VIII PRÉFACE
l'exemple de Notre-Seigneur, et lui disant avec Isaïe : Mon âme vous cherche et vous désire durant la nuit, et dès le matin je vous donnerai mon cœur pour veiller et pour prier en esprit (1). De plus, il prenait réglement un jour par mois, et ‘chaque semaine une matinée entière, pour se recueillir et pour s'appliquer à Dieu; mais dans ses retraites annuelles, au lieu de huit jours, il en prenait quinze; « parce que, disait-il, il voyait par expérience, qu’en ces longues solitudes l'esprit se réchauffe en parlant familièrement avec Dieu; que l’on acquiert plus avantageusement la grâce de la dévotion, que l’on obtient un accroissement notable de forces, pour aider les âmes, et pour pratiquer les bonnes œuvres ; enfin, que ce fut par cette raison que Notre-Seigneur retint Moïse sept jours dans la nuée, et qu’il le fit ensuite demeurer quarante jours sur la montagne, afin de montrer par là que ceux qu'il honore de sa familiarité, et qu'il appelle à la contemplation, n’y parviennent régulièrement qu'après de longues retraites, où ils reçoivent de la force et de la lumière pour tout ce qui regarde son service. »
Et de vrai, c’est le sentiment de tous les saints, que l’oraison a une si étroite dépendance du recueillement et de la solitude, qu’elle ne peut subsister sans ce secours ; « parce que, dit saint Ignace, plus l'âme se trouve solitaire et séparée des créatures, plus elle se rend capable de chercher Dieu, et de le trouver par le moyen de l’oraison ; et d’ailleurs, plus elle s'approche de lui, plus elle se dispose à recevoir les grâces et les faveurs de sa bonté (2). »
Un jeune religieux demanda un jour à l’abbé Moïse un bon moyen pour avancer dans la vertu. Allez, lui dit-il, dans votre cellule, elle vous l’apprendra si vous l’aimez. Il voulait dire que la solitude est l’école de l’oraison, où l’on apprend la pratique de toutes les vertus dans la lumière du Saint-Esprit qui nous en inspire l’amour. C’est par ceite raison que saint An-
(1) Isai. 26. 9. — (2)S. Ignat , annot. ad exerc.. annot. 20.