‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 58 sur 193 · SE · texte numérisé non relu

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Mon Seigneur Jésus, parce que votre vie est fort pénible et méprisée du monde, faites-moi la grâce de vous imiter en méprisant le monde, et souffrant volontiers qu'il me méprise; car le serviteur n’est pas plus grand que son seigneur, ni le disciple que son maître (1).

Pour affermir cette généreuse résolution, considérez que si votre cœur n’est entièrement détaché, s’il n’est prêt à tout quitter pour suivre la volonté de Dieu, lorsqu'il vous la fera connaître, s’il tient encore à quelque chose, et. s’il ne surmonte toutes ses répugnances, vous ne devez point espérer de progrès dans la vertu, ni de paix et de tranquillité dans votre vie. Vous aurez peine à garder les commandements de Dieu, et plus encore à pratiquer les conseils. Tous les grands saints sont arrivés à la perfection par ce chemin, et toutes les actions héroïques qu'ils ont faites ont été des fruits de celte sainte indifférence, qui leur faisait dire avec Notre- Seigneur : Ma vie est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d'accomplir son œuvre (2).

Dites donc aussi avec eux : J'ai reçu, mon Sauveur, j'ai reçu la croix de votre main, je la porterai jusqu’à la mort. Puisque j'ai commencé une fois à marcher dans ce chemin, il n’est plus permis de retourner en arrière, il ne faut point le quitter (3).

(1) Gerson, lib. 3., cap. 56. — (2) Joan., 4, 34, — (3) Gers., lib. 3, cap. b6.

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TROISIÈME MÉDITATION

Gonduite de Jésus-Christ durant les trois années de sa conversation avec les hommes.

« Venez tous à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés; et je vous soulageraiï, » MaTrTH., 11. 28.

PREMIER PréÉLUuDE. — Représentez-vous Notre-Seigneur Jésus- Christ conversant avec les hommes, et disant amoureusement à tous sans limiter les effets de sa bonté : Venez tous à moi, vous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai; prenez mon jouy sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de-vos âmes ; car mon joug est

doux et mon fardeau est léger.

Deuxième PRéLuDE. — Demandez la grâce de connaitre l'esprit et la conduite de Jésus-Christ, durant le temps de sa conversation parmi les hommes, afin de vous conformer à son

exemple.

PREMIER POINT

Considérez l’admirable bonté avec laquelle Notre-Seigneur recevait tous ceux qui venaient à lui. IL traitait indifféremment avec les grands et les petits, avec les sages et les ignorants, sans rebuter même les enfants.- Il était toujours prêt à faire du bien à tous, à les consoler, à adoucir leurs ennuis, à essuyer leurs larmes, et à les décharger de leur misère. Il était de très-facile accès pour tous ceux qui le recherchaient. Il prévenait ceux qui désiraient le voir. IL cherchait ceux qui se rendaient dignes de ses entretiens, et il allait au-devant d'eux avec un visage serein, qui portait la

joie ans le cœur des plus affligés (1). Quelle bonté, quelle affabilité, quelle condescendance, quelle privauté d’un Dieu avec sa créature! qu’heureux étaient ceux qu’il honorait de son amilié, et qui jouissaient de sa présence! Vous pouvez encore à présent jouir de ce bonheur; car il conserve la même tendresse de cœur et la même familiarité avec nous dans le Saint-Sacrement. Il est toujours prêt à nous recevoir, à écouter nos plaintes, à satisfaire à nos désirs et à nous distribuer ses grâces et ses faveurs. O0 amour incomparable ! 6 bonté de mon Dieu, que vous êtes peu connue!

Considérez sa conduite avec ses ennemis. Ils épiaient toutes ses actions; ils contrôlaient toutes ses paroles: ils décriaient sa doctrine, sa personne et ses miracles: ils s’opposaient à tous ses desseins; ils attentaient même à sa vie. Et néanmoins il était toujours sans fiel, et son esprit demeurant toujours dans la même tranquillité, conservait une incroyable douceur, quoiqu'il eût tous les sujets du monde de s’aigrir. Eh ! que notre conduite est éloignée de la sienne! Nous nous emportons si aisément; nous perdons sitôt la paix; nous ressentons si vivement la moindre résistance ‘et le moindre tort qu'on nous fait. Apprenons à nous modérer, à son exemple, dans les occasions que Dieu nous envoie de pratiquer la patience; étant disciples d’un agneau, n’ayons pas la fierté et la colère des lions.

TROISIÈME POINT

Considérez sa conduite avec ses parents et avec ses disciples. Ses parents le traitaient indignement et voulaient le

(1) S. Bonav.; Ge inform. novit., p. 4, €. 22,

lier comme un furieux; ses disciples étaient si grossiers, qu'ils eussent lassé la patience de tout autre que d’un Dieu. Et néanmoins il supportait leurs défauts avec une charité pleine de tendresse; il leur parlait avec une affabilité merveilleuse; s’il les reprenait quelquefois, c’élait avec une douceur qui gagnait leurs cœurs, et les guérissait sans les blesser. Si vous pouviez imiter cet exemple, rien ne vous fâcherait, les affaires couleraient doucement, et votre esprit s’entreliendrait dans un aimable repos.

QUATRIÈME POINT

Considérez sa conduite dans ses voyages, lorsqu'il allait par les villes et par les bourgs de la Palestine, pour apprendre aux peuples les voies du salut, remplissant tous les lieux de la lumière de sa doctrine, de l'éclat de ses miracles, de l’odeur de ses vertus et de la multitude innombrable de ses bienfaits. Que la Judée était heureuse, si elle eût connu | le bien qu'elle possédait! Elle n'avait qu'à ouvrir son sein, et à tendre les mains pour recevoir les bénédictions du ciel et les richesses inestimables de sa grâce. IL avait des paroles si charmantes, et une bonté si obligeante, qu'il y a sujet de s'étonner de l’aveuglement et de l’insensibilité des Juifs. Mais n’avez-vous pas autant de sujet de vous plaindre de vous-même, vous à qui les sources de sa bonté sont toutes ouvertes dans les sacrements de l'Église, dans l’oraison, dans la prédication et dans la lecture de la parole de Dieu, à toute heure, en tout lieu et à toute occasion Et toutefois. où sont les fruits de cette grande libéralité? où le changement de votre vie? où la morlification de vos appétits? où l’imitation de ses vertus? Pensez à ceci, il y va de votre intérêt. Quelle obligation n’avez-vous pas au Père éternel de vous avoir donné un modèle si parfait de toutes les vertus? Quel plus grand malheur peut vous arriver, que de ne pas en avoir

la connaissance? Mais que vous sert celle connaissance, si vous ne l'imitez pas, sinon à vous confondre et à vous rendre plus coupable? Prenez donc une entière résolution de former voire vie sur cet original, puisque c'est à ce dessein qu'il vous a été donné du ciel. Ayez-le continuellement présent devant vos yeux, et employez tous vos soins et toute voire sagesse à vous tenir toujours occupé de quelque pensée qui vous porte à limiter, ou qui vous excite à l'aimer. Plus vous lui serez semblable en cette vie, plus vous serez près de lui, et vous tiendrez un rang plus considérable parmi les élus dans le royaume des cieux (1).

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