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CONNAISSANCE DE SOI-MÊME

Premier moyen de réformer sa vie, et de mettre ordre à son salut.

« Qu’avez-vous que vous n’ayez point reçu ? Mais si vous l’avez recu, pourquoi vous en glorifiez-vous, comme si vous ne Paviez point recu? » 1. Cor. 4.7.

PREMIER PRÉLUDE. — Figurez-vous que vous entendez une voix du ciel qui vous dit : Vosce teipsum : Connaissez-vous vousmême.

Deuxième PRÉLUDE. — Priez la sainte Vierge qu’elle vous obtienne de son Fils la grâce de vous connaître, pour concevoir du mépris, de la défiance et de la haine de vous-même.

PREMIER POINT

Nosce teipsum : Connaissez-vous vous-même. Si vous vous connaissez bien, vous n’aurez que du mépris pour vousmême, el vous ne trouverez point étrange que tout le monde vous méprise.

Pesez bien ces vérités, et dites-les souvent à vous-même.

1° Je ne suis rien. Si quelqu'un, dit l’Apôtre, croit être quelque chose n'étant rien en effet, il se trompe lui-même.

9 Je ne puis rien. Sans moi, dit Notre-Seigneur, vous ne pouvez rien faire.

3° Je ne sais rien. Je suis aveugle, si la lumière du ciel ne m'éclaire.

4° Je n’ai rien. Qu’avez-vous, que vous n’ayez reçu? Et si vous l'avez reçu, de quoi vous glorifiez-vous ? Vous dites : Je suis riche, je suis comblé de biens et je n’ai besoin de rien, et vous ne savez pas que vous êtes malheureux, et misérable, et aveugle, et nu (1).

Do Je ne suis utile à rien. Quand vous aurez fait tout ce qui vous a été commandé, dites que vous êtes des serviteurs inutiles.

6° Je ne vaux rien. Si le sel perd sa force, il ne vaut plus rien qu’à être jeté dehors et à être foulé aux pieds (2).

7° Je ne mérite rien. Je suis indigne de tout bien.

Il est vrai, mon Dieu, je suis indigne de vous servir, indigne d’être exaucé de vous, indigne de vos grâces et de vos inspirations célestes, indigne du pain que je mange et de l'air que je respire, indigne d’être parmi vos serviteurs dans votre sainte maison, et s'ils voulaient me traiter comme je le mérite, Je ne devrais recevoir que des injures et de la confusion. Je voudrais même qu’ils connussent ma bassesse et ma

(4) Apoc., 3.— (2) Matth., 5. 43.

misère, afin qu’ils me traitassent comme le plus abominable pécheur digne de mille enfers. O Seigneur! je crie vers vous du plus profond abîme de mes misères, et j'invoque l’abime de vos miséricordes et de votre bonté, vous suppliant de me donner vos lumières pour croître toujours de plus en plus dans la connaissance de moi-même, et m’abaisser au-dessous de tous les hommes.

DEUXIÈME POINT

Nosce teipsum. : Connaissez-vous vous-même. Si vous vous connaissez bien, vous n’aurez pour vous que de la défiance. Il n'est rien de plus léger ni de plus inconstant que votre cœur. Il n’est jamais d'accord avec lui-même, il change à fout moment de volonté; il n’a pas plus tôt formé un dessein, qu’il le détruit, et puis aussitôt il le reprend, et jamais il ne demeure en même assiette; s’il se repent d'avoir failli, un moment après il commet la même faute; s’il se relève, un moment après il retombe; s’il se propose de mieux faire, un moment après il oublie sa résolution (1).

2. 11 n’est rien de plus inquiet. Il cherche partout son repos et ne le trouve point, parce qu'il le cherche hors de Dieu qui est son centre. C’est pourquoi il est toujours en mouvement, parce qu’il s'éloigne toujours de sa fin, etilse taille plus de besogne en une heure, que tous les hommes ne sauraient en achever en une année (2).

3. Il n’est rien de plus faible ni de plus fragile. Tout peut lui nuire, tout peut le troubler, tout peut le pervertir et dérégler, et s’il ne prend garde à lui, la moindre chose peut lui être un écueil et mettre son salut en danger.

&. Snofin il n’est rien de plus dépravé ni de plus enclin au mal. Toutes ses pensées sont basses et terrestres, tous ses

(1) S. Bern., in Medit., c. 9, — (2) Ibidem.

désirs désordonnés, toutes ses passions déréglées, toutes ses habitudes vicieuses, toutes ses inclinations perverses et corrompues; et quoique la grâce du baptême le purifie parfaitement, et en bannisse le péché originel et actuel, elle ne lui ôte pas pourtant celte pente et cette facilité malheureuce qu'il a à pécher, soit pour le tenir dans l'humilité, soit pour lui faire voir le besoin qu’il a de Jésus-Christ, soit pour l’obliger à recourir souvent à la prière, soit pour lui donner sujet d'accroître ses mérites, soit pour le rendre plus soigneux d'éviter les occasions dangereuses, et de veiller sur tous ses mouvements; soit pour lui apprendre cette importante vérité, que toute sa force, son assurance ef son salut dépendent de la confiance en Dieu et de la défiance continuelle de lui-même. Îl est donc expédient que vous vous examiniez avec sincérité, et que vous reconnaissiez combien vous êtes vil, fragile et sujet à faillir; et après avoir connu toutes vos misères, il faut que vous vous attachiez fortement à celui par qui vous subsistez, et sans lequel vous n'êtes rien et vous ne pouvez rien (1).

O Père des miséricordes! si vous daiganez prendre ma protection et m’assister de votre grâce, je mortifierai ma chair avec plus de vigueur, ef j'éviterai le péché avec plus de circonspection et de prudence. Vous avez lié le prince des ténèbres, qui est le premier auteur du péché dans les enfers; liez aussi ma volonté, et tenez toutes mes passions enchainées au fond de mon cœur, qui ne serait sans vous qu’un lieu de ténèbres plus triste que l’enfer même. Les lions respectèrent Daniel, parce qu'il était protégé de vous, et quoiqu'ils fussent pressés de la faim, ils n’osèrent le toucher. Soyez donc aussi mon protecteur, et mes appélits déréglés, quelque fureur qui les transporte, n’oseront s'élever contre moi, Ou s'ils s'élèvent, ils ne pourront me porter aucun préjudice.

(4) Ibidem.

DEL Ge Te 4

Vous avez autrefois commandé aux vents et aux orages, el ils vous ont obéi; apaisez les mouvements de mon âme, rendez-lui la paix et la tranquillité, afin qu’elle vous serve sans crainte dans la sainteté et dans la justice, se voyant délivrée du danger où elle est à tout moment de faire naufrage sans le secours de votre grâce.

O Dieu! que ceux-là sont heureux, qui sont déjà arrivés au port du salut et de la béatitude! Ils vous voient clairement et sans nuages; ils vous possèdent paisiblement et sans trouble; ils vous aiment souverainement et sans interruption; ils vous louent continuellement sans ennui et sans dégoût. Quand est-ce que vous me ferez la grâce de me tirer de ce fâcheux exil, où tous les moments me peuvent être funestes, et où je ne suis jamais en assurance ?

TROISIÈME POINT

Nosce teipsum : Connaissez-vous vous-même. Si vous vous connaissez bien, vous n'aurez pour vous que de l’ayersion et de la haine; car vous êtes le plus grand de tous vos ennemis, il n’y en a aucun qui vous nuise tant que vous-même ; d'autant que le péché est le plus grand de tous les maux qui puissent vous arriver, et néanmoins il ne peut vous arriver que par vous-même et parce que vous le voulez. Le démon peut bien vous solliciter et vous exciter au péché, mais vous n'y succomberez jamais, si vous ne voulez et si vous n’y consentez. Dieu peut bien vous punir si vous péchez, mais toutes Les peines qu'il peut vous faire souffrir ne sont rien en comparaison du péché, dont vous êtes le seul auteur.

Traitez-vous donc en ennemi, et haïssez à mort tout ce qui est en vous qui s'oppose à Dieu, et qui vous met en sa disgrâce. Haïssez votre propre volonté, qui consent si facilement au péché, et qui trahit votre âme en a livrant au démon; haïssez voire sensualité qui la débauche; haïssez

vos sens qui ouvrent les portes à la tentation; haïssez votre chair qui la fomente; haïssez surtout voire amour-propre qui est la source de tous les vices dont vous êles coupable, et la ruine de toutes les vertus. Par conséquent, si vous en jugez sainement, vous direz qu’il est digne de mort et qu'il faut le crucifier. Ne dissimulez donc plus, n’usez plus de délai, ne lui pardonnez point. Crucifez-le, crucifiez#le; mais sur quelle croix? Sur la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, où nous trouvons notre salut, notre vie et notre résurrection (1).

DEUXIÈME MÉDITATION

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