‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 3 sur 193 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

son-côté qui en est la porte (1); la quatrième l’établit dans la vie unitive et dans l’amour divin, soit affectif ou effectif, en lui proposant les mystères de la vie glorieuse de J ésus-Christ, qui en est un parfait modèle. Pour tirer le fruit de ces exercices, ce n’est pas assez de les lire, mais il les faut pratiquer exactement, selon l’ordre que saint Ignace prescrit en chaque partie, qu’il appelle Semaine, parce que c’est à peu près le temps qu’on doit donner à chacune pour en tirer un profit considérable, quoiqu’on le puisse raccourcir, comme il dit luimême, selon le loisir et la disposition de celui qui entreprend la retraite.

Mais, quelque temps qu’on y emploie, il veut que l’on congédie toute autre affaire, et qu'on se désoccupe de tout autre Soin, se retirant, s’il est possible, en quelque lieu solitaire, où l’on ne soit point diverti, afin de ne pas perdre un moment de ces jours précieux que l’on consacre à Dieu, pour traiter avec lui de son salut éternel.

Et véritablement il a raison, Car si vous donnez toute l’année aux affaires du monde et à l'entretien des créatures, pourquoi ne prendrez-Vous pas au moins huit à dix jours pour converser avec le Créateur, et pour penser à l'éternité ?

Si vous étiez dangereusement malade, il faudrait, malgré VOUS, Vous priver de toutes visites actives et passives, renoncer aux divertissements, et bannir le soin des affaires; pourquoi ne ferez-Vous pas la même chose pour guérir les maladies de votre âme ? ne doit-elle pas vous être plus chère que le corps? et les maladies spirituelles ne sont-elles pas plus dangereuses que les maladies corporelles!

Durant tout le cours de l’année, vos affaires et vos occupations extérieures vous dissipent étrangement, et vous font tomber en mille défauts qui mettent votre âme en désordre, et troublent la paix intérieure que vous devriez préférer à toutes

(4) Joan. 10. 9.

Ca

PRÉFACE. vil

choses; comment pouvez-vous y remédier, qu’en prenant Sur elles quelques jours de solitude pour rentrer en vous-même, et pour vous remettre dans les voies du ciel, d'où vous vous êtes écarté ?

Si vous ne vous éloignez de la foule et du tumulte du monde, pour ne penser qu’à Dieu seul, dit Origène, vous ne serez jamais saint ni vertueux (1). Je souscris volontiers à son avis, et j'ajoute que si vous n’aimez la retraite, vous ne serez jamais homme d’oraison.

Le père Balthazar Alvarez, ce grand directeur des âmes, dont le père Dupont a écrit la vie, disait qu’un homme d’oraison est dans un état violent, pendant qu'il n’est pas avec Dieu, parce que c’est l'élément où son cœur se porte par le poids de son amour; comme une pierre arrêtée par force et suspendue en l'air, n’y demeure que par violence ; et quand on la laisse aller, elle tend aussitôt à son centre. Il était persuadé que celui qui est animé de cet esprit, expédie plus d’affaires en un jour, que les autres en plusieurs, soit parce que Dieu bénit son travail, soit parce qu’il ménage mieux son temps, et qu’iluse d’une plus grande diligence, afin qu’étant désoccupé, il puisse jouir plus longtemps du seul bien qu’il désire, qui est de traiter et converser familièrement avec Dieu. C’est pourquoi il trouva le moyen de faire de toute sa vie un entretien continuel avec lui, sans préjudicier à ses autres devoirs; et de prolonger ses oraisons, sans rien ôter du temps qui était dû à ses fonctions ordinaires, prenant sur son sommeil ce qu’il en donnait aux affaires durant le jour, et achetant les délices de l'esprit par la mortification du corps; car outre les heures destinées, selon les règles de sa compagnie, à la méditation, à la lecture, à l’examen de conscience et aux autres pratiques de dévotion, il demeurait encore trois heures, et souvent même toute la nuit en oraison, lorsqu'il avait quelque affaire importante; suivant en cela

(1) Orig., hom. 8 in Leviticum.

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