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en un moment, souille notre âme et la rend esclave. Nous cherchons à nous consoler les uns les autres et à trouver quelque soulagement à notre esprit dans l’inquiétude et l’agitation de ses pensées. Mais hélas! que ces entreliens sont ordinairement vains et nuisibles ! car cette consolation extérieure est un grand obstacle aux consolations intérieures que Dieu nous voulait donner.
3. [l semble que de tous les sens le plus innocent c’est l’odorat; néanmoins il est nécessaire de le mortifier, si vous voulez entretenir la pureté de cœur que Dieu désire de vous. xomment en avez-vous usé? La mauvaise odeur ne vous a-t-elle point éloigné des hôpitaux et des prisons, et des autres lieux où la charité s'exerce? Ne recherchez-vous point avec trop de sensualité Îe plaisir de l’odorat ? Les senteurs et les parfums sont indignes d’une âme chrétienne qui fait profession de la vertu. Celui qui s’en sert par délicatesse, montre qu’il mène une vie molle, dont on ne peut rien espérer de bon, dit saint Chrysostôme. Ces habits parfumés, ces cheveux poudrés, dit ce même père, cachent souvent bien de l’ordure. Le temps de cette vie n’est pas le temps des fleurs; les plus doux parfums se changent en puanteur à Ja mort. Laissez donc l’encens et les senteurs aux autels (1). Encore ne faut-il pas que sous prétexte de dévotion vous soyez trop curieux d’avoir des reliquaires et des chapelets de senteur, ou d’un bois exquis et odoriférant. Les saints seront plus honorés et plus satisfaits de votre mortification que de vos parfums.
4. Comment avez-vous retranché les délices du goût ? c’est le premier de tous les sens qu’il faut mortifier, parce que c'est par là que commence le combat spirituel, dit Hugues de Saint-Victor (2), comme ce fut par là que le prince des ténèbres aitaqua premièrement Notre-Seigneur dans le dé-
(4) S. Chrys., hom, 6 de Lazaro, — (2) In regula, ce. 5.
sert. Ce combat est d'autant plus difficile, que nous ne saurions subsister nous-mêmes, sans être obligés à fournir tous les jours des vivres à notre ennemi, quoi qu'il en abuse pour nous faire une plus cruelle guerre, et qu’il devienne plus insolent lorsque nous le traitons avec plus de douceur. C’est ce qui met les bonnes âmes en des agonies qui les font gémir, et vous savez que les plus grands saints n’allaient au repas que comme au tourment. Saint Isidore y allait en pleurant, saint Bernard en soupirant, et saint Eutice garda cette pratique l’espace de quarante ans; il ne mangea jamais durant tout ce temps-là qu'après avoir versé beaucoup de larmes, et jeté beaucoup de soupirs. Voyez comment vous les avez imités, et apprenez au moins à éviter les fautes que la sensualité vous fait commettre sous prétexte de nécessité. 1. Demandez lumière à Dieu pour connaître cette sage médiocrité, que saint Augustin cherchait avec tant de soin pour ne point faillir dans la quantité des viandes qu’il prenait pour sa nourriture, et qu’il avait peine à trouver, comme il confesse lui-même. 2. Ne soyez point trop délicat pour ce qui regarde la qualité de celles qu’on vous donne; vous n'êtes point disciples d'Hippocrate, mais de Jésus-Christ erucifié; il est bon quelquefois de goûter avec lui un peu de fiel et de vinaigre ; portez compassion à ceux qui sont difficiles à contenter en ce point par une trop grande aitache qu'ils ont à leur santé el à la vie, et qui meurent à chaque heure par des frayeurs paniques, faute de mourir une fois à eux-mêmes par une solide mortification, et de vivre à Dieu par des exercices spirituels détachés de la matière. 3. Si vous êtes religieux, contentez-vous de ce qu’on donne à la communauté : Dieu fait souvent des miracles en faveur de ceux qui se mortifient ; il donne une telle bénédiction aux viandes communes, quoique grossières, qu’elles sont souvent plus salutaires et même plus agréables que celles que la sensualité recherche avec plus d'empressement. 4. Ne vous plaignez jamais ni de la qualité,
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ni de la quantité, ni de l’assaisonnement des viandes, ni du refus qu’on vous fait de ce que vous demandez, ni de la négligence des officiers qui vous servent. Cette bassesse de cœur est indigne d’un serviteur de Dieu, qui doit faire pénitence et accepter volontiers ces petites mortifications en punition des fautes qu’il fait en offrant à Dieu des prières et des oraisons si mal faites, si froides, si sèches et si insipides. 5. N’allez jamais à la table par mouvement de nature et par le motif du plaisir que vous prenez au repas, mais seulement afin de soutenir et réparer les forces nécessaires pour le service de Dieu. 6. Enfin, ne vous contentez pas de garder la. tempérance pour éviter les déréglements du goût ; faites un grand état du jeûne, non-seulement lorsqu'il est de règle ou de précepte, mais encore lorsque Dieu vous l’inspire et que vos supérieurs le permettent; mais ne faites rien à leur insu, ni sans conseil, si vous ne voulez tomber en de srandes illusions.
5. Le toucher est le dernier de tous les sens ; mais quoiqu’il soit le plus vil et le plus grossier, il se fait néanmoins servir de tous les autres. Comme il est tout terrestre, saint Augustin le compare à la terre, pour qui tous les autres éléments et les cieux mêmes travaillent. Mais donnez-vous de garde de vous rendre esclave d’un si mauvais maître. Ayez en horreur les plus légers attouchements sensuels tant sur vous que sur les autres. Regardez votre corps comme un charbon qui vous brûle si vous le touchez quand il est ardent, et qui vous salit lors même qu'il est éteint; ou si vous l’aimez mieux, regardez-le comme un vase sacré dédié au Saint-Esprit qu'il faut respecter, mais qu’il ne faut point toucher. Mais si vous me croyez, traitez le toujours comme votre plus grand ennemi, dont vous devez vous défier; et s’il faut aimer ses ennemis, soyez persuadé que c’est l'aimer que de le mortifier et de lui ôter les moyens de perdre votre âme et de se perdre lui-même,
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Soyez donc courageux et constant dans ce saint exercice. Il faut vous faire violence en matant votre corps, parce que c’est une partie de vous-même; voilà pourquoi il faut être courageux. Il faut vous faire une continuelle violence; voilà pourquoi il faut être constant, Je sais bien qu’il faut aussi être discret, pour éviter l'excès qui pourrait ruiner vos forces; mais la meilleure règle que l’on puisse vous donner pour mesurer vos morlifications à vos forces, c’est la soumission à vos supérieurs et à vos directeurs que Dieu vous a donnés pour vous déclarer ses volontés. Ne faites rien sans conseil, vous ne serez point sujet au repentir. Est-ce là votre conduite ?