‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 178 sur 193 · II. POINT · texte numérisé non relu

II. POINT

Il semble qu'il est plus difficile de les unir ensemble que de les justifier séparément ; il n’est pas néanmoins impossible. L'action n'empêche point l'oraison, non plus que la main en travaillant, comme dit saint Bernard, n’empéche point l’œil de voir; au contraire l'œil lui sert pour conduire son ouvrage. Le céleste époux ne laisse pas toujours l'épouse dans le repos ; après qu’elle a joui d’un doux sommeil, il l'appelle aussitôt à l’action (1). Cette alliance de l'amour agissant et jouissant est nécessaire pour leur perfection.

L'amour agissant sans l’amour jouissant est sujet à trois notables défauts : il s'empresse trop, témoin ces folles vierges qui oublièrent de remplir leurs lampes pour vouloir trop faire, et manquant d'huile leurs lampes s’éteignirent.

Il se trouble et perd la paix, parce qu’il veut plaire aux hommes et se contenter soi-même. Il s’épanche au dehors et se dissipe, parce que le cœur se partage aux créatures, et s’écoule en plusieurs désirs déréglés ou inutiles ; voyez si vous êtes sujet à ces défauts.

L'amour affectif n’est pas exempt d’imperfection quand il est seul ; il a ses taches aussi bien que l’amour effectif.

Il présume trop de soi, et se voyant caressé de Dieu, il croit être déjà parmi les séraphins, et ose sonder les secrets de sa providence, en danger de s’éblouir et de s’aveugler par l'éclat de la majesté divine. Il s'attache trop à ses pensées et à son propre sens, comme Naaman, quoique lépreux, se fiait à son jugement, et méprisait le conseil du Prophète.

(4) Cant. 2. 40.

IL fait plus d'état des consolations divines que des vertus solides, perdant le temps en de vaines complaisances, et demeurant inutile. Le père Rodriguez compare les goûts célestes aux biens meubles qui se consument bientôt, et les solides vertus aux biens immeubles et fonciers, qui subsistent et durent toujours. Joignez les uns avec les autres, et servez -vous des consolations pour travailler avec plus de joie et de perfection à l’acquisition des vertus.

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