CONCLUSION DE LA PREMIÈRE SEMAINE
Saint Ignace, sur la fin de la première semaine, nous donne d'excellentes instructions sur le sujet de la pénitence, qui est un souverain remède contre le péché, et contre tout ce qui s'oppose à notre salut.
1° Il enseigne premièrement que la pénitence peut être ou intérieure ou extérieure. L’intérieure est une douleur sincère des péchés qu'on à commis, avec une ferme résolution de les éviter à l'avenir, et de fuir tout ce qui peut déplaire à Dieu. L’extérieure est un fruit de l’intérieure, et consiste en quelque peine que l’on s'impose pour ses propres fautes.
2° Que l’on peut pratiquer la pénitence extérieure en trois manières. La première, touchant le vivre, non-seulement en retranchant ce qui est superflu (car cela appartient à la tempérance, et non pas à la pénitence), mais encore en s’abstenant d’une partie de la nourriture qu’on pourrait prendre raisonnablement pour l'entretien du corps. Et plus on pourra en retrancher, plus la pénitence sera salutaire et louable, pourvu qu'on se garde de tout excès capable d'’altérer la
.complexion et de ruiner la santé, ou d’affaiblir notablement
les forces du corps. La seconde, touchant le coucher et le dormir, non-seulement en retranchant toute délicatesse, mais encore en se privant de ce qui serait commode, autant qu'il
se peut faire sans un notable intérêt de la santé ou de la vie. C’est pourquoi il ne faut rien ôter du sommeil qui est nécessaire, sinon pour le modérer, et pour corriger la mauvaise coutume qu’on aurait prise de trop dormir. La troisième, touchant la macération de la chair, en lui faisant sentir de la douleur. Par exemple, en portant la haire ou le cilice, ou quelque ceinture, ou en prenant la discipline, ou bien en usant de quelque autre austérité; en quoi, néanmoins, il semble beaucoup plus expédient que le sentiment de la douleur s'arrête à la chair, et ne pénètre pas jusqu'aux os avec danger de quelque maladie. C’est pourquoi il vaut mieux user de quelque discipline à petites cordeleltes, qui causent des douleurs euisantes, mais qui ne fassent point de si profondes blessures, qu’elles puissent nuire à la santé.
3° Que la pénitence extérieure produit trois bons effets, et quelle peut servir à trois fins, savoir, pour satisfaire en quelque manière à Dieu pour les fautes passées; pour se vaincre soi-même, en assujétissant la sensualité à la raison ; et enfin pour se procurer auprès de Dieu, et obtenir de lui quelque grâce que l’on souhaite, comme par exemple une grande contrition, ou bien une abondance de larmes, soit pour pleurer ses péchés, soit pouf compatir aux souffrances de Jésus-Christ ou bien la résolution de quelque doute qui fait de la peine et qui donne de l'inquiétude.
4° Que si celui qui fait les exercices ne réussit point à obtenir les bons sentiments qu'il recherche, soit de douleur ou de consolation, il est bon qu'il change de fois à autres les pénitences qu'il pratique touchant le vivre et le dormir, et les autres austérités semblables; n’en pratiquant que d’une sorte durant trois jours, et puis la quittant deux où trois autres jours, selon qu'il aura besoin de faire plus ou moins de pénitence, eu égard à sa disposition et à son élat.
Bo (ue souvent nous laissons ces pénitences, ou par trop de tendresse que nous ayons pour notre Corps, OU par une
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erreur de jugement, qui nous fait croire que notre complexion naturelle ne peut pas les porter sans intéresser la santé. Et tout au contraire que nous excédons quelquefois dans ces morlifications corporelles, parce que nous présumons trop de nos forces. Que pour éviter ces deux écueils, il est expédient de nous éprouver nous-mêmes, tantôt en quittant certaines pénitences pour un temps, et puis les reprenant, {tantôt en les changeant pour en essayer d'autres ; et qu'il arrive pour l'ordinaire qu’en usant de ces pratiques Notre-Seigneur, qui a des bontés infinies, et qui connaît parfaitement notre nature, fait voir à chacun de nous ce qui est plus convenable à son salut et à sa perfection.
6° Il ne reste plus après cela que de conclure votre réconciliation avec Dieu, qui est votre dernière fin, et de signer les articles de paix que vous faites avec lui pour toute l'éternité.
Figurez-vous donc pour fruit et pour résultat de ceite première semaine, que vous traitez de votre accord avec Dieu, et de votre relour vers lui, comme un pauvre enfant prodigue, et que la bienheureuse Vierge, qui s'entremet ellemême pour faire votre paix, vous présente les articles suivants de sa part.
1° Article. Si vous voulez retourner à Dieu, faites état de vous donner à lui totalement et non à demi; car il veut tout ou rien. Sa majesté suprême ne souffre point de rival, et son amour ne veut point de partage ni de réserve. 0 mon ame! considère qu’il ne faut qu'un filet pour arrêter ton vol vers le ciel, quoique tu aies déjà brisé de grosses chaînes. Eh! qu'il y en a peu qui se donnent à Dieu parfaitement! mais cela ne l’excuse pas. Vois donc ce qui te reste encore à donner, et que {u aurais peine à quitter. Il faut en faire un sacrifice, ou renoncer à ton salut.
2 Si vous voulez retourner à Dieu, faites état de vous porter désormais à son service avec une ferveur extraordinaire; car elle vous est absolument nécessaire pour plusieurs
raisons : 4° Pour mortifier vos passions ; 2e pour résister aux tentations du démon, qui ne nous attaque jamais avec plus de force qu’au point qu’on se résout à se dégager de sa tyrapnie; 3° pour supporter certaines opérations de la grâce toutes contraires à la nature corrompue, et par suite difficiles et pénibles aux sens; 4° pour se porter soi-même, et se soutenir dans les désolations et dans les sécheresses de la vie spirituelle.
3° Si vous voulez rentrer dans les voies du salut, et vous meltre bien avec Dieu, faites d’abord profession ouverte de la vertu, pour vous engager tout à fait dans le parti de Noire-Seigneur, et ne laisser à l’amour du monde et de vousmême aucune espérance de retour.
4e Si vous voulez retourner à Dieu, faites état d'éviter jusqu'aux plus petites imperfections, et d’avoir une conscience fort tendre et délicate, qui ressente au vif la moindre blessure du péché véniel.
5° Enfin déterminez-vous à morlifier continuellement vos inclinations et vos affections déréglées, sans donner aucune irève à l'amour-propre, auquel vous devez faire une guerre à mort, et étoufler tous ses mouvements, dès qu'ils s'élèverit dans votre cœur; à quoi vous devez veiller à tout moment. |
Si vous n'avez pas assez de courage pour signer tous ces articles, n’allez pas plus loin, vous ne serez pas bicn reçu. Mais si vous voulez les accomplir de point en point, voici ce que Dieu vous promet de sa pari :
4o De vous rendre dès à présent la grâce sanctifiante avec toutes les vertus infuses et les dons du Saint-Esprit, dont le péché vous a dépouillé.
9 De faire revivre tous les mérites de vos bonnes œuvres que vous aviez perdus par votre faute.
8° De vous rétablir dans tous les droits que ses enfants cnt à l'héritage du ciel.
4° De vous rendre la paix de l’âme et le calme de votre conscience.
5° De vous remettre en faveur et en honneur auprès de lui et des saints; d'effacer entièrement le souvenir de vos péchés, et de vous traiter aussi favorablement que si vous ne les aviez jamais commis. « Voyez, dit saint Chrysostôme. combien Dieu est bon et miséricordieux. Nos péchés ne sont que pourriture et puanteur, et néanmoins si nous en faisons pénitence , il les change en parfums d’une très-douce odeur (1). »
Ces promesses si avantageuses ne doivent-elles pas vous obliger à passer par dessus toutes les difficultés qui pourraient retarder votre retour? Dites donc courageusement avec l’enfant prodigue : Quoi qu’il m’en coûte, je veux retourner à mon père. Approchez-vous de lui, il s’approchera de vous. Allez à lui, afin qu’il vous éclaire de ses lumières, et qu'il vous découvre les voies du salut, d’où vous étiez sorti. ;
C’est l'emploi de la seconde semaine où vous allez entrer, qui répond à la vie illuminative.
SIXIÈME JOUR