‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 74 sur 193 · LECTURE POUR LE QUATRIÈME JOUR · texte numérisé non relu

LECTURE POUR LE QUATRIÈME JOUR

Réflexions sur le progrès qu'on a fait depuis la dernière retraite dans la mortification du corps.

Ce n’est pas assez de morlifier l'esprit, qui est une partie du vieil homme, il faut encore mortifier le corps, qui n’est pas moins corrompu et envieilli que l'esprit. Jésus-Christ a été tout entier attaché à la croix et non pas en partie, afin que tout ce qui est en nous, meure au péché pour vivre à Dieu (1). Car alors nous pourrons dire avec saint Paul, que notre vieil homme est crucifié avec Jésus-Christ, afin que le corps du péché soit détruit, et que désormais nous ne soyons plus esclaves du péché (2). Armons-nous donc du zèle de la justice contre ce persécuteur de Jésus-Christ. Crions tous vengeance pour Jésus-Christ, contre l'ennemi de Jésus-Christ. Exterminez-le, exterminez-le. Crucifiez-le. Qu’on lui rende ce qu'il a fait. Il a crucifié Jésus-Christ, qu'il soit donc crucifié. Il a mérité la croix et il est digne de mort (3).

Jésus-Christ a fait de son corps le miroir de notre âme. Nous y devons souvent porter la vue, afin d'apprendre d’un si admirable exemple comment il faut traiter le nôtre. Regardez-vous donc dans ce beau miroir, il vous montrera ce que vous avez dû faire touchant la mortification de vos sens. Ses yeux à demi éteints et tout couverts de sang, ne voient que des objets affligeants, qui lui font souffrir un cruel martyre. Ses oreilles sont battues des cris funestes et des blas-

(4) S. Ans. in ep. ad Rom., 6. — (2) Rom., 6. — (3) S. Ans. citatus,

phèmes que ses ennemis vomissent contre lui. Sa bouche n’est abreuvée que de fiel et d’absinthe. Son odorat est infecté de la puanteur du Calvaire; et il n’y a partie de son corps qui ne ressente de pénétrantes douleurs, causées par la grandeur et la multitude de ses plaies. Qu'avez-vous fait pour imiter cet excellent original ?

1. Quel soin avez-vous eu de mortifier vos yeux, de tenir la vue basse et l'esprit élevé en Dieu, de fuir les objets dansereux et de rejeter les mauvais avec horreur? Eh! que de maux naissent du déréglement de la vue ! Si le prophète Jérémie se plaint de son œil comme d’un voleur qui lui a enlevé tous les trésors de son âme; si ni la sainteté de David, ni la sagesse de Salomon, ni l’austérité des solitaires n’ont pu se défendre de ses surprises, comment pouvez-vous vivre en assurance au milieu de tant de périls? Et si la reine des vierges a tremblé à la vue d’un ange qui avait pris la forme d’un homme: comment ne tremblez-vous pas, ô chaste épouse de Jésus-Christ ! à la vue d’un homme, quand même il serait transformé en ange par l'innocence de sa vie?

9. Quelle sûre garde avez-vous mise à vos oreilles, dont la porte est toujours ouverte et où l'ennemi peut par conséquent entrer à toute heure avec tant de facilité, si la crainte de Dieu ne veille à la défense de votre cœur. Avez-vous été soigneux de repousser les cajoleries, les entretiens curieux, les paroles à deux sens, les médisances, les railleries, les discours inutiles et superflus, qui étouffent les semences des vertus, dissipent le cœur et ruinent votre avancement spirituel ? Celui qui veut entendre parfaitement et goûter les paroles de Jésus, doit éviter tant qu'il peut le tamulte du monde et la conversation des personnes mondaines (1). Car cet entretien de nouvelles et d’affaires du siècle nuit beaucoup, lors même qu’on s’y porte fort simplement; cet air de vanité se glisse

(4) Gerson., 1. 1 de l’Imit, de J.-C., e. 10.

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