‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 37 sur 193 · DEUXIÈME MÉDITATION FONDAMENTALE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME MÉDITATION FONDAMENTALE

Moyens que Dieu a donnés à l'homme pour arriver à sa fin.

« Et toutes les autres choses qui sont sur la terre, ont été créées pour l’homme, et pour l'aider à obtenir la fin que Dieu lui a marquée en le créant. » IGNAT.

Premier Prézune. — Représentez-vous ce monde comme léchelle de Jacob, que Dieu vous a dressée pour vous élever à lui par autant de degrés qu’il y a de créatures, qui peuvent toutes vous servir de moyens excellents pour faire votre salut et parvenir à votre dernière fin. Figurez-vous qu’il est lui-même au haut, pour vous encourager, et que vous montrant le paradis et la couronne qu'il vous y a préparée, il vous dit amoureusement : Montez ici (2). Sauvez votre dme; ne regardez point derrière vous; ne vous arrêtez en aucun lieu; mais sauvez-vous sur la montagne, de peur de périr avec les autres (3).

Deuxième PRrécune. — Demandez à Dieu la grâce de vous servir avantageusement des moyens qu’il vous présente pour vous sauver.

(4) Thom. à Kempis. in valle liliorum, c. 34. — (@ÿ1Apocs 4 10 (3) Genes., 19. 47.

— 06 li he.

PREMIER POINT

Toutes les créatures sont des moyens de salut que Dieu nous a donnés pour arriver à notre fin.

Considérez la sagesse et la bonté infinies de Dieu, qui a donné à chaque créature les moyens qui lui sont nécessaires pour parvenir à sa fin : la lumière au soleil pour éclairer, les ailes à l'oiseau pour voler, la légèreté au feu et la pe- Santeur à la terre, pour aller à leur centre. Admirez la mullitude et l'excellence des moyens qu'il a donnés à l'homme Pour sauver son âme en servant sa divine Majesté, et lui rendant l’honneur et le respect qu'il lui doit. Eh! que de chemins ouverts pour vous conduire au salut! que de moyens dans l’ordre de la nature et de la grâce pour vous sanclifier! À quel degré de perfection ne sont pas arrivés ceux qui ont su s’en prévaloir ? Quels fruits n’en eussiez-vous pas re- Cueillis, si vous en aviez bien usé, et si vous vous éliez Parfaitement donné à Dieu, comme vous le deviez et comme il l'attendait. Faites une réflexion particulière sur vous, et outre les moyens généraux qui vous sont communs avec {ous les hommes, pesez les avantages que vous avez par dessus plusieurs autres, comme les biens de la fortune, les biens du corps et de l'esprit, les parents, la bonne éducation, les Jumières et les grâces que Dieu vous a communiquées et les faveurs secrètes dont il vous à prévenu, et voyez comment vous en avez usé. Ne les avez-vous point négligées? ne les avez-Vous point rendus inutiles? n’en avez-vous poiut perverti l'usage, vous en servant pour offenser Dieu? Oh! quel sujel de confusion, de regret et de douleur? Ne voulez-vous point réparer l’injure que vous lui avez faite, et le tort que vous vous êles causé à vous-même.

O providence divine, que vous êtes magnifique envers

moi! Je ne vous suis pas moins obligé, mon Dieu, que si vous n’aviez créé le monde que pour moi; car il est aussi bien tout pour moi que s’il n’était point pour tous les autres. Quand je serais seul dans le monde, vous ne laisseriez pas de produire et de conserver tant el de sibeaux ouvrages pour moi seul. Je veux donc désormais faire un saint emploi de toutes les créatures et de tous les moments du temps pour gagner l'éternité, tenant pour perdu tout ce qui ne sera pas pour la gloire de Dieu et pour mon salut.

DEUXIÈME POINT

Toutes les créatures sont des moyens de salut, qui nous élèvent à la connaissance et à l'amour de Dieu.

Considérez que le premier service que vous rendent toutes les créatures, comme moyens de salut, est qu’elles vous élèvent à la connaissance et à l’amour de Dieu. Les cieux Tacontent la gloire de Dieu ; le firmamenti publie l'excellence de ses ouvrages ; le jour en parle au jour qui ie suit; la nuit en instruit la nuit suivante (1). Ce ne sont pas seulement les cieux qui nous apprennent à louer Dieu, la terre, dit saint Chrysostôme, entre aussi dans ce concert, et il n’y à point de si petite créature qui ne nous annonce la sagesse, la puissance et la bonté du Créateur. Les unes excitent à le louer par leur utilité, les autres par leur grandeur, les autres par leur beauté (2). Pourquoi pensez-vous qu’il ait embelli les fleurs d’une si agréable diversité de couleurs? C'est pour manifester sa sagesse et son grand pouvoir, afin que nous apprenions quelle est sa gloire, en la voyant éclater de foules parts. Car cela même nous découvre les richesses immenses de la sagesse de Dieu, qui a revêtu les plus petites choses d'une si grande beauté. C'est ce qui ravissait le Prophète

(4) Ps. 181. — (2) Ps. 181.

roi, et lui faisait déplorer la folie des pécheurs qui ne reconnaissent pas ces merveilles. Vous m'avez, dit-il, rempli de Joie, Seigneur, en considérant VOS Ouvrages, et je suis dans le ravissement, lorsque je contemple les œuvres de vos mains. Oh! que vos ouvrages sont grands, et que vos pensées sont profondes ! l'insensé ne les connatt Point, et le fou ne les com- Prend point (1). De là vient qu'il en abuse, et qu’au lieu de s'élever vers vous par leur moyen, il se précipite aveuglément en toutes sortes de malheurs.

Le monde est comme l'échelle de Jacob, qui nous porte à Dieu par autant de degrés qu'il y a de créatures. Les grands saints montent au ciel par ces degrés, les pécheurs descendent par là dans les enfers (2).

Ne craignez-vous point d’être de ce nombre? Écoutez ce que vous dit saint Augustin : « N’avez-vous des yeux que pour voir ce qui plaît à vos sens, el non pas à l'esprit? Ayez des vues plus raisonnables; servez-vous en homme des yeux que Dieu vous a donnés. Contemplez le ciel et la terre ; voyez la beauté de celui-là et la fécondité de celle-ci; admirez le vol des oiseaux, le mouvement des poissons qui nagent dans les eaux, la vertu secrète des semences, et l'ordre immuable des temps. Considérez ces ouvrages ef cherchez l’ouvrier qui les a faits. Regardez ce qui est devant vos yeux, et cherchez celui que vous ne voyez pas (3). » Dites-lui avec le Prophète : Je vous louerai Seigneur, parce que vous failes paraître votre grandeur avec un éclat qui me donne de l’étonnement; vos ouvrages sont admirables, et quoiqu’ils soient infiniment au-dessus de moi, je n’en ai que trop de connaissance pour me confondre devant vous, si le respect et l’amour de mon cœur n'égalent les lumières de mon esprit (4).

(1) Ps. 92. — (2) Barradius, tom, 2,0HDe°3 cap. 3 de nuptiis Canæ. — (8) S. Aug., lib. 50, Hom. 32, — (4) Ps, 238.

TROISIÈME POINT

Toutes les créatures sont des moyens de salut, qui nous apprennent à servir Dieu par leur exemple.

Considérez que le second service que vous rendent toutes les créatures, comme moyens de salut, est qu’elles vous apprennent à servir Dieu, et vous y excitent par leur exemple; car elles font toutes avec plaisir, dit l'Écriture, ce que Dieu leur commmande. Les étoiles, qui veillent par son ordre à la garde du monde, ont donné leur lumière avec joie. Il les a appelées, et elles ant aussitôt répondu : Nous voici ; et elles ont fait briller leur clarté avec plaisir en la présence de leur auteur (1).

Elles le font avec un profond respect. IL fait lever le soleil pour rendre le jour à la terre, et il part sans délai; il ne l’a pas plus tôt appelé, qu’il lui obéit avec une crainte respectueuse (2).

Elles le font avec une merveilleuse diligence. I} marche sur les ailes des vents ; ses messagers vont comme l'éclair d'un pôle à l'autre, et ses ministres sont prompis et ardents comme le feu (3).

Elles le font avec un ordre et une constance immuables. Il a dit une fois à la terre qu’elle produise des fruits et des herbes: et depuis plus de cinq mille ans elle ne cesse de les produire. Les cieux aussi bien que la terre gardent inviolablement la loi qu’il leur a donnée ; et les jours se suivent depuis tant de siècles, selon l’ordre qu’il leur a prescrit, sans l’outrepasser d’un moment, parce que toutes les créatures le servent (4).

Elles le font même parfois contre leur inclination natu-

(4) Baruch, 3, 34. — (2) Ibid, 33, — (3) Ps. 103. 4. — (4) Ps. 118, 91.

relle, par une obéissance miraculeuse, qui fait sauter les montagnes comme des agneaux, qui oblige la mer à s'enfuir, qui fait remonter les fleuves vers leur source, qui change les pierres en des torrents d'eaux, et les rochers en des fontaines. Eh! n’y aura-t-il que vous qui refusiez de le servir, parce qu'il vous a fait plus de bien? “n'est-il pas honteux que celui qui est le plus obligé à son Créateur, soit le moins reconnaissant ?

QUATRIÈME POINT

Toutes les créatures sont des moyens de salut, qui nous donnent tous les secours nécessaires pour arriver à notre fin.

Considérez que le troisième service que vous rendent toutes les créatures, est qu’elles vous donnent tous les secours naturels qui vous sont nécessaires, soit pour le corps, soit pour l'esprit, afin de travailler utilement à votre salut. Jetez la vue sur tout ce qui est dans l'univers, vous trouverez qu’il n’y a rien qui ne puisse vous aider à vous sauver, soit en servant aux commodités et aux nécessités du corps, afin que l’âme puisse s'appliquer plus facilement à Dieu, soit en contribuant immédiatement au bien de l'âme, la retirant du péché, la portant à la vertu, l’instruisant de son devoir, la punissant et la consolant, la confondant et l’encourageant, selon qu’elle se porte au bien ou au mal.

Mais ce qui est plus surprenant, c’est que Dieu veut bien lui-même nous servir non-seulement dans ses créatures, qui ne peuvent agir sans son secours, mais encore en sa propre personne ; car il n’est venu au monde que pour procurer le salut des hommes par ses travaux. Il les à instruits par ses prédications et édifñés par ses exemples. Il a donné sôn sang pour leur rançon, son corps pour leur nourriture, ses mérites pour leur trésor, et ses sacrements pour leur sanctification et pour leur perfection. L'Écriture sainte, les livres spirituels,

les prières et les soins de l'Eglise, le ministère des apôtres, des prophètes, des prêtres et des docteurs ne tendent qu’à ce but, que les âmes se sauvent; si bien qu’on peut dire qu’à tout moment nous contractions de nouvelles obligations envers Dieu, et nous recevons de nouveaux moyens de salut. Mais nous sommes en cela si malheureux, que nous dissipons les biens qu'il nous a acquis, nous ruinons ses desseins, nous méprisons les conseils de sa sagesse, et des mêmes moyens qu'il nous a donnés pour parvenir à notre fin, nous prenons occasion de nous en éloigner. Enfants des hommes, jusqu'à quand aurez-vous le cœur si pesant? Pourquoi aimez-vous la vanité, et pourquoi cherchez-vous le mensonge (1)? O affections déréglées! que vous m'avez causé de désordres, et que vous m'avez éloigné de ma fin! il faut absolument que je prenne garde à moi, et si par malheur je n'étais attaché à quelque chose hors de Dieu, je dois m'en dégager dès à présent.

Colloque. — O mon Dieu! je le veux; mais mon cœur est lié comme un esclave, et ce qui est déplorable, il aime sa servitude et il a peine à se défaire de ses liens. Forlifiez ma faiblesse par votre grâce, et détruisez ma malice; faites-moi haïr ce que j'aime avec trop de passion, et aimer ce que je fuis avec trop de lâcheté.

(4) Ps. 4.3.

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