ISAAC
Premier PRÉLUDE. — Représentez-vous que votre âme est dans son corps comme dans une prison, et qu’elle est chargée d’autant de chaînes qu’elle a commis de péchés; ou bien figurez-vous que vous êtes ici-bas comme dans un désert affreux, banni du paradis pour vos péchés qui vous ont éloigné de votre fin bienheureuse, relégué parmi les bêtes, sujet à une infinité de misères et obligé très-étroitement à faire pénitence, si vous voulez rentrer dans le chemin du ciel et assurer votre salut.
Deuxième PRéLUDE. — Demandez à Dieu la grâce de connaître l'excès de vos péchés, et d’en concevoir @e la confusion et de l'horreur, vous comparant aux anges qui ont été si sévèrement punis pour une seule offense.
PREMIER POINT
Considérez les principales circonstances qui rendent la chute des anges terrible, et qui peuvent vous donner de la confusion et de la douleur d’avoir tant de fois offensé Dieu et de vous être si fort éloigné de votre souverain bien. Premièrement, ceux qui sont tombés du ciel étaient des anges, c'est-à-dire de purs esprits, élevés au-dessus de toutes les autres créatures par la noblesse de leur être, par l’éminence de leur dignité et par l'excellence des biens de nature et de grâce dont Dieu les avait avantagés. Lucifer était le premier des séraphins (1), dit Job, et ceux qui suivirent ce malheureux chef, n'étaient guère moins nobles que lui, et néanmoins ils se sont perdus.
Ils étaient pleins de sagesse et de lumière, il n’y avait rien de caché pour eux dans la nature; ils avaient un pouvoir merveilleux sur toutes les parties de l'univers; le ciel était leur domicile, la grâce leur apanage, toutes les vertus infuses leur patrimoine, et la béatitude même leur récompense, qui ne pouvait leur manquer s'ils eussent été fidèles, et néanmoins ils se sont perdus. Que peut-on ajouter à la magnificence et à la bonté du Créateur, qui avait épanché ses richesses avec tant de profusion sur ces esprits! Quel bonheur pour eux, s'ils eussent bien usé de ses dons, et néanmoins ils se sont perdus. Quel aveuglement et quelle ingratitude d’avoir ainsi méprisé leur bienfaiteur, de qui dépendait leur félicité! O Lucifer! comment es-tu tombé du ciel (2)? Tu étais comme le cachet du Créateur (3); tu portais les plus vifs caractères de la grandeur du Père, de la sagesse du Fils, de la bonté et de la beauté du Saint-Esprit; tu jouissais des délices du paradis: tu étais couvert d’un riche habillement
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(4) Job., 40. 44. — (2) Is, 14 1 (3) Ezech., 76,
tout brillant de pierres précieuses, et tu as perdu tout cela par ton orgueil. Eh! qui ne tremblerait au bruit de cette chute et à la vue de ce malheur (1)? Si Dieu n’a point pardonné aux anges qui ont péché, mais s’il les a précipités dans l’abîme, chargés des chaînes de l'enfer, pour y être tourmentés et tenus comme en réserve jusqu’au jugement, que doivent craindre des hommes dont la condition est si ravalée au-dessous de ces sublimes intelligences (2)? S5 Les cèdres tombent, que sera-ce des faibles arbustes (3)? Le premier des anges se perd, le premier des apôtres tombe à terre; que dois-je craindre, moi qui ne suis qu’un peu de poussière? Que la ruine des grands serve de précaution aux pelits, dit saint Grégoire (4).
DEUXIÈME POINT
Considérez, en second lieu, qu'ils furent tous punis surle-champ et enveloppés dans le même malheur. La justice divine n’en égargna pas un; elle n’eut point d’égard ni à leur noblesse, ni à leurs excellentes qualités, nià leur nombre, qui était si considérable; elle n’attendit point une seconde révolte pour les punir, elle les chassa du ciel à la première faute. Pour consommer leur béatitude, Dieu ne demandait d'eux qu'un acte d'obéissance: on ne sait pas assurément qu’elle était celte épreuve qu’il voulait tirer de leur fidélité. 11 est probable qu'il leur déclara le mystère de l’incarnation qu’il avait projeté, et qu’il leur commanda de se soumettre à l'empire de l’Homme-Dieu, et de se charger du soin et de la conduite du reste des hommes qu'il voulait élever à la même béatitude que les anges; mais au lieu d'obéir, comme ils y étaient obligés, dédaignant d’avoir les hommes pour compagnons de
(4) Rup,, lib. 4 de vict. verbi Dei, Cap. 8:,— (2) 2: Petr., 9, 4, — (3) Zach., 11. — (4) S. Greg. in 2 Reg., c. 2.
leur gloire, et l'Homme-Dieu pour leur roi, ils aimèrent mieux suivre le parti de Lucifer qui s’éleva insolemment contre son souverain, affectant l'indépendance, el se vantant, par une étrange folie, que malgré lui il régnerait sur l’aquilon, et qu’il serait semblable au Très-Haut. Quoi qu'il en soit, leur péché fut bientôt suivi de la peine qu'il méritait. Ils avaient péché par une opiniâtre malice, ils furent jugés sans miséricorde et sans ressource par une sévérité inexorable 62e Mon fils, dit le Sage, étes-vous malheureusement tombé en quelque péché, gardez-vous de la rechute (2); relevez-vous promptement; faites pénitence sans délai; ne dites point que c'est la première fois; ceux qui se flattent de l'espérance du pardon sous ce prétexte, sont quelquefois prévenus, dit saint Fulgence, et la colère de Dieu les surprend de telle sorte, qu’ils n’ont ni le temps de se convertir, ni le bonheur de rentrer en grâce avec lui, et d'obtenir la rémission de leurs crimes (3). Que sera-ce donc de ceux qui ajoutent péché sur péché, et qui retombent si souvent dans les mêmes offenses ? Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair (4). Rien de plus prompt que l’éclair, rien de plus.violent que la foudre qui‘éclate et qui frappe en même temps. Oh! que cette chute si subite, si inopinée, et néanmoins si horrible, devrait nous étonner! Pensez-vous, disait Notre-Seigneur à ses disciples, que ces dix-huit hommes sur lesquels la tour de Siloë est tombée, et qu’elle a tués, fussent plus criminels que tous les habitants de Jérusalem? Non, je vous l'assure; mais je vous déclare que-si vous ne faites pénilence, vous périrez tous de la même sorte (5).
C'était une tour d’orgueil fort élevée que Lucifer, dont la chute accabla une multitude effroyable d’anges sous ses
(1) Is, 14. — Vide cætera apud S. Bern., Serm. 17 in Cant. — Ibid. — (2) Eccle., 21.1. — (3) S. Fulg., de fide ad Petr., ©. 3. — (4) Luc., 10. — (5) Luc., 4. 15.
ruines. Leur malheur doit nous servir d'instruction, et nous imprimer l'horreur du péché, la crainte des jugements de Dieu et le désir de changer de vie, parce que c’est à nous que ces paroles s'adressent : Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous (1); comme ces esprits rebelles, la mort vous Surprendra, et vous tomberez comme eux dans un abîme de malheurs, d’où vous ne sortirez jamais.
TROISIÈME POINT
Considérez, en troisième lieu, la perte irréparable qu'ils ont faite, et l'éternité des peines qu'ils ont encourues pour un seul péché de pensée. 11 se donna, dit saint Jean, une grande bataille dans le ciel. Michel et ses anges combaitaient contre le dragon ; et le dragon et ses anges combattaient contre lui. Mais ceux-ci furent les Plus faibles ; et depuis ce lempslà ils ne parurent plus dans le ciel (2). Oh! quelle perte! perdre Dieu, perdre le paradis, être banni du ciel pour ja- Mais. Ton orgueil t'a Précipité dans les enfers, où tu souffriras des tourments éternels (3). Oh! quel précipice! oh! quel abîime de malheurs! Comment es-tu tombé de si haut (4)? Comment es-tu tombé si bas? Tu t'es enorgueilli de ta beauté, tu t’es enivré jusqu’à la folie de l'amour de ta propre excellence : voilà pourquoi je t'ai jeté sur la poussière et je l’ai rendu misérable (5). Il faut bien dire que l’orgueil est un dangereux ennemi, puisqu'il a fait périr tout d’un coup tant de si excellents esprits el de si nobles créatures ; il faut bien dire que c'est un monstre fort horrible, puisqu'il les a si honteusement défigurés ; il faut bien dire qu’il est à craindre jusque dans les lieux les plus saints, puisqu'il est entré dans le ciel; enfin il faut bien dire qu'il est abominable
(4) Lue, 13.5: — (2) Apoc., 12, — (3) Ls, 14, — (4) Is., 14. 12. — (5) Ezech., 28,
devant Dieu, puisqu'il l’a si rigoureusement puni dans les premiers ministres de son royaume. Heureux celui qui vous a pour guide partout où il va, mon Seigneur Jésus, et non pas cet esprit apostat, qui voulut monter aussitôt que vous lui donnâtes l'être: mais il fut frappé à l'heure même de toute la force du bras de Dieu. Il était ange quand il monta; mais il devint démon lorsqu'il tomba.
Oh! qu'il est dangereux de se plaire dans ses perfections et dans ses belles qualités! oh! que c’est une grande folie! « Je ne veux point de beauté, dit saint Bernard, qui me fasse perdre la sagesse. Si vous demandez quelle est cette beauté si pernicieuse, je réponds que c’est la vôtre. Je le dis plus clairement; c’est la beauté dont vous vous rendez propriétaire. Je ne blâme pas le don, mais j'en condamme l'abus. Et si je ne me trompe, la sagesse même est la beauté de l’ange et de l'âme; car sans elle que seraient l'un et l’autre, qu'une honteuse misère? mais l'ange l’a perdue en se l’appropriant; et c’est une même chose à son égard, d’avoir perdu la sagesse par sa beauté que de l'avoir perdue par sa propre sagesse. Cette propriété est la cause de sa perté; il a perdu sa sagesse, parce qu'il se l'est appropriée, parce qu'il n’a pas donné la gloire à Dieu, parce qu’il en a été méconnaissant: c’est ce qui lui a fait perdre sa sagesse; c'est la sagesse même qu'il a perdue; car l'avoir ainsi, c'est la perdre (1). ».
Colloque. — Seigneur, que j'ai sujet de me confondre, lorsque je considère combien de fois je me suis laissé tromper à la voix de ce serpent; vous m'avez imprimé votre’image, et j'ai pris celle des démons; et même j'ai été si malheureux, que je me suis rendu plus vil et plus difforme que Lucifer. Il n’avait point vu le châtiment que vous imposez au péché avant de le commettre, mais moi je l'ai su et je l'ai méprisé ; il n’a été
(1)S. Bern, Serm. 74. in Cant,. ÿ
qu'une fois établi dans l'innocence, mais vous m'y avez rétabli plusieurs fois; il s’est élevé contre son créateur, et moi contre mon réparateur ; il a laissé un Dieu qui l’a abandonné, et moi j'ai quitté un Dieu qui me cherchait: il demetre obstiné dans sa malice, Dieu l'ayant réprouvé, et moi je persiste dans mon égarement, Dieu m'ayant souvent rappelé. Enfin, si nous Sommes tous deux coutre Dieu, il est contre un Dieu qui ne l’a point recherché, et moi je suis contre un Dieu qui s’est livré Pour moi aux douleurs de la mort (4,
Ne Là
DEUXIÈME MÉDITATION
Chute d'Adam dans le paradis terrestre. — L'horreur du péché qu'elle doit produire en nous.
een
« L'homme, au milieu de sa grandeur, n’a pas compris sa destinée ; il s'est comparé aux animaux, et s’est fait semblable à eux. » Ps. 48. 90.
Préludes de la Méditation précédente.
PREMIER POINT
Considérez les avantages que Dieu fit au premier homme au point de sa créalion, et les rares dons de nature et de grâce dont il le favorisa. Il avait un empire absolu sur ses passions ; il commandait en Souverain à tous les animaux qui avaient du respect et de la soumission pour lui ; sa santé élait à l’épreuve de toutes les maladies, et sa vie était hors de tous les traits et de toutes les atteintes de la mort ; il avait des communications intimes avec Dieu dans le plus dé-
(1) S. Bonav., de 4 ment, exercit.
licieux séjour de la terre, où il jouissait d’une tranquilité admirable. Quatre vertus qui font tout le bonheur des hommes, conspiratent à le rendre heureux : La miséricorde et la vérité, la justice et la paix. La miséricorde l’accompagnait et le suivait partout, afin de le protéger et de pourvoir, comme -une bonne mère, à tous ses besoins ; la vérité lui donnait de grandes lumières, pour le conduire un jour jusqu'à la claire connaissance de la première vérité; la justice réglait ses mœurs, de peur qu’il n’abusât de sa science pour faire le mal ; la paix s’étudiait à le rendre parfaitement content, en éloignant tout ce qui pouvait troubler son repos, afin que la concupiscence ne püût s’élever contre l'esprit, ni causer du désordre au dedans, et qu'aucune créature n’osât l'inquiéter au dehors (1). Qu'est-ce qui pouvait manquer, ajoute saint Bernard, à celui que la miséricorde couvrait de sa protection, que la vérité éclairait de ses lumières, que la justice gouvernait, et que la paix portait amoureusement dans son sein ?
Admirez la bonté et la libéralité du Créateur envers nos premiers parents. Qu'ils étaient heureux, s’ils eussent su jouir de leur bonheur! Reconnaissez en même temps les bontés de Dieu sur vous, et les miséricordes dont il a. usé en votre endroit, vous revêtant de sa grâce et de tous les ornements des vertus, et vous rétablissant dans l'innocence que vous avez si souvent perdue par vos péchés. Quel témoignage lui avez-vous rendu de votre reconnaissance ? serezvous donc toujours ingrat ? Ne vous résoudrez-vous jamais à le servir avec plus de ferveur? Ne craignez-vous point ce reproche : Le bœuf a connu celui à qui il appartenait, et l’âne a connu l’étable de son maître ; mais Israël m'a méconnu et s’est oublié de mes bienfaits (A) ?
(4) S. Bern, Serm, 1, de Annunt. B. Mariæ.— (2) Is., 1. 3.
Considérez l'ingratitude, l’orgueil, la curiosité, la lâcheté et l'infidélité de nos premiers parents, dont la pitoyable chute vérifie ce que dit le Prophète-Roi. Lorsque l’homme était en honneur, il ne l’a pas compris ; il a imité les bêtes qui sont sans raison, et il leur est devenu semblable (1). Dieu avait défendu sous peine de mort au premier homme de toucher au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal : le commandement n’était pas difficile à observer; et quand il l’eût été, que ne devait pas faire Adam par respect pour son bienfaiteur, et pour son propre salut? Et néanmoins, par un étrange aveuglement, il oublie ses obligations, pour complaire à une femme qui s'était laissée séduire par le serpent, et, mangeant du fruit défendu, il perd avec elle l'amitié de Dieu, les quatre dons d'où dépendaient son salut et celui de sa postérité. IL perd la miséricorde en devenant le meurtrier de tous les hommes ; il perd la vérité en affectant la science qui ne lui appartenait pas, et voulant cacher son crime ; il perd la justice en préférant la voix du serpent au commandement de son maître, et l'amour de la créature à celüi du Créateur ; il perd la paix, parce qu'il n’y a point de paix pour les impies qui s'élèvent contre Dieu. Eh ! quelle indignité de faire si peu d'état de ses menaces, qu’on ne craigne point de hasarder pour une pomme le plus grand de tous les biens ! Hélas ! qu’il faut peu de chose pour ruiner le salut d’une âme, et pour perdre la grâce de Dieu! Adam l'a perdue par une lâche complaisance, David par un regard, saint Pierre par une vaine peur, tant de grands hommes par un simple respect humain. Craïgnez, âme chrétienne, de tomber dans cet aveuglement ; défiez-vous de vous-même.
(1) Ps, 48.
Craignez de ne point coopérer à la grâce quand elle est présente, de ne point la recouvrer lorsque vous l’aurez perdue, et de la perdre derechef quand elle vous sera rendue.
0 Dieu de miséricordes ! quelles larmes pourraient effacer les taches de mon âme ? et quelle punition serait capable de satisfaire à votre justice, que j'ai méprisée avec tant d’indignité ? Mon cœur, brisez-vous de douleur, et vengez sur moi l'offense que j'ai commise contre un Dieu qui m'est si bon. O mon Dieu! je publierai éternellement l'excès de votre charité. Que n'ai-je tous les cœurs des saints pour vous aimer ! que toutes les puissances de mon âme et toutes les parties de mon corps ne sont-elles changées en autant de bouches pour vous bénir, en autant de victimes pour vous en faire un sacrifice (1)!
TROISIÈME POINT
Considérez les maux effroyables que le péché du premier homme attira sur lui et sur tous ses descendants jusqu’à la fin du monde. On tient pour certain qu’aussitôt qu'il fut convaincu de sa faute, il en demanda pardon, et qu’il l'obtint de la bonté de Dieu, qui ne la lui découvrit que pour l’effacer par ses larmes ; et toutefois quelles peines ne souffrit-il pas durant sa vie et après sa mort? Durant sa vie, il fut banni honteusement du paradis, et relégué dans la région du péché, dit saint Ambroise (2). Ile infortunée, région funeste et malheureuse, où il n’y a que troubles, que séditions, que guerres, que pestes, que famines, que maladies de corps et d'esprit, que morts sanglantes et cruelles, qui environnaient en foule ce criminel privé de la protection particulière de Dieu, et condamné à une pénitence très-rigoureuse de neuf cents ans ; après laquelle il passa dans une autre
(1) Ps, 102. 22. — (2) S. Amb,, L. 4, de interpel.
région de ténèbres, où il demeura quatre mille ans, banni du ciel, privé de la vue de Dieu, tout proche de l’enfer, où une multitude innombrable de ses enfants tombent depuis sa chute, et tomberont jusqu’à la consommation des siècles, pour y être éternellement tourmentés à l’occasion de son péché. Qui eût jamais cru qu'une désobéissance eût pu causer tant de désordres et de malheurs ? Que si un seul péché a été puni de la sorte, que sera-ce de ceux que j’ai commis, qui sont sans nombre? Si Dieu, qui est la bonté même, punit le péché d’une peine si épouvantable, ne faut-il pas dire que c'est un mal plus horrible qu’on ne saurait l’imaginer ? Quelle obligation n’ai-je donc pas à la miséricorde divine qui m'a souffert et attendu jusqu'ici, pour me donner le loisir de faire pénitence? Si Adam a pleuré son péché et regretté la perte de là justice originelle l’espace de neuf cents ans, sans donner de trève à sa douleur, quelles larmes pourraient suffire pour expier mes crimes, et pour déplorer la perte que j'ai faite de l'innocence, qui m'avait élé donnée par la grâce de mon baptème ? Eh! qui me rétablira dans cet heureux état, où Dieu prenait autant de soin de moi que si j'eusse été l'unique objet de sa providence? Qui rappellera le temps où sa grâce luisant sur moi, comme un soleil, je vivais sans crainte parmi les dangers, et je marchais sans broncher au milieu des ténèbres de la nuit? Que mon bonheur n'est-il semblable à celui que je goûtais, lorsque Dieu traitait familièrement avec moi, et qu’il logeait dans le secret de mon cœur, comme dans le lieu de ses délices ? Hélas! je l'en ai chassé, et depuis le triste moment qu’il m'a quitté, je n'ai éprouvé que des misères (1).
Colloque. — Ah! Seigneur, si je ne vous avais jamais offensé ! quelle folie de vous quitter, ô mon Dieu! puisque je ne puis respirer. sans vous ? Quel aveuglement de me priver, pour
(1) Job., 29. 1,2, 3 et 4,
des choses si viles, de votre inestimable amour ! Eh! combien de fois vous ai-je perdu, vous qui êtes mon souverain bien, pour jouir d’une fumée de vanité? Combien de fois ai-je laissé l'héritage du ciel, pour prendre celui de l'enfer ? Divine justice, qui a retenu votre main vengeresse de l’iniquité, et qui l’a empêchée de me punir au moment que je vous offensais ? Qui m'a fait trouver tant de bonté auprès de vous, Ô mon Dieu! que vous ayez bien voulu me souffrir si longtemps, m'attirer avec tant de douceur, et me recevoir si favorablement à mon retour ? O mon très-doux Sauveur, oubliez le passé, et ne permettez plus que je sois séparé de vous. Mon Dieu, créez un cœur pur en moi, et renouvelez un esprit droit au fond de mon âme. Ne me rejetez pas de devant votre visage, et ne m'ôtez pas votre Esprit-Saint (1). Rendez-moi la joie de votre amour, qui est la source de mon salut, et fortifiez-moi des dons de votre Saint-Esprit, afin que je vous serve fidèlement, et qu'ayant mis ma confiance en vous, je ne sois point éternellement confondu.
TROISIÈME MÉDITATION
Chute de plusieurs particuliers qui sont damnés pour un seul péché mortel. — L'horreur que nous devons en concevoir.
« Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont droits. » Ps. 118. 137.
Préludes de la Méditation précédente.
PREMIER POINT
Considérez ce que dit saint Augustin, que comme il nya qu'un souverain bien, qui est lui seul infiniment plus dési-
(4) Ps. 50. 12,
LOL
rable que tous les autres ensemble ; aussi il n’y a qu'un souverain mal, qui est seul infiniment plus à craindre que tous les autres, quand même ils viendraient tous fondre sur nous à la fois (1). Ce souverain mal, c’est le péché, qui est en matière de mal ce que Dieu est en matière de bien. Étrange opposition! Dieu est le bien, le péché est le mal ; Dieu est le vrai bien, le péché est le vrai mal; Dieu est le seul bien, le péché est le seul mal; Dieu est le souverain bien, en comparaison duquel tous les biens créés ne sont rien; le péché est le souverain mal, en comparaison duquel toutes les misères du monde ne sont nullement considérables; d’où il suit qu’autant Dieu est aimable, autant le péché est horrible et abominable.
C'est pourquoi tous les saints, qui étaient parfaitement convaincus de cette vérité, ont toujours choisi tout autre mal pour éviter celui-ci. Les uns se sont coupé la langue avec les dents, les autres se sont fait brûler les mains à petit feu, les autres se sont coupé le nez, les autres se sont arraché les yeux, les autres, par un mouvement extraordinaire, se sont précipités dans les eaux ou jetés au milieu des flammes pour fuir le péché, tant ils en avaient d'horreur. Et n'est-ce pas pour ce sujet que tous les martyrs ont souffert les roues, les chevalets et les machines ardentes, et qu’ils ont constamment enduré tout ce que la rage des démons et la cruauté des tyrans ont pu inventer pour les faire succomber au péché ?
C'est ce qui doit vous donner de la confusion, vu que pour de si légères occasions, pour un vain respect, pour la crainte d’un mépris, pour un fantôme, pour un rien, vous avez tant de fois offensé Dieu. N'êtes-vous point honteux de votre lâcheté? ne voulez-vous pas changer de sentiment et vous affermir dans la résolulion immuable de souffrir plutôt
(4) SrAug., sentent. 159,
l'extrémité de tous les maux, que de commettre une seule offense mortelle ? Ille faut absolument, si vous voulez mettre voire salut en assurance.
DEUXIÈME POINT
Considérez que le péché n’est pas seulement le souverain mal, mais qu'il est encore la source de tous les maux et la privation de tous les biens; car, premièrement, il nous prive de la grâce qui est la vie de notre âme, et de tous les biens surnaturels qui l’'accompagnent. Il nous enlève toutes les vertus théologales et cardinales, avec les sept dons du Saint- Esprit ; et ainsi il détruit, pour me servir des termes de saint Vincent Ferrier, quatorze très-excellentes qualités, dont la moindre est plus noble dans son genre que le ciel et la terre. ILest vrai qu'il n’éteint pas toujours la foi ni l'espérance, mais il les affaiblit de telle sorte, qu’elles demeurent comme mortes. Il nous ôte tout le mérite de nos bonnes œuvres, et tout le droit qu’elles nous avaient acquis à la gloire. Il trouble la paix de nos consciences ; il nous prive des caresses et des consolations du Saint-Esprit; et enfin il nous fait perdre Dieu, ce qui est le comble de tous les malheurs.
Secondement, après nous avoir dépouillés de tous les biens du ciel, il nous accable de toutes sortes de misères. Il remplit l’entendement d’épaisses ténèbres, d'ignorance, de faussetés, d’extravagances, de folie, d'erreur; la volonté de craintes, de frayeurs, d’aversions du bien et de Dieu même, d’endurcissement, d’obstination, de désespoir; la mémoire de souvenirs fâcheux, importuns et dangereux ; l'imagination de fantômes impurs; l'appétit de désirs déréglés; le corps de pourriture; l’âme de trouble, d'amertume et de désordre; si bien que d’un vaisseau d'élection qu’elle était auparavant, il en fait un vaisseau d’abomination; d’une héritière du ciel, l'esclave des démons, et du temple du Saint-Esprit, une Ba-
bylone pleine de confusion, une Sodome remplie d’impuretés, une Egypte couverte de ténèbres, un enfer plein de tourments et de supplices. Que si un seul péché fait tout cela, que sera-ce de tant de péchés que vous avez commis? Quelle obligation avez-vous de servir Dieu fidèlement, s’il vous a tiré d’un si déplorable état ? Et si vous y êtes encore, que ne devez-vous pas faire pour en sortir? Ne craignez-vous point que la mort vous surprenne avant d’avoir fait pénitence? Ne la différez point, je vous prie; vous pouvez la faire aujourd’hui, peutêtre que demain vous ne le pourrez plus.
Considérez que le péché ne borne pas ses funestes effets dans le temps de la vie présente, il passe dans l'éternité. Hélas ! une méchante action est bientôt faite; mais on n’en a pas sitôt payé la peine, elle est d’une bien plus longue durée. Si le crime et le supplice finissaient en même temps, on croirait aisément qne le péché n’est pas un si grand mal (1). Mais il n’en est pas ainsi; il n’y a point de péché mortel qui ne mérite l'enfer, et pour lequel Dieu ne peut vous condamner aux flammes éternelles. Pesez bien ce que je dis: représentez-vous ce que c’est que l'enfer et l'éternité malheureuse ; et puis considérez qu’un mal si effroyable est le juste châtiment d’un seul péché mortel; châtiment ordonné de Dieu, qui est la justice même, et par conséquent qui ne veut ni ne peut faire tort à personne; de Dieu, qui est la bonté même, et par conséquent qui est plus porté à la miséricorde qu'à la rigueur; de Dieu, qui est la sagesse même, el par conséquent qui ne peut se tromper dans ses jugements. Ne faut-il donc pas dire qu’un seul péché mortel est
(1) S; Aug., tract. 194, in Joann,
un mal extrême, puisque Dieu le punit d’une peine si effroyable ?
Que si cela est vrai, combien lui êtes-vous obligé, quand il ne vous aurait pardonné qu’une seule offense mortelle? Peut-être que pour ce seul péché, il y en a plusieurs qui sont éternellement damnés. Vous pouviez l'être aussi bien qu'eux ; au moins vous avez sujet de croire qu'il y en a plusieurs dans les enfers, qui n’ont pas tant offensé Dieu que vous. Quelle grâce, quelle miséricorde, qu’on ne vous ait pas traité à la rigueur, et qu'on vous donne le temps de faire pénitence. Eh! si ces misérables pouvaient revenir au monde pour pleurer leurs péchés, que ne feraient-ils pas pour se réconcilier avec"Dieu? Que ne devez-vous donc pas faire pendant que vous en avez le temps ? n’est-ce pas pour cela que Dieu vous prolonge la vie, et si vous en abusez, n’êtesvous pas un ingrat indigne de ses miséricordes? Considérez sérieusement la patience avec laquelle il vous attend, dit saint Bonaventure. Oh! qu'il a longtemps attendu votre retour! oh! qu'il vous a longtemps souffert dans vos péchés! oh! combien en a-t-il damné avant votre conversion, et néanmoins il vous a miséricordieusement attendu, vous qui ne cessiez de l’offenser (1). O0 mon âme! si tu pouvais penser, comme le sujet le mérite, combien de personnes, plus considérables sans comparaison que toi, ont été rejetées, et n'ont pas reçu la grâce qui t'a été accordée; ton époux l'a donc choisie par préférence, il t’a choisie entre toutes, il t'a prise d’entre toutes, il t'a aimée par dessus toutes (2).
(1) S. Bonav., de 4 ment. exercit. — (2) Bon. ibid.
TROISIÈME JOUR DES EXERCICES
EMPLOI PARTICULIER DE CE JOUR
Votre occupation sera de concevoir une grande horreur et détestation de vos péchés, par le motif de Jésus-Christ crucifié, que saint Ignace vous a marqué dans le colloque du premier exercice, et par la considération de quatre autres molifs qu'il a compris dans la seconde méditation des péchés. $
Lisez le neuvième chapitre du quatrième livre de l’Imitation de Jésus-Christ.
PREMIÈRE MÉDITATION
Horreur que nous devons concevoir du péché à la vue de Jésus-Christ crucifé.
« Il a été blessé lui-même à cause de nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes : le châtiment qui doit nous donner la paix s’est appesanti sur lui; nous avons été guéris par ses meurtrissures. » 15:53:05,
PREMIER PRÉLUDE. — Figurez-vous que vous êtes au pied de la croix, et que vous voyez Notre-Seigneur expirer parmi d’excessives douleurs pour vos péchés.
DEuxiÈME PRÉLUDE. — Demandez hümblement au Saint-Esprit la grâce de pénétrer dans le cœur et dans les sacrées plaies de
Jésus-Christ, pour concevoir à la vue de ce pitoyable objet une horreur mortelle de vos offenses, un regret sensible de les avoir commises, et une ferme résolution de n’y retomber jamais.
PREMIER POINT
Considérez que Dieu n’a jamais montré plus clairement la haïne qu’il portait au péché, que dans la mort de son Fils qu’il aimait uniquement, et dont il connaissait l'innocence : et néanmoins parce qu’il s'était chargé de nôs crimes, et qu'il avait bien oulu s’obliger à satisfaire pour nous, vous savez avec quelle rigueur il a été traité. Eh! que n’a-t-il pas fait? eh! que n’a-til pas souffert, pour apaiser la colère de son Père? Il a voulu, dit saint Thomas, endurer autant de tourments que s'il eût lui-même commis tous les péchés du monde. Il a voulu, dit saint Bonaventure, endurer tout ce que la vie d’un Homme-Dieu pouvait souffrir sans mourir. Il a voulu endurer tout ce que son cœur déifié pouvait supporter sans se fendre de douleur. Il a voulu, selon saint Jérôme, souffrir et endurer ce que nul d’entre les homes n’a jamais su, ni ne saura jamais avant le jour du jugement. Représentez-vous, je vous prie, un Dieu devenu enfant, exposé à toutes les rigueurs du temps, dénué de tout secours humain, réduit à une extrême pauvreté, inconnu durant l’espace de trente ans, lassé du chemin, tourmenté de la faim et de la soif, persécuté, trahi, livré à ses ennemis, lié de chaînes, brisé de coups, couvert de plaies, couronné d'épines, et enfin attaché à la croix, où il meurt accablé d'ignominies et de douleurs; et jugez de là quelle doit être l'horrible malice du péché, qui n’a pu être expié que par une telle bonté; quelle la plaie qui n’a pu être guérie que par un tel remède ; quelle la servitude qu’on ne pouvait racheter que par une telle rançon; et quels l'orgueil et la déso-
béissance qui n’ont pu être réparés que par une telle humi-
lation. O bonté ineffable! Ô remède salutaire! Ô précieuse rançon ! Ô profond anéantissement de mon Dieu! 6 la stupidité et l’aveuglement des hommes! de commettre avec tant de liberté ce qui ne peut être réparé que par un châtiment si prodigieux, qui fait trembler les colonnes du ciel, et qui jette l'étonnement et la frayeur dans les esprits évangéliques.
DEUXIÈME POINT
Considérez ce que vous avez fait jusqu'ici pour reconnaître un si Charitable Rédempteur. Au lieu de lui rendre amour pour amour, souffrance pour souffrance, vie pour vie, vous lui avez donné la mort autant de fois que vous avez commis de péchés. Car il vivait en vous par le moyen de la grâce, qui est un des fruits de sa croix, et vous l'avez détruite chaque fois que vous avez péché mortellement, si bien que vous n'avez pas seulement été le meurtrier de votre âme, mais vous avez crucifié de nouveau, dit saint Paul, celui qui vous à aimé plus que sa propre vie; vous avez renouvelé toutes ses douleurs, autant qu'il était en vous, vous les avez auginentées, vous les avez redoublées, et la douleur que lui causerait le moindre de vos péchés, s’il en était encore capable, serait incomparablement plus grande que celle que les épines, les clous, les fouets et tous Les tourments de la croix ont pu lui causer durant sa passion. N’êtes-vous point confus de votre ingratitude ? avez-vous bien eu le courage d’offenser si cruellement celui qui s’est exposé pour vous à la mort, et de contracter de nouvelles dettes, comme si Jésus-Christ n'avait pas assez souffert pour payer les précédentes, et pour vous empêcher d’en faire d’autres à l'avenir ? Quelles peines n’avez-vous pas sujet de craindre, si Dieu vous punit comme vous méritez? s’il a traité l’innocent avec tant de sévérité, que ne fera-t-il pas au coupable (1)?
(4) Luc., 23. 31.
TROISIÈME POINT
Considérez ce que vous devez et ce que vous voulez faire désormais pour récompenser le passé, et pour vous acquitter de vos devoirs. Jésus-Christ a pris vos péchés sur lui. Il s’est Chargé de nos péchés, dit le prince des apôtres, et s’est obligé d'en porter la peine en mourant pour nous sur la croix; si bien qu’autant dé fois que vous péchez, vous le chargez d’un fardeau qui l’accable et le fait mourir. Ne voulez-vous pas dorénavant épargner votre maître ? Il a conçu une extrême douleur de vos offenses; sa contrition a été profonde comme l’abime de la mer; ses yeux, à force de pleurer, se sont comme éleinis et amortis. Il a passé toute sa vie en regrets et en gémissements (1). Voudriez-vous la passer en délices ? cela n'est pas raisonnable. Il a prié pour vous, et, pour obtenir le pardon de vos péchés il en a fait une rigoureuse pénitence ; ses prières ont élé accompagnées d’une puissante clameur (2). Sa pénitence a été si rigoureuse, qu'il n’y a partie de son corps qui n’ait été couverte de plaies (3). N’estil pas temps de commencer la vôtre, de pleurer vos péchés, de prier et de prendre quelques pénitences volontaires, pour témoigner à Dieu le regret que vous avez de lui avoir déplu ? Enfin, pouvant vous racheter par une larme, par un soupir, par une seule parole, il a voulu attacher votre rédemption à sa mort, et endurer intérieurement dans son âme, et extérieurement dans son corps, des tourments et des douleurs incompréhensibles, pour vous faire appréhender l’énormité du péché et la haine que Dieu lui porte. Ne devriez-vous pas, s’il était possible, mourir par la force de la douleur de vos offenses, et lui faire un sacrifice de votre vie, pour celle qu'il a perdue à votre occasion? O mon âme! vous êtes à
(4) Thren , 2. — Ps. 30. — (2) Hebr., 5. 7.— (2) Is., 53, 5. ex
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juste titre redevable de toute votre vie à Jésus-Christ, qui a donné la sienne pour vous, et qui a souffert de rudes tourments pour vous délivrer des peines éternelles. Que pouvezvous trouver de fâcheux, si vous vous souvenez que celui qui est Dieu, dont la beauté est infinie, a voulu être défiguré sur Ja croix et mis à mort pour votre amour (1). Oh! que j'avais peu mérité cette miséricorde! oh! que cette bonté est gratuite ! oh! que cet amour est surprenant! oh ! que cette douleur est admirable ! que le roi de gloire ait bien voulu souffrir la mort de la croix pour un très-vil vermisseau! 0 l'ami du monde le plus doux! Ô le puissant protecteur! Ô bon Jésus ! 6 bon Jésus! Ô bon Jésus (2) !
Colloque. — O Jésus, si toutes les vies des enfants d'Adam étaient réunies en moi, si je pouvais disposer de tous les jours qui se sont écoulés depuis la naissance des temps, et des travaux de tous les hommes qui ont été, qui sont et qui seront à l’avénir, tout cela ne serait rien en comparaison de ce que vous avez souffert pour moi. Quand donc je vous aurai donné tout ce que je suis et tout ce que je puis, ne sera-ce pas moins qu'une étoile en comparaison du soleil, une goutte d’eau en comparaison d’un fleuve, un grain de poussière en comparaison d'une montagne (3) ?
(14) S. Bonav., de 4 ment. exerc, — (2) Ibidem.— (3) Ibidem,
PREMIÈRE RETRAITE. 59 OR PL Te COR A M LEE à VAE ED 2 DT A 1
DEUXIÈME MÉDITATION
Quatre autres puissants motifs qui doivent nous donner de l'horreur du péché, et nous porter à faire pénitence de ceux que nous avons commis.
« Si vous vous souvenez des iniquités, Seigneur; Seigneur, qui subsistera devazt vous. » Ps:4203
PREMIER PRÉLUDE. — Figurez-vous que vous êtes au fond d’une obscure prison, chargé des chaînes d’un nombre infini de péchés, qui vous ont réduit à un très-misérable état.
DeuxiÈue PRÉLUDE. — Demandez humblement la grâce de connaître les désordres de votre vie, afin de les détester et d’en faire pénitence.
PREMIER POINT
Gonsidérez, pour premier motif de votre pénitence, le prodigieux nombre des péchés que vous avez commis. Vous . le reconnaïlrez aisément, si vous rappelez le souvenir des années de votre vie passée, des personnes avec lesquelles vous avez conversé, des lieux où vous avez été, des emplois que vous avez exercés, des affaires que vous avez faites, des mauvaises inclinations qui vous ont porté dans le vice, et des habitudes malheureuses que vous y avez contractées (1). Vous trouverez peut-être qu'il n’y a aucune sorte de péchés que nous n'ayez commis, aucun lieu saint où vous n’ayez péché, aucune compagnie où vous n'ayez fait beaucoup de fautes, aucune partie de votre vie qui soit exempte de crimes. aucune action que vous n’ayez remplie d’imperfections et de défauts.
(1) S, Ignat., in 9 exer, de peccatis.
Ce)
Pesez la facilité incroyable avec laquelle vous avez offensé Dieu, la négligence que vous avez apportée à son service, l'infidélité avec laquelle vous avez empêché ses desseins sur vous, et le peu de sujet qui vous a fait perdre le respect et oublier votre devoir. 11 sera difficile que la vue de tant de vices monstrueux qui s’élèveront contre vous, ne vous en donne de l'horreur, et que, touché d’une vive appréhension des jugements de Dieu, vous ne disiez avec le Prophète roi: Seigneur, ne me reprenez pas dans votre fureur, et ne me châtiez pas: dans votre colère. Mes iniquités se sont élevées par-dessus ma tête, et m'ont accablé comme un fardeau trèspesant (1). Si vous examinez nos péchés, Seigneur, qui pourra subsister (2)?
DEUXIÈME POINT
Considérez, pour second motif de pénitence, quelle est la nature du péché, sa difformité, sa bassesse, sa brutalité, sa cruauté et son énormité, quand même il ne serait point défendu (3). Quand vous seriez assuré que votre péché ne viendrait point à la connaissance des hommes, et que Dieu ne le punirait point, vous devriez avoir horreur de le commettre, seulement à cause de sa laideur. C’est la mort des vertus, la destruction de la grâce, la ruine des hommes ef des anges, le plus horrible de tous les monstres, qui souille votre âme d’une tache qui la rend abominable, tache que toutes les créatures ensemble ne sauraient effacer dans toute l'éternité, et qui ne peut être lavée que dans le sang du Fils de Dieu. O0 mon âme! que tu t'es avilie par tes fréquentes rechutes (4)! Oh! si tu voyais ta laideur, tu te fuirais toimême, effrayée de te voir si monstrueuse, et {u ne pourrais souffrir l'horreur que tu aurais de toi-même, sans gémir et
(1) Ps. 37. — (2) Ps. 129. 3. — (3) S. Ignatius, ibidem. — (4) Jerem. 2. 36.
soupirer du plus profond de ton cœur. Si tu peux te supporter, tu ne te connais pas; ce n’est pas une marque de fa force, mais de ta stupidilé; ce n’est pas un signe d’une bonne disposition, mais d’une malice obstinée et endurcie. Hélas! que je suis malheureux ; si je vois mes péchés, c’est un objet d'horreur qui m'est insupportable, et si je ne les vois pas, la mort m'est inévitable (1).
TROISIÈME POINT
Considérez, pour troisième motif de pénitence, ce que vous êtes, vous qui avez tant offensé Dieu, et vous servant de comparaisons qui vous donnent du mépris de votre inutilité, de votre indignité, de votre bassesse et de votre néant, dites en vous-même : Que suis-je en comparaison de tous les hommes du monde? que sont tous les hommes en comparaison des anges? que sont tous les anges en comparaison de Dieu? Eh! que suis-je donc devant cette Majesté infinie, devant laquelle les anges tremblent? Moins qu'un grain de poussière, moins qu'un atome, moins qu’un néant. Comment est-ce donc que j'ai eu la hardiesse de pécher contre Dieu? Ne suis-je pas bien insolent et téméraire de m'être élevé contre le Tout-Puissant? Ne suis-je pas bien injuste, de lui avoir ravi l'honneur et la gloire qui lui appartiennent par tant de titres? Ne suis-je pas bien ingrat d’avoir abusé de tant de bienfaits dont il m’a prévenu? Ne suis-je pas bien insensé d’avoir préféré un fantôme à mon souverain bien? Ne suis-je pas bien méchant et misérable de m'être souillé de {ant de crimes qui me rendent abominable devant ses yeux? J'avoue, Seigneur, que je ne suis qu'un ulcère ei une source inépuisable de vices. Ayez pitié de moi, mon Sauveur, la pourriture et la corruption s’esi mise dans mes plaies, et ma
(1) S. Bon.; de 4 mental. exercit.
folie m'a réduit à un si pitoyable état, qu'il n’y a plus rien de sain dans ma chair (1). Seigneur mon Dieu, ne m’abandonnez pas, ne vous éloignez pas de moi (2); car je suis préparé à tous les châtiments qu’il vous plaira m'ordonner, et ma douleur sera toujours présente devant mes yeux. Je confesserai mon iniquité, et je ne perdrai jamais le souvenir de mes péchés. |
QUATRIÈME POINT
Considérez, pour quatrième motif de votre pénitence, qui est celui que vous avez offensé. C’est Dieu, qui mérite d'être souverainement adoré et respecté de toutes les créatures ; Dieu, qui a tous les attraits possibles qui peuvent gagner l’amour de tous les cœurs; Dieu, qui est une bonté infinie, une puissance infinie, une sainteté infinie, une patience, une douceur, une majesté, une grandeur infinies; Dieu, qui est votre souverain Créateur, votre Conservateur, votre bienfaiteur, votre rédempleur, votre père, votre juge, votre souverain bien et votre dernière fin. Toutes ces qualités qu'il a Sur vous, et foutes ces perfections qui le relèvent infiniment au-dessus de vous, qui n'êtes qu'impuüissance, qu’ignorance, que malice, que faiblesse, que laideur et que misère, ne devaient-elles pas vous tenir dans le respect (3)? Et néanmoins il n’y en a pas une que vous n'ayez violée avec outrage. Vous avez offensé sa bonté, que vous avez postposée à l’amour d’une très-vile créature; vous avez offensé sa sagesse, dont vous avez laissé la conduite pour vous abandonner à votre propre sens: vous avez offensé sa ioute-puissance, abusant de son concours, sans lequel vous ne pouvez rien faire, pour agir contre sa Sainte volonté: vous avez offensé sa miséricorde qui vous a tendu les bras, et qui a souffert vos délais et vos mépris avec tant de patience; vous avez
1) S. Ignat., ibidem. — (9 JR TA ENT Iegnat., ibid, ») © ; ) 5 2
offensé son immensité qui vous porte dans son sein, en perdant le respect en sa présence; vous l'avez offensé comme votre Créateur, en employant contre lui toutes les forces et toutes les puissances de votre âme et de voire corps, que vous tenez de ses mains; vous l'avez offensé comme voire bienfaiteur, en oubliant ses bienfaits, et rejetant avec mépris ses divines grâces ; vous l'avez offensé comme votre rédempteur, en foulant aux pieds son sang précieux, avec lequel il vous a racheté: vous l’avez offensé comme père, en lui refusant l'amour que vous lui deviez; vous l'avez offensé comme juge, en méprisant ses menaces, comme s’il n'avait pas le pouvoir de vous punir; vous l'avez offensé comme votre souverain Seigneur, en violant ses lois, et aimant mieux servir au démon, que de vivre sous la douceur de son empire ; vous l'avez offensé comme votre dernière fin, et l’objet unique de votre éternelle-béatitude, ne vous souciant point de perdre à jamais un si grand bien pour jouir d’un petit gain temporel ou d'un infâme plaisir. O malice! ô aveuglement étrange!
Étonnez-vous comment les créatures vous ont souffert, après avoir ainsi offensé leur Créateur ; comment les anges qui portent l’épée de la justice divine, ne vous ont point exterminé (1); comment le ciel ne vous a point foudroyé; comment les saints ont daigné employer leurs prières pour une si méchante créature ; comment le soleil et les astres du firmament vous ont éclairé de leur lumière, et assisté de leurs favorables influences; comment tous les éléments vous ont servi, au lieu de conjurer votre ruine; comment la terre ne s’est point ouverte pour vous engloulir et pour vous faire souffrir mille enfers que vous avez mérités.
Admirez la miséricorde divine qui vous a si longtemps aitendu, et qui a suspendu la vengeance, que toutes les créa-
(4) S. Ignat., ibid.
tures devaient prendre de l'injure que vous lui avez faite? Rendez-lui grâces d’une si grande faveur, ayez horreur de vous-même; traitez-vous comme le plus grand de tous vos ennemis; priez Notre-Seigneur qu’il vous aide à faire une entière conversion, pour vivre désormais selon la fin bienheureuse pour laquelle il vous a créé, savoir, pour le connaître, pour le louer et le respecter, pour le servir fidèlement et pour jouir éternellement de lui PAPE
TROISIÈME MÉDITATION
Répétition de tous les motifs précédents qui peuvent nous donner de l'horreur äu péché, recueillis sous trois considé-
rations, du nombre, du poids et de la mesure de ceux que nous avons commis.
« Seigneur, ne me reprenez pas dans votre colère, ne me châtiez pas dans votre fureur. Mes iniquités ont monté au dessus de ma tête; elles sont devenues un poids qui m’accable. » Ps. 37. 44.
Préludes de la Méditation précédente.
PREMIER POINT
Considérez le nombre effroyable de vos péchés, dont peutêtre la moindre partie est celle que vous connaissez. Il sera difficile que vous n’en conceviez de l'horreur, si vous y faites une sérieuse réflexion, les regardant tous non en détail et en particulier, de peur que le souvenir de quelques-uns ne salisse votre imagination, mais en gros et en masse, raisonnant ainsi en vous-même à la vue de tant de crimes.
(4) S. Ignat , ibid.
El
1. Si un seul péché mérite l’enfer, combien d’enfers ai-je mérités par un si prodigieux nombre d’offenses ?
9. Si chaque péché est une plaie, de combien de plaies suis-je couvert, moi qui en ai tant commis ?
3. Si chaque péché est une injure atroce que j'ai faite à Dieu, combien d’outrages lui ai-je faits? et quelle pénitence pourra les réparer, le nombre en étant presque infini? O patience divine ! comment avez-vous pu me supporter ?
4. Si chaque péché est un fardeau que le ciel ni la terre n’ont pu porter, quelle est la pesanteur de tant de lourds fardeaux dont je me suis chargé? n'est-elle pas capable de m’accabler et de me faire tomber dans le plus profond de l’abîme ?
5. Si chaque péché est une chaîne avec laquelle le démon tient le pécheur esclave, combien longue est celle de ma servitude, tissue de tant de péchés énormes ? n’ira-t-elle pas jusqu'aux enfers ?
6. Enfin si chaque péché est une dette si grande, qu’il ny a que le sang de l'agneau sans tache qui puisse la payer, oh! que mon état est misérable ! ne suis-je pas un débiteur insolvable, et n’ai-je pas sujet de craindre qu'on ne me condamne, comme ce mauvais serviteur, aux ténèbres extérieures, où l’on n'entend que des cris et des grincements de dents, si Dieu ne me fait miséricorde ? Oh ! que sa bonté est grande envers moi! Il faut qu’elle soit infinie; il n'y a qu’une bonté infinie qui puisse tant endurer.
DEUXIÈME POINT
Considérez le poids de vos péchés, et pour en concevoir de l'horreur, pesez dans la balance du sanctuaire, c'est-àdire des jugements divins, le tort que vous faites à Dieu, lui ravissant l'honneur et l’anéantissant dans votre estime; le tort que vous faites à l'Église triomphante, la privant de la
joie qu’elle attendait de votre bonne conduite; à l'Église souffrante, la privant du secours que vous lui deviez ; à l'Église militante, la déshonorant par l’infamie de vos déportements, scandalisant ses enfants par vos mauvais exemples : le tort que vous faites à toutes les créatures, les faisant servir à vos passions déréglées contre l’honneur de leur Créateur ; et enfin le tort que vous vous faites à vous-même, et les malheurs étranges que vous atlirez sur vous.
1. La chute de l’ange fait voir clairement l'extrême misère du pécheur, qui tombe du plus haut des cieux et du faite de la gloire dans un abîme d’ignominie et de confusion, qui d'enfant de Dieu devient esclave du démon, et s’il meurt en cet état, se prive de la gloire éternelle et de toutes les délices de la béatitude, se rend indigne de toutes les grâces de Dieu, et incapable de pouvoir jamais produire une seule bonne pensée, et s’engage à de cruels tourments qu’il souffrira éternellement dans les enfers en toutes les puissances de son âme et en tous les sens de son corps.
2. La chute du premier homme nous montre sensiblement les ravages, les dégats et les désordres épouvantables que cause le péché qui, comme un torrent de feu, a désolé et désole la nature, détruit la justice originelle, l'innocence de l'âme, la grâce et les vertus infuses qui l’accompagnent , blesse toutes les puissances de l’homme, corrompt toutes ses facultés naturelles, et le rend sujet à toutes sortes de misères.
3. La punition éternelle que Dieu fait d'un seul péché mortel, à l'égard de plusieurs particuliers, montre que tous les maux du monde, les pertes, les privations, les tourments, les maladies, les peines et les disgrâces que l'amour-propre fuit avec le plus d'horreur, ne sont rien en comparaison d’une seule offense qui rend l’âme abominable devant le Saint des saints, et que pour s’en défaire il ne faut rien refuser, Si difficile qu'il soit, mais qu’on doit être en la disposition de ne rien omeltre de ce qui est nécessaire pour l’évi-
ter, quand même il faudrait perdre tout l'honneur, tous les biens et tous les plaisirs de la vie, vu que tout cela n’est nullement considérable au prix de la perte de Dieu et de l'éternité bienheureuse, que vous auriez déjà faite sans ressource si vous éussiez été traité à la rigueur.
4. Que si Dieu par sa bonté ne vous a pas encore abandonné à sa justice, combien devez-vous vous humilier et vous confondre d’avoir si souvent offensé un Dieu Si miséricordieux, qui vous a épargné par préférence à beaucoup d'autres moindres pécheurs que vous, qui brûlent à cette heure dans les enfers.
TROISIÈME POINT
Considérez qu’en même temps que Dieu comble la mesure de ses miséricordes, vous comblez celle de vos péchés, et
pour en connaître l'excès, mesurez-les premièrement à la grandeur de Dieu que vous avez offensé. Quelle insolence de vous élever contre le Saint des saints, que les anges adorent avec tremblement, contre le Tout-Puissant qui peut vous anéantir, contre votre Créateur, votre souverain Seigneur, votre père, votre protecteur, votre juge, qui tient entre ses mains votre bonheur et votre malheur éternel ! Secondement, mesurez-les aux faveurs et aux bienfaits que vous avez reçus de Dieu. Ingrat et insensé que vous êtes, est-ce ainsi que vous reconnaissez votre Seigneur ? N'est-il pas votre père ? n'est-ce pas lui qui vous a créé? n’'êtes-vous pas l'ouvrage de ses mains ? Et vous avez quitté celui qui vous a donné l'être et la vie: vous avez oublié votre Seigneur, votre Créateur, votre souverain bienfaiteur, qui vous a préservé de tant de malheurs où vous étiez près de tomber, qui vous a fait tant de bien, qui vous a donné tant de lumières, d’inspirations et de moyens pour vous sauver ; et enfin qui vous réserve une éternité de gloire et de délices
pour un moment que vous aurez employé à son service (1). Quelle est donc votre ingratitude d’avoir ainsi abusé de ses faveurs, n’estimant ni les dons, ni le donateur, ni les biens qu'il vous a faits, ni les biens qu’il vous promet ?
En troisième lieu, mesurez-les à la croix et aux souffrances de votre très-doux et très-aimable Rédempteur. Écoutez les plaintes qu’il fait de vous en mourant : Que vous a fait cet innocent agneau qui s’est immolé pour vous, ef qui pouvant vous ôter la vie vous a donné Ja sienne ? Quel sujet avez-vous de le persécuter et de renouveler toutes ses plaies ?
En quatrième lieu, mesurez-les à l'excès de son amour et de sa bonté. Il est infiniment bon, vous ne pouvez en douter : par conséquent vous devriez, s’il était possible, l'aimer infiniment, puisqu'il est infiniment aimable. D'ailleurs, il vous a aimé de toute éternité, et par le seul mouvement de cet amour que Vous n’aviez point mérité, il vous a tiré du néant pour vous combler de toutes sortes de biens. Vos péchés mêmes n’ont pu éteindre le feu de sa charité, ni empêcher qu'il ne vous ait prévenu de mille bénédictions, commandant au ciel et à la terre de vous servir; et comme il vous aime de toute éternité d’un amour jamais interrompu, aussi il vous aime pour l'éternité d’un amour qui ne finira jamais si vous lui êtes fidèle, ne désirant rien plus que de vous rendre semblable à lui-même, et de vous faire participant de tous ses biens. Quelle indignité, quelle injustice et quelle perversité d’avoir passé une grande partie de votre vie dans
la haine et dans l’aversion de celui que vous deviez aimer d'un amour éternel? Comment avez-vous pu continuer si longtemps à offenser un tel ami, qui n’a pas /laissé de continuer à vous faire du bien? Comment avez-vous abusé de sa bonté même, pour l'offenser avec plus de liberté, sans appréhender le danger de mourir dans sa disgrâce, et de
(1) Deut., 32.
haïr éternellement dans l’enfer celui qui voulait vous aimer éternellement dans le ciel ?
Après avoir considéré sérieusement le nombre, le poids et la mesure de vos péchés, pour en concevoir de l'horreur, condamnez-vous vous-même devant Dieu, et confessez humblement que vous méritez qu’il vous ôte tous les biens dont vous avez abusé, et qu’il exerce sur vous toutes les rigueurs de sa justice vengeresse.
Concevez un sensible regret de l’avoir offensé, un désir sincère de ne l'avoir jamais fait, une ferme résolution de ne le faire jamais à l'avenir, une horreur extrême des plus légères offenses, et une juste haine de vous-même, qui vous porte à venger sur vous le tort que vous avez fait à Dieu.
Portez une sainte envie au bonheur de ceux qui n’ont jamais perdu leur innocence baptismale ; souhaitez de pouvoir les servir, et de baiser leurs pieds par respect: n’estimez rien à l’égal de ce bonheur ; protestez devant Dieu que l'ayant perdu par votre faute, vous voudriez avoir toutes les larmes et toute la douleur des plus grands pénitents pour effacer vos péchés.
Enfin, pour suppléer à vos défauts, priez la bienheureuse Vierge qu'elle intercède pour vous auprès de son Fils ; priez le Fils qu'il offre ses sacrées plaies au Père éternel, pour obtenir votre pardon qu’il a mérité par sa mort. Offrez au Père éternel les mérites et les vertus de ce cher Fils opposés à vos péchés ; présentez-lui son humilité pour détruire votre orgueil, sa charité pour étouffer l'envie que vous portez au prochain, sa pureté pour faire mourir en vous l’amour des plaisirs déréglés, sa pauvreté pour guérir votre avarice, etc., lui disant avec saint Augustin : Regardez votre Fils, et pardonnez à votre esclave (1).
(1) S. August., in Medit.
QUATRIÈME JOUR DES EXERCICES
EMPLOI PARTICULIER DE CE JOUR
Votre emploi sera de chercher les moyens de remédier aux désordres de votre vie, et de vous en préserver à l’avenir. Saint Ignace en insinue trois dans le colloque du troisième exercice des péchés, qui est la répétition des deux précédents.
Le premier est de vous connaître vous-même; le second, de vous former une bonne conscience; le dernier, de faire un divorce éternel avec le monde.
Lisez les chapitres premier et vingt-deuxième du premier livres de l'Imitation de Jésus-Christ, et le sixième chapitre du deuxième livre.
PREMIÈRE MÉDITATION