PRÉFACE. IX
toine disait à un seigneur qui le retenait plus longtemps qu’il ne voulait: Il faut nous retirer en diligence sur les montagnes, comme les poissons dans la mer, de peur que nous ne perdions le souvenir de la perfection que nous avons embrassée (1). Nous lisons dans la Vie des Pères, qu’un saint anachorète passa cinquante ans sur la montagne de Sion, sans jamais converser avec les hommes, s’enfuyant promptement et se retirant dans sa cellule, sitôt qu'on voulait s'approcher de lui. Enfin un jour, comme on lui demandait la raison de sa fuite, il répondit en peu de paroles : Ceux qui aiment la fréquentation des hommes, ne peuvent jouir de celle des anges.
Arsénius fit presque la même réponse à ses frères, qui trou= vaient mauvais de ce qu’il se retirait de leur conversation, et lui disaient en se plaignant : Pourquoi nous fuyez-vous (2) ? Dieu sait, leur dit-il, que jevous aime, mais je ne puis me partager entre Dieu et les hommes. Le père Caraffe, septième général de notre compagnie, ne pouvait concevoir comment il était possible qu’un cœur se remplit de choses inutiles, de curiosités, d'occasions superflues, de soins et de nouvelles du monde, Sans perdre la présence de Dieu. Pour le mien, disaitil, il est si petit, que sitôt que l’un y entre, l’autre en sort. Il disait encore, que nous devons aimer Dieu, comme il méritait d’être aimé avant qu’il y eût des créatures, parce qu’alors rien n'eût partagé notre cœur. Il avait appris ce sentiment de saint Jérôme : Si l'homme ne dit en son cœur, il n'y a que Dieu et moi dans le monde, il ne jouira point du repos (3). Il me semble, avec le respect que je dois à ce grand saint, que c’est encore trop, et qu’il faudrait dire absolument en s’oubliant soi-même : [l n’y a que Dieu dans le monde. O âme sainte, soyez seule, afin de garder tout votre cœur pour celui que vous avez choisi entre tous ; fuyez le public, fuyez même vos domestiques,
EVIL SES PP, pc. 10. — (0) Vit. 8S. PP.,2 p. — (3): par. vit. SS. PP.