‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 36 sur 193 · IGNAT · texte numérisé non relu

IGNAT

Remarque.

Vous devez apprendre de ces paroles trois choses considérables, qui feront les trois points de voire méditation. La pre-

mière, quelle est votre origine ; la seconde, dernière fin : la troisième, quelle est votr Votre origine est de sortir de Dieu, v Dieu, votre souveraine bé Dieu. Par la premièr

quelle est votre € Souveraine béatitude.

otre fin de retourner à atitude de jouir éternellement de €, Vous êtes tout à Dieu: par la seconde, vous êles tout pour Dieu; par la troisième, Dieu est réciproquement tout pour vous.

PREMIER PRÉLUDE. — Figurez-vous que votre ange tutélaire Vous Conduit devant le trône de Dieu, et que vous entendez ces paroles de la bouche du Très-Haut : Je suis le premier Principe et la dernière fin de toutes choses. J'en suis le créateur et le Serÿneur. C'est à mot seul qu'on doit rendre out service et tout honneur (1). È

DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demandez humblement 1a grâce de Connaître la fin pour laquelle Dieu Vous a créé, afin d'en faire la règle de votre vie et le principe de votre conduite (2).

PREMIER POINT

Je suis tout à Dieu: Dieu m'a fait ce que je Suis; il m’a donné l’être, la vie et tous les biens que je possède; je suis tout enseinble l'ouvrage de ses mains et l’image de toutes ses perfections. Si cela est ainsi, comme je le crois certainement, je suis d’une extraction bien noble, puisque j'ai Dieu pour père et pour auteur. La beauté et l'excellence de mon âme est incomparable, puisqu'elle porte les traits de la divinité. Mais aussi ma dépendance est extrême, puisque je suis tout à Dieu, et par conséquent je ne suis rien de moi-même ; je dépends si absolument de lui, que s’il ne me conservait à tout moment, je retomherais aussitôt dans le néant.

Quel honneur, ô mon âme! d'appartenir à

à Dieu, d’avoir été une éternité dans sa pensée, d’avoir été une éternité dans

(1) Matth., 4. 10. — {9 Ps, 36.

son cœur, comme l’objet de ses faveurs et de ses bonnes volontés:; d’avoir été une éternité dans son sein et dans ses trésors, comme un diamant d’un grand prix, qu'il a mis enfin au jour pour manifester ses richesses! Quelle gloire d’être porté dans ses mains et soutenu par sa bonté, de vivre en Dieu, et de subsister en Dieu! — Que je suis grand, quand je considère ce que je liens de vous, ô mon souverain Seigneur! Et que je suis petit, quand je regarde ce que je suis de moi-même! de quelque côté que je me considère, je ne trouve rien qui soit à moi: mon âme n'est pas à moi, mon corps n’est pas à moi, tout est à vous, mon Dieu. Et j'abuse de tout pour vous offenser. — Mais il n’en sera pas ainsi désormais; je veux être tout à vous, et je ne veux être qu'à vous; jy suis tout par devoir, j'y veux être par fidélité et par amour. Je ne veux plus différer, je ne veux plus balancer. Que les autres mettent leur gloire et leur bonheur où ils voudront, toute ma gloire et mon bonheur est de vous appartenir et de n'être point esclave de mes vices (1). O0 mon Dieu! mon Seigneur et mon tout.

Je suis tout pour Dieu. Dieu est ma dernière fin, je ne suis au monde que pour sa gloire. Il m'a créé pour le louer, pour le servir et pour l'honorer à jamais. Dieu étant une souveraine beauté. il ne devait pas être inconnu; il ma donné un entendement pour le connaître. Etant une souveraine bonté, il méritait bien d’être aimé ; il m'a donné un cœur pour l'aimer. Etant mon souverain Seigneur, il méritait d'être servi et obéi: il m'a donné toutes les puissances du corps et de l'âme pour lui rendre obéissance et service. Enfin étant élernel, il méritait d’être loué et glorifié à jamais; il m'a donné

(4) Sanct. Hilarius Arelat. in Panegyrico sanct, Honorat,

une âme immortelle pour l'honorer dans toute l'éternité. Si je considère les droits qu'il a sur ses créatures, fondés sur Son souverain domaine et sur une infinité d’autres perfections qui entrent dans l’abime de son essence itrès-simple et trèsindivisible, il n’est rien de plus juste que l'honneur et le service qu’il exige de moi; et si j'ai égard à mes intérêts, rien ne m'est plus avantageux. — « Rien ne donne tant de joie à une âme pure et innocente, que d’avoir pour maître celui qu'elle sait être le roi de tout l'univers: car c’est le comble de la gloire que de servir Dieu. Cet honneur est plus précieux que la liberté, que les richesses, que les principautés et que tout ce que les hommes estiment et admirent (1). Quel honneur, en effet, d'être tout pour Dieu ! d’être consacré à son service, comme un vase d'honneur capable de recevoir les plus riches dons de sa libéralité. L'emploi des anges, et la singulière joie des saints, est de louer Dieu de tout leur cœur, de le bénir sans cesse, de le glorifier et de publier éternellement ses grandeurs (2). Tout puissant qu'il est, il ne pouvait me créer pour un plus grand dessein.

O mon Dieu! que je suis obligé à votre bonté de m'avoir mis au monde pour une si noble fin! Vous m'avez en cela égalé aux anges, à votre Fils, et si je lose dire, à vousmême. Vous avez créé les anges pour vous servir, et moi aussi; VOUS avez envoyé votre Fils au monde pour réparer votre gloire, et moi aussi. Vous-même, mon Dieu, vous ne pouvez rien faire que pour votre gloire; je suis donc en cela semblable à vous, et plût à votre bonté que je puisse bien reconnaîlre mon bonheur et ma noblesse!

Il faut dorénavant que je pense plus sérieusement à mes obligations, autrement c’est en vain que je suis au monde; ma vie esf tout à fait inutile, et moi-même je ne vaux rien

(4) Phil., lib. de Cherubim, — (2) Thom. à Kempis, c. 8, de laud. Dei.

et ne suis bon à rien, car c’est la fin qui donne le prix à toutes choses. Un palais ne vaut rien, si on ne peut s’y loger; un habit est inutile, si on ne peut le porter. Si donc je ne rends aucun service à Dieu, si je ne fais que l'offenser, si je ne cherche que mon plaisir et ma propre satisfaction, Ma vie est une vie basse, terrestre et honteuse, qui mérite mieux de porter le nom de mort, puisqu'elle me fait perdre la source de de vie. En un mot, je ne vaux rien et je ne mérite pas de vivre, je ne suis bon qu'à jeter au feu. Si vous louez Dieu, vous faites votre devoir; car vous avez été créé pour celte fin; si vous y manquez, vous êtes un ingrat, el vous commettez un péché dont vous serez rigoureusement puni (1).

TROISIÈME POINT

Dieu est tout pour moi. Dieu ne m'a pas fait pour me rendre misérable, mais pour me faire part de sa béatitude. Si je le sers fidèlement, je serai heureux comme lui, je le verrai dans sa gloire, je le posséderai comme un riche trésor, je serai tout à lui, et il sera tout à moi. O mon âme! n’admires-tu point la bonté de Dieu qui te prépare une gloire infinie, et qui te dit : Je serai moi-même ta récompense. Oh! quel bonheur de posséder Dieu. O bien par-dessus tout bien! 6 fin sans fin! quand est-ce que je vous posséderai sans r'éserve et sans danger de vous perdre (2)? 0 mon cœur! comment n’aimes-lu un Dieu qui est si bon? Il est ton centre, ta félicité, ton souverain bien, et tu as tant de froideur pour lui!

Quelle honte d’avoir vécu comme s'il n’y avait point d'autres biens que ceux de la terre! d'avoir oublié Dieu, d'avoir mis ma béatitude ai hasard. Quoi donc? mon Dieu

:(4) Thom. à Kempis, c. 8, de laude Dei. — (2) Thom. à Kempis, in solil. animæ, ©. 12.

veut bien se donner à moi, et je mépriserais un si grand bien. Si je le perds, où en trouverai-je un autre qui le vaille? Le bien qui m'est nécessaire pour être heureux est unique. C’est le seul que je cherche, c’est le seul que je désire. Si je possède un jour cet unique bien, je serai content; si je n’en jouis, je n’aurai point de repos, je serai toujours misérable ; car la multitude peut bien multiplier mes désirs, mais elle ne peut pas les remplir (1). Quel est donc ce bien unique, qui seul peut me rendre heureux? Il est si grand, que je n’ai point de paroies pour l’exprimer ; car qui des hommes et des anges en peut dignement parler? Mais je sens pouriant que mon Cœur désire un bien si excellent, qu'on ne peut s’en imaginer un plus grand et qu'il ne peut y en avoir. Si donc les hommes prennenf fant de peine pour acquérir des biens périssables,

que dois-je faire pour jouir d’un bien qui est éternel et in-

fini? c’est ma fin ; iln’est pas en ma liberté d'en prendre un

autre. Depuis que j'ai l’usage de la raison, je n'ai dû faire

aucune action, ni proférer aucune parole, ni former aueune

pensée libre qu'en vue de cette fin. Je n’ai pas dû faire un

Pas qui ne m'en approchÂt, ni employer un seul moment de ma vie, que pour aller à la bienheureuse éternité. L’ai-je fait ainsi? Eh! je m’en suis éloigné au lieu de m'en approcher. N’est-il pas temps de changer de vie, et de commencer dès maintement d'être ce qu'il faut que je sois pour être éternellement heureux, c’est-à-dire parfaitement uni à Dieu par connaissance et par amour (2).

Colloque. — O mon Seigneur ! quoique vous méritiez d'être servi Sans récompense, néanmoins puisque vous voulez bien vous donner vous-même à moi pour le prix de mes services, n'est-il pas juste que je me donne tout à vous pour jouir éternellement de vous? Aidez-moi, mon Sauveur, dans la résolution

(1) Thom. à Kempis. in solil. animæ, ©. 42. — (9) S, Hieron., ep, 18, ad Eustochium.

que je prends de penser désormais sérieusement à mon salut, de me lier inséparablement à votre bonté, de m’assujeitir à votre empire, et de n’avoir d'autre soin que de vous glorifier et de vous plaire en toutes les actions de ma vie (1).

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