‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 167 sur 193 · II. POINT · texte numérisé non relu

II. POINT

Je trouve quatre vives flammes qui brûlaient continuellement dans son cœur. La première est le grand désir qu'il témoigna à ses apôtres le jour de la cène, lorsqu'il leur dit ces paroles : J'ai eu un désir extrême de manger cette Pâque avec vous avant que je souffre (1). Ce qui nous montre avec quelle ardeur nous devons nous approcher de sa sainte table, pour y prendre le pain céleste que nous ne recevrons jamais avec tant de désir qu’il en a eu de le donner; car il semble que cet adorable mystère était le centre de ses actions, et que l'ayant accompli il crut qu’il avait heureusement achevé le cours de sa vie, et qu'après ce grand chef-d'œuvre d'amour il ne lui restait plus rien à faire, mais seulement à souffrir et à mourir pour nous dans la croix. C’est ici le second objet de ses désirs, dont il fit assez paraître la chaleur, lorsqu'il dit avec tant de force: Je dois étre baptisé d’un baptéme; oh! qu'il me tarde qu'il s'accomplisse (2) ! Il regardait la croix comme l'autel sur lequel il devait consommer le sacrifice de propitiation pour la rédemption du monde. Voilà pourquoi il soupirait après elle, et la souhaitait avec empressement ;

(1) Lue., 22, 45.— (2)

DEUXIÈME RETRAITE. 467 car le désir qu'il avait de souffrir n'était qu’un effet d’un autre désir encore plus pressant, je veux dire de cette soif violente du salut de nos âmes, qui lui fit dire, dans l’extrémilé de ses douleurs : Sitio, j'ai soif. Hé! Seigneur, quelle est cette ardente soif qui vous brûle et vous fait languir? je brûle du désir de votre salut, de votre repos, de voire sanctification, de votre bonheur éternel (1). Mais le plus grand de tous ses désirs était de glorifier son Père, et de le faire régner par amour dans le cœur des hommes. Je suis venu, disait-il, jeter le feu sur la terre, el que désiré-je, sinon qu'il s'allume (2)? Voilà quelles étaient les saintes ardeurs du cœur de Jésus, que les pères nous représentent comme l’ambre du prophète Ezéchiel au milieu des flammes, comme l'encens qui s’évaporait sur l’autel des parfums, ou comme une fiole pleine d’une liqueur précieuse qui se répandait dans le sein de son Père éternel, ne souhaitant rien plus que de se fondre et s’anéantir pour son service.

Voila l'exemple sur lequel tous les saints se forment ; voilà le feu qui échauffe, qui brûle, qui embrase leurs cœurs. Leur désir est de souffrir pour Dieu, parce qu’il n’y a point de plus grande marque de l'amour que Dieu leur porte, parce qu'il n’y a rien qui contente davantage l'amour qu'ils ont pour Dieu, parce qu’il n’y a point de voie plus sûre pour arriver à la couronne, parce que c’est le meilleur moyen de devenir semblable à Jésus-Christ, et de se transformer en lui par amour. Ainsi saint André voyant la croix qui lui était préparée, s’écria de joie : O croix que j'ai si longtemps désirée ! Ainsi sainte Catherine de Sienne, voyant les deux couronnes que Notre-Scigneur lui offrait, courut à celles d'épines, et l'enfonça dans sa lête avec une ardeur incroyable. Ainsi sainte Thérèse ne se lassait point de dire en la présence de Notre Seigneur : ou souffrir ou mourir, Si grand

(4) Drogo, de sacram. Dom. pass. — (3) Luc, 19, 49,

ae

AS

Page 1