? Votre houche est un ciel ouvert qui répand sur la terre de vives sources de lumière, ne nous apprendra-t-elle rien autre chose ? Est-ce là que vous avez réduit tous les trésors de votre sagesse? Oui, sans doute, toute la sagesse chrétienne consiste à connaître Dieu et à se connaître soi-même. Il ne veut pas, dit saint Augustin, que nous apprenions de lui à faire des miracles, à créer des mondes nouveaux, à devenir lout-puissants, mais à être humbles de cœur comme lui.

(1) Joan. 7, 46.

C’est à l'humilité que tendent toutes les actions de sa vie. S’il est descendu du ciel, c’est pour remettre l'homme dans sa place qu’il a quitté la sienne, et qu'il est venu dans l’anéantissement, dans la faiblesse et le mépris, pour le ramener dans le chemin de la vérité, et lui montrer la voie qu'il doit tenir. Il est né dans une étable : il a vécu dans l’abjection ; il est mort dans l’opprobre de la croix ; il a animé toutes ses vertus de l'esprit d’humilité ; n’esl-ce pas une chose horrible et monstrueuse, qu’un Dieu s’anéantisse et qu'un ver de terre devienne orgueilleux ?

Enfin, c’est dans l'humilité qu'il a renfermé toutes les richesses qu’il a apportées du ciel. Voulez-vous entrer dans la Connaissance des choses divines ? soyez humble; l'esprit de Jésus vous découvrira des merveilles à l’oraison, et vous remplira de lumières. Celui qui le suit ne marche point dans les ténèbres. Voulez-vous trouver tous les trésors du ciel ? soyez humble. Comme les eaux découlent dans les vallées et les rendent fertiles, ainsi les pluies des grâces célestes se vont rendre aux âmes humbles et leur font porter beaucoup de fruit. Voulez-vous trouver la paix du cœur, la douceur de la vie, la félicité en terre ? soyez humble. Le miel que les abeilles tirent des fleurs du romarin et du thim est le meilleur et le plus abondant ; ainsi les consolations divines que l'on goûte dans les exercices d'humilité sont plus fréquentes et plus pures que dans les plus éclatants emplois. Voulezvous acquérir toutes les vertus dans un haut degré de perfection ? soyez humble. L'orgueil est la racine de tous les vices, et l'humilité est la racine de toutes les vertus. La fleur se nourrit en sa racine, et se flétrit lorsqu'elle en est séparée : aussi la vertu se perd, pour grande qu’elle soit,‘si elle n’est attachée à l'humilité. La racine est cachée sous la terre, elle est foulée aux pieds, elle n’a en soi ni beauté ni odeur, et néanmoins c’est d'elle que l'arbre reçoit la vie ; ainsi l’'humble est méprisé, abaissé , foulé, mis en oubli, et c’est cela

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même qui l’entretient et le fait croître. Afin que l'arbre vive longtemps, qu’il croisse bien haut et qu’il porte beaucoup de fruits, il faut que sa racine entre profondément dans la terre ; ainsi pour s’affermir dans la vertu, pour y croître et pour y persévérer, il faut avoir auparavant jeté de profondes racines d'humilité.

IT. POINT

Le fils de Dieu est descendu par quatre degrés jusque dans le centre de l'humilité. Le premier est le mépris qu'il a fait de tout l'éclat qui lui pouvait revenir de l'excellence mondaine, du crédit et de l'estime des hommes , des richesses, de la beauté, de la santé, de l'esprit, anéantissant tout cela dans son cœur, et s’en désappropriant par effet. Le faitesvous ainsi ? Gardez-vous bien de désirer l’estime et les louanges des hommes, de peur que Dieu ne vous paie de celte monnaie. Craignez les charges et les emplois honorables. A proportion que les rochers sont plus élevés, les précipices sont plus profonds et les chutes plus dangereuses.

Le cœur humble ne craint point de tomber, étant dans son néant il ne peut aller plus bas. L’humilité n’a rien au-dessous d’elle, ainsi elle est toujours bien assurée. Ne vous fiez point en votre esprit, et si Dieu vous a donné de grands talents naturels, n’entrez point en une vaine complaisance. Dieu n’a pas Ôôté aux démons les qualités naturelles. Le dernier de tous a plus d'esprit et de pouvoir que le premier des hommes, mais il n’en est pas moins méchant et misérable.

Le second est le renvoi qu'il a fait de tous les biens surnaturels à leur source, n’y cherchant que la gloire de Dieu et en laissant toute la disposition à son Père. Je ne cherche point ma propre gloire, un autre la recherchera et me fera justice, je lui en laisse le soin (1). Je n’ai rien de moi, et je

(1) Joann. 8, 50.

ne fais rien de moi. Voilà quelle doit être la disposition de votre cœur. Ne vous attribuer aucun talent, n’en désirer aucun pour votre intérêt, en laisser toute la disposition à Dieu, n’envier point ceux des autres, ne retirer aucune satisfaction propre de ceux qu’il vous donne, ni aucune complaisance de l'estime que les hommes en conçoivent quand on ne peut les leur cacher.

C’est une grande vertu de faire de grandes choses et de ne savoir pas qu'on est grand, de ne reconnaître pas sa sainteté lorsqu'elle éblouit les yeux du monde. Celui-là est véritablement serviteur fidèle, qui ne souffre pas qu’il demeure un seul rayon de la gloire de Dieu dans ses mains, et qui ne se glorifie pas de l'honneur qu'il a de servir comme d’organe à la puissance de son maître.

Le iroisième est l'acceptation volontaire et amoureuse de toutes sortes de confusions et de mépris. Le Dieu de la gloire chargé d'ignominie et couvert d’opprobres, quel spectacle ! C’est peu que nous souffrions que Dieu nous humilie par luimême, si nous n'avons les mêmes sentiments lorsqu'il nous humilie par les hommes. Ceux qui semblent être humbles, lorsqu'il ne se présente aucune occasion d’être humiliés, mais qui se troublent quand elle s’offre, ne sont humbles que par la vertu des autres; la paix et l’hamilité ne logent pas chez eux, mais dans ceux qui les épargnent. Ils ressemblent aux eaux mortes et croupissantes des marais, qui ne sentent point mauvais tandis qu’on les laisse reposer, mais quand on les remue elles exhalent une puanteur étrange.

Le quatrième est le choix qu'il a fait du plus bas lieu du monde ; car 2! est descendu, comme dit saint Pierre , jusqu'aux plus basses parties de la terre, jusqu'aux pieds de Judas, jusqu'au néant. Un Dieu dans le néant! quel exemple pour vous qui n'êtes rien, et qui ne pouvez céder à personne ‘qui soit moins que vous! Oh! que c'est une rare vertu de voir que Dieu élève les autres dans les plus hauts degrés de

DEUXIÈME RETRAITE. 4h

Ja grâce, et qu’on n’est qu’un atome en comparaison, sans s’atlrister de sa petitesse. IL mesemble que c’est de toutes les abjections celle qui est la plus difficile à aimer.

III, POINT

Le Fils de Dieu s’est servi de trois moyens pour descendre dans ce centre.

1. ILs'y est jeté lui-même par la vue de la grandeur de sa divinité, par la vue du néant d'où son âme a été tirée, par la vue de nos péchés dont il a pris la confusion et la peine sur lui, par la vue de notre orgueil, pour suppléer au peu de respect que nous portons à son Père, et pour payer le mépris que nous faisons de ses grandeurs.

9. Ila permis aux hommes de l’y jeter, et toutes les créatures ont servi à son humiliation, parce qu’il l’a bien voulu ainsi. |

3. Son Père même l'y a jeté, le traitant comme une vic time d’expiation chargée de tous les crimes du monde, et en celte qualité le regardant comme le dernier de tous les hommes (1).

Admirez sa charité et son humilité , et reconnaissez qu’il n’y a que lui qui vous puisse donner, et la lumière, et l'amour, et la force nécessaire pour pratiquer cette vertu.

C’est par sa doctrine qu’ilnous éclaire, c’est par son exemple qu'il nous attire, c’est par sa grâce qu'il nous fortifie et nous établit dans la pratique. Enfin, c’est par son amour qu'il nous fait trouver le repos et la joie, le paradis de cetle vie dans ce divin exercice.

O mon Seigneur! je crains de me jeter dans cet abîme.

Venez, ne craignez point, ou vous m’aimez ou vous ne m'aimez point. Si vous m'aimez, suivez-mMol; Si Vous ne

(1) Is. 53. 3.

LE G. — T, il. 49*

m'aimez pas, gardez-vous de tomber dans la confusion éternelle. Si votre cœur ne brûle du feu de mon amour , il mérite de brûler dn feu de l'enfer.

DU CINQUIÈME JOUR

L'esprit de Jésus est un esprit d’obéissance.

« Celui qui vous écoute, m’écoute, »

Luc. 10, 26.

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