‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 43 sur 193 · LA BONNE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LA BONNE CONSCIENCE

Second moyen de réformer sa vie et de mettre ordre à son salut,

« Mes frères, jusqu'à cette heure, je me suis conduit devant Dieu avec toute la droiture d’une bonne conscience. »

ACT 23 4e

Premier Précune. — Figurez-vous que vous entendez le divin Apôtre qui vous exhorte à vous former, à son exemple, une bonne conscience, et qui vous dit, comme il fit autrefois devant tout le conseil des Juifs : Jusqu'à cette heure je me suis conduit devant Dieu en toute bonne conscience.

Deuxième PRÉLUDE. — Demandez à Dieu la grâce de régler votre conscience et d’en ôter les désordres.

PREMIER POINT

Considérez qu'entre toutes les consolations il n'y en a point de plus solide que celle de la bonne conscience, qui

(1) S, Bon., de 4 ment exer.

est un paradis de bénédiction, et un asile assuré contre toutes les disgrâces de la vie.

1° On y trouve l'innocence qui est une forte défense contre tous nos ennemis. Ordonnez ce qu’il vous plaira, tous les supplices sont peu de chose à qui a la conscience pure, disait saint Tiburce, martyr, au préfet Fabien.

2 Or y trouve les bonnes œuvres, dont le souvenir nous console et nous relève le courage. Oh ! qu’heureux est celui qui peut dire dans son affliction, ce que dit Ezéchias se voyant menacé de la mort: De grâce, Seigneur, souvenez- VOUS, je VOUS prie, comment je me suis conduit devant vous en vérité et dans une entière sincérité de cœur, faisant ce qui est agréable à vos yeux (1). Ce n’est pas le souvenir de ses grandeurs, ni des délices de sa fortune royale qui le console, ce sont ses bonnes œuvres et le témoignage de sa conscience, dit saint Jérôme, qui se souvient de ses bonnes œuvres au temps de son affliction.

3° On y trouve les vertus qui fortifient l'esprit. L’humilité Le soutient contre la confusion et le mépris des hommes; la patience contre la douleur; la charité contre les défauts et les importunités du prochain.

4° On y trouve Dieu, de qui on espère le secours en ce monde el en l’autre, et cette confiance est capable d’essuyer tous les déplaisirs de la vie et toutes les frayeurs de la mort. C’est pourquoi saint Bernard (2) dit qu'il n’y a rien de plus constant, ni de plus assuré, ni de plus riche qu’une bonne conscience ; elle ne craint point les douleurs du corps, ni les malheurs du monde, ni les terreurs du démon; elle envisage la mort avec joie, et va se présenter avec assurance devant le tribunal de la justice divine, quoiqu'il n’y ait rien de plus terrible.

(41) Is., 38.3. — (2) De inter. domo, c. 22.

DEUXIÈME POINT

Considérez qu'entre toutes les misères du monde il n'y a rien qui approche du tourment que la mauvaise conscience nous fait souffrir. i

1° C’est un témoin et un accusateur inévitable que vous ne sauriez récuser, Car il est sans reproche; ni gagner, car il est incorruptible ; ni intimider, car il est intrépide ; ni faire taire, car il parle toujours; ni fuir, car il est toujours présent. « Il n’y a point d'œil plus fâcheux au pécheur, que le sien propre; il n’y en a point qu'il désire plus fuir, et qu’il puisse moins éviter, dit saint Bernard. »

90 C’est un juge inexorable, qui ne peut vous manquer quand vous n’en auriez point d'autre. Il vous fait voir vos fautes malgré vous, il vous les reproche avec confusion, il vous convainc sans réplique, il vous condamne sans appel.

3° C’est un bourreau impitoyable qui exécute lui-même sa sentence, et qui vous tourmente jour et nuit (1). Quiconque est méchant est mal avec soi. Il est tourmenté par nécessité, parce qu'il est son tourment lui-même; car celui que sa conscience tourmente, est lui-même sa peine et son supplice. Il va où il peut pour fuir un ennemi ; mais pour se fuir lui-même, où est-ce qu'il peut aller?

4° C'est un enfer commencé, quand il n’y aurait point d'autre peine. Une conscience chargée de crimes est une dure prison, dit saint Bernard ; c’est quelque chose de pire que la prison, c’est un enfer (2).

Pesez ces paroles de Moïse : Si vous n’observez et n'accomplissez tout ce que la loi vous prescrit, Dieu vous donnera un cœur limide, toujours agité de terreurs paniques. Vous serez tellement confus et honteux de vos désordres, que

(4) S. Aug., in Ps. 36, conc , 2,— (2) S.Bern., Serm. 4, in Assump.

Sn

vous n'oserez lever les yeux. Vous serez toujours plongé dans un profond chagrin, qui consumera votre vie. Vous aurez toujours la mort devant les yeux, et vous croirez à tout moment qu’on va vous mener au supplice. Vous serez le jour et la nuit dans une défiance et une inquiétude continuelles. Dès le matin il vous ennuiera que la nuit ne vienne; et sitôt qu'elle sera venue, vous soupirerez après le jour (1), tant il est vrai qu’il n’y a point de paix, ni de vraie joie pour les impies.

TROISIÈME POINT

Considérez ce qui est requis pour former une bonne conscience.

Fuyez l'ignorance, l'erreur, le libertinage et le scrupule. Ne soyez pas du nombre de ceux qui, par une ignorance affectée, ne veulent pas être instruits de leurs obligations, ni avertis de leurs fautes. Ne tombez pas aussi dans l’autre extrémité qui, sous prétexte d’exactitude et de sévérité, vous fasse croire qu'il y a du mal où il n’y en a point. Une conscience erronée ne peut faire sans péché ce qu'elle croit être mal, quoiqu'il ne le‘soit pas en effet. Ayez une conscience timorée qui ne soit ni scrupuleuse, ni téméraire, ni trop hardie.

Une conscience nette, qui ne s’enveloppe ni ne s’embarrasse point, ef qui ne se cache point, ni à son directeur, ni à rllemême.

Une conscience droite, qui se conforme entièrement aux lumières de la raison et de la foi, et qui se règle sur les maximes de l'Evangile.

Une conscience tendre et délicate, qui soit très-sensible aux moindres fautes, et qui les pleure amèrement.

Gardez-vous bien d’étouffer les remords de voire cons-

(1) Deut., 28.

cience qui vous reprend lorsque vous avez failli. C’est le remède le plus prompt, le plus efficace, le plus excellent et le plus naturel de toutes les maladies de votre âme. C’est le plus prompt, car il est présent et appliqué sur le champ; c’est le plus naturel, car il est appliqué à la plaie; c’est le plus efficace, car il guérit sans bruit, sans délai et sans dommage: c’est le plus excellent, parce que c’est la main de Dieu qui l'applique et qui lui donne une vertu surnaturelle, pour réveiller en vous le désir de votre salut et de votre perfection. Heureuse la conscience qui ne souffre qu'aucun autre amour règne sur le trône de son cœur, que celui de Jésus-Christ, qui est l’auteur de la sagesse, de la pureté, de la justice et de toutes Les autres vertus (1)!

Do SRE

TROISIÈME MÉDITATION

Divorce éternel avec le monde, et mépris de tous les biens qu'il estime et qu'il recherche.

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