‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 59 sur 193 · FAIT PR OT NT RS PE VA RES POP CORP SRE T RER RE · texte numérisé non relu

FAIT PR OT NT RS PE VA RES POP CORP SRE T RER RE

QUATRIÈME MÉDITATION

Des trois degrés d’humilité,

« Apprenez de moi que je suis humble de cœur. » Marr., 41.99.

PREMIER PRÉLUDE. — Figurez-vous que vous êtes entre les disciples de Jésus-Christ, et que vous entendez ce bon maître qui vous dit : Apprenez de moi que je suis humble de cœur.

Deuxième PRÉLUDE. — Demandez-lui la grâce de pouvoir apprendre de sa bouche la vraie humilité.

PREMIER POINT

Considérez que le premier degré d'humilité consiste à vous assujetlir si parfaitement aux saintes volontés de Dieu, que vous soyez prêt à mourir plutôt que de l’offenser; et que s’il était question de violer un seul de ses commande-

(1) Hactenus S. Bonav., de Inform. Novit., p. 4, c. 32.

ments, comme par exemple d’ôter l'honneur au prochain, ou de lui procurer un mal notable, ou de profaner les sacrements par un abus sacrilége, et par là tomber en sa disgrâce, vous aimiez mieux, à l'exemple de tous les saints, perdre tous les biens du monde, quitter toutes les grandeurs, vous priver de tous les plaisirs, déchirer votre corps et le rouler avec saint Benoît sur les épines, et même souffrir la mort du monde la plus cruelle, que de manquer à la fidélité que vous devez à un maître si saint et si puissant. Pesez les raisons qui vous obligent à vous soumettre à Dieu de la sorte.

Premièrement, il est juste et raisonnable qu'un chrétien qui croit tenir la vie et le salut de son souverain Seigneur, s’assujeltisse volontairement à sa loi et à sa volonté qui est infiniment sainte, et d’ailleurs si puissante et absolue, que malgré lui il faudra enfin qu'il s’y rende. Certes, il doit en faire plus d'état que de la sienne propre et même que de tous ses intérêts et de sa propre vie; vu qu'il n’y a rien qui mérite de lui être comparé, beaucoup moins préféré. Si les rois de la terre sont si jaloux de leur autorité, et s’ils veulent qu’on garde soigneusement leurs lois et leurs ordonnances, et qu'on n'ait jamais la hardiesse d'y contrevenir, sous peine de la vie, le roi du ciel n’a-t-il pas le même droit et le même pouvoir de se faire obéir ?

Secondement, c’est une chose très-gloricuse et très-utile à l'homme de se soumettre parfaitement à Dieu, qui est son premier principe et sa dernière fin. Craindre Dieu, dit le Sage, et garder ses commandements, c'est proprement être homme, c’est être raisonnable. La raison dicte que c’est l'ordre légitime, et si nous ne le faisons pas, nous sommes déraisonnables, nous ne sommes pas dans l’ordre, nous dégénérons de notre état, nous ne sommes pas hommes.

(4) S. Ignat.

D'ailleurs ceux qui se tiennent soumis aux volontés de Dieu, jouissent d’un grand repos et d’une paix incroyable. Qui a jamais résisté à Dieu, qui n'ait perdu la paix de l’âme et qui ne soit tombé dans le désordre? Voyez ce qui est arrivé au premier des anges pour s'être élevé contre lui: voyez ce qui arriva à David et à tant d’autres pour avoir violé ses lois.

En quatrième lieu, cette humilité soumise aux volontés de Dieu, nous met en bonne intelligence avec lui, et nous ÿ conserve; elle nous fait participants de la nature divine et nous comble ensuite de toutes sortes de bénédictions.

Bu cinquième lieu, son amitié qui dépend absolument de cette soumission vaut mieux incomparablement que tout ce que Vous pouvez perdre ou quitter pour son amour. Considérez l’obéissance de Jésus-Christ, et voyez comment, pour réparer l’orgueil du premier homme et la désobéissance de tous ses enfants héritiers de la rébellion de leur père, il S'anéanlit sous le bon plaisir de Dieu, qui lui commandait de mourir. Avec quelle révérence accepta-t-il cet ordre, dont l'exécution paraissait si rude, afin de nous donner l'exemple . et de faire voir à tout le monde combien cette vertu lui était agréable, et avec quelle ferveur nous devons la pratiquer. Afin, dit-il, que le monde connaisse combien j'aime mon-Père, et avec quel zèle j'accomplis ses commandements, levez-vous Promptement et allons où il nous appelle (1). Et où, Seigneur? A la colonne, à la croix, à la mort. Les martyrs l’ont imité en ce point, et ils ont mieux aimé mourir que de perdre le respect et l’obéissance qu'ils lui devaient. Ils avaient appris de ce bon maître que celui qui n’a en haine son père et sa mère, ne mérite pas d’être son disciple. Ils se souvenaient de ces paroles de saint Paul: Qui nous séparera de l’amour de Jésus-Christ? sera-ce la faim, la persécution, la mort (2)? Les saints ont tous été dans la même résolution :

(4) Joan , 44,31. — (2) Rom, 8. 35.

plusieurs pour cet effet ont quitté le monde et ses richesses, et se sont retirés dans les déserts, de peur d’offenser Dieu. Saint François s'est jeté dans la neige, saiut Benoît sur les épines, saint Ignace dans un marais en plein hiver, pour empêcher que Dieu ne fût déshonoré.

Enfin, cette disposition est absolument nécessaire pour le salut ; car celui qui aime sa vie plus que Dieu, n’est pas digne de Dieu ; et que profitera-t-il à l'homme de gagner tout le monde, s’il vient à perdre son dme (1)? Voilà le sentiment de tous les vrais serviteurs de Dieu. Leur unique soin est que Dieu ne soit paint 'offensé, mais au contraire qu'il soit glorifié. La fin qu'ils se proposent en toutes leurs actions; est non-seulement de fuir les occasions de péché, mais encore de faire leur possible pour procurer de la gloire à leur souverain Seigneur. Voilà le devoir essentiel d'un chrétien; et si vous êles religieux, c’est pour cela que vous êtes sorti du monde, et vous devez infiniment remercier Dieu de vous avoir mis en un état où il vous est aisé de conserver la fidélité que vous lui devez.

DEUXIÈME POINT

Le second degré d'humilité est de vous soumettre si profondément à votre Créateur, que vous soyez résolu de mourir plutôt que de lui déplaire en la moindre chose de propos délibéré, quand ce ne serait qu'un mensonge léger, un parole indiscrète, une petite raillerie. Et en effet, n'est-il pas très-raisonnable qu'un fils bien-aimé ne donne jamais le moindre déplaisir à son père, et qu'il ne viole en rien le respect qu’il lui doit? Le moindre degré de la gloire de Dieu vaut mieux infiniment que votre vie et que tous les biens du monde ; parce que c’est votre fin, et la fin est toujours pré-

(1) Matth., 16. 26.

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férable aux moyens. Or, la gloire de Dieu consiste en ce que la créature s’assujettisse à ses volontés et s’efforce de lui plaire; combien donc doit-elle s'éloigner du péché véniel qui lui déplaît infiniment, et qui est si contraire à son honneur ?

2° Certes le malheur de ceux qui tombent volontairement et de propos délibéré dans le péché véniel n’est pas petit. À peine ont-ils jamais de repos, à peine sont-ils jamais assurés de l’amitié de Dieu, qu'ils hasardent si facilement et qu'ils prostituent à leur passion avec tant d'indignilé; souvent même ils sont privés de l'assistance particulière de Dieu et des consolations célestes, sans lesquelles il est difficile de résister aux tentations ; et d’ailleurs, leur vie étant déréglée, faute de ce particulier secours du ciel, ils exposent non-seulement leur salut, mais encore celui du prochain, qu'ils scandalisent par la licence qu'ils se donnent.

3° De là vient que tous les saints se sont toujours gardés avec un soin extrême de ces libertés dangereuses; et sainte Catherine de Gênes disait que si elle eût élé dans une mer de flammes, et qu'elle eût cru devoir rencontrer au bord l’ombre seule du péché, jamais elle n’eût osé en sortir.

Il faut remarquer que ceux qui sont arrivés à ce degré de perfection, sont indifférents à tout ce qui n’est point contraire à la gloire de Dieu, qui est le but unique de tous leurs désirs. Mais ils ne sont pas toujours si dégagés de tout ce qui est créé, qu'ils n’aiment encore l'honneur et la satisfaction des sens, quand elle est innocente, et qu’elle ne deplaît point à Dieu. De là vient que ceux qui se contentent de cela et qui ne passent pas plus avant, tombent souvent en des péchés de surprise et en des imperfections qu'il est difficile d'éviter parmi tant d'occasions qui arrivent en ceite misérable vie; d'où vient qu'ils sont moins propres à recevoir les caresses de Dieu, et qu'ils laissent beaucoup de belles actions de vertu. C’est pourquoi, si vous y êtes déjà parvenu,

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bénissez Dieu, mais ne vous y arrêtez pas; il faut encore monter plus haut.

TROISIÈME POINT

Le troisième degré d’humilité consiste en ce que voire cœur s'éloigne tellement de tout ce que le monde prise et de ce que vous aimez naturellement, que vous préfériez toujours le mépris, l’'humiliation, la pauvreté et la sujélion, à leur contraire, seulement par ce motif, que vous voulez être semblable à Jésus-Christ, quand même il pourrait se faire que la. gloire de Dieu fût égale en l’un et en l'autre. Que s'il arrive que Dieu vous mette dans l'honneur et dans un état qui contente plus la nature, vous devez foujours conserver dans votre âme une penie secrète à la croix de Jésus-Christ; et quand il vous est libre de choisir, ou que vous doutez de la volonté de Dieu, il faut toujours aller de ce côté-là ; car c’est votre centre, hors duquel vous ne serez jamais dans une assielte tranquille et assurée. Avez-vous cette disposition ? Eh! que vous en êtes encore éloigné! à peine êtes-vous arrivé au second. Quand est-ce que vous serez tout à Jésus-Christ, et que vous porterez ses livrées ?

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