‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 79 sur 193 · D RER · texte numérisé non relu

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et combien de fois nous avons fait des résolutions spécieuses de nous vaincre et de détruire nos mauvaises habitudes par des actes confraires, sans que nous en ayons vu aucun effet, pour n’avoir pas assez de vigueur ni de courage quand il s’agit d'exécuter nos bons propos.

6. Règle. Cette défiance de nous-mêmes doit être accompagnée d’une généreuse confiance en la bonté de Dieu, qui nous a appelés à son service, et ne nous manquera jamais au besoin; vu même qu’il n’omet rien pour nous convier et nous obliger à mettre notre espérance en lui. Surtout, il veut que nous ayons recours à la prière, et nous le ferons sans doute avec beaucoup de ferveur, si nous considérons que la possession des vertus est le comble de tous les biens, et que de là dépend notre souveraine félicité. Représentezvous ce que ferait un homme de la cour pour obtenir une des grandes charges du royaume, s’il croyait pouvoir y parvenir par l’assiduité de ses prières? Il faut solliciter la divine bonté avec la même ferveur, et pour cet effet, il est nécessaire de faire tous les jours quelques dévotions et quelques mortifications particulières, afin de fléchir la miséricorde de voire Père céleste. Il est aussi très-important, lorsqu'il se présente occasion d'exercer quelque acte de patience, d’humilité, d’obéissance, de charité, de vous accoutumer à le faire de grand cœur, à dessein d'obtenir la grâce de surmonter vos passions et de vous défaire des vices contraires à la vertu, qui fait le sujet de votre examen particulier, disant par exemple intérieurement, par une manière d'oblation spirituelle : Mon Dieu, j'accepte cette mortification, je fais cette bonne œuvre, j'agrée cette confusion, afin d'obtenir de votre bonté la victoire du vice que je combats, et la vertu contraire que j'ai résolu d'acquérir. On ne peut dire combien la continuation de ces actes est profitable, et quel trésor de mérites on amasse lorsqu'on les réitère souvent avec ferveur. C'est le moyen d'arriver prompiement à une haute perfec-

tion, pourvu que vous soyez fidèle et constant à solliciter la divine bonté sans inquiétude ‘et sans trouble, vous assurant que Dieu, qui est un père amoureux, ne peut frustrer les désirs et les saints exercices de ses enfants.

7. Règle. Pour réussir dans l'exécution et faire un notable progrès dans l'exercice des vertus, il faut en faire un bon choix, et pour le rendre tel, il faut : 4° choisir celles qui nous sont propres, eu égard à notre état, à nos dispositions et à nos emplois; ® Les choisir avec ordre l’une après l’autre, selon le besoin présent qu’on en a; 3° choisir celles qui mortifient davantage la nature corrompue et l’amour-propre; 4° choisir dans chacune ce qu'il y a de meilleur; par exemple, avoir de bons sentiments et de bonnes volontés pour le prochain, c’est un acte de charité qui est louable; ajouter de bonnes paroles aux bonnes volontés, c’est quelque chose de mieux; mais lui témoigner notre affection par de bons offices et par des effets considérables, c’est ce qui est excellent dans cette vertu; 5° choisir ce qu’il y a de plus agréable et de plus utile au prochain. Vous voulez pratiquer la mortification, soyez austère à vous-même, mais ne soyez point pour cela triste ni morne. Vous aimez la retraite, à la bonne heure, soyez bien recueilli, mais ne soyez pas de mauvaise humeur. Vous êtes porté au zèle de la gloire de Dieu, soyez fervent, mais non pas indiscret; ayez de la fermeté, mais n'ayez point d'amertume. En un mot, choisissez ce que l’on respecte dans la vertu et ce que l’on aime raisonnablement ; mais fuyez ce qui choque et ce qui rebute le monde, non par une vraine complaisance, mais par un désir sincère d’inspirer la vertu et de la rendre aimable aux autres.

8. Règle. La pureté d'intention est absolument nécessaire dans le choix et dans la poursuite des vertus, soit pour attirer la faveur de Dieu en l’intéressant dans ce dessein, et ne recherchant que sa gloire, soit pour éviter deux écueils trèsdangereux, savoir, le respect humain et la recherche secrète

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de ce qui plaît à l’amour-propre. Vous ne ferez jamais aucun progrès dans la perfection si vous êtes esclave de l'opinion des hommes, et si aux occasions où vous aurez sujet de pratiquer la vertu, vous vous amusez à considérer ce que lon dit, ce que l’on pense de vous, ou ce que l’on devrait faire et que l’on ne fait pas, pour rejeter vos manquements sur les défauts d’un autre. Il faut vous souvenir que c’est avec Dieu, et pour Dieu seul que vous travaillez, et à lui seul que vous devez rendre compte de vos actions, sans prétendre aucun intérêt d'honneur ni de profit de la part des hommes, dont les louanges ne peuvent vous rendre meilleur, ni leurs défauts vous servir de prétexte pour couvrir les vôtres et pour paraître plus innocent : soyez attentif à ce qui regarde vos obligations, et ne vous occupez point de ce que font, les autres. Ne faites pas de la vertu un trafic avec les hommes, comme si vous ne vouliez être vertueux que pour attirer leur approbation et leur estime ; ne le faites pas même avec Dieu; ne recherchez point dans vos actions ni la consolation ni le repos de voire esprit, ni aucune utilité temporelle ou spirituelle. Ce petit commerce déplaît à Dieu ; car c’est dire tacitement : Seigneur, je vous servirai pourvu que j'y trouve mon compte; j'aimerai l’oraison, tandis que vous m'y donnerez de la consolation. De là viennent les dégoûts, les langneurs, les âchetés et les refroidissements dans le service de Dieu, lorsqu'on n’y fait pas le progrès qu'on voudrait; et le chagrin qu’on en à semble d'autant plus juste, qu’il paraît procéder de l'amour de la vertu; mais, en effet, c’est un mouvement de l’amour-propre, vu que celui qui ne cherche qu'à plaire à Dieu, et qui lui laisse le soin de lui-même est toujours content, et ne se met en peine d'autre chose que de faire tout son possible pour accomplir la volonté divine.

9. Règle. Pour connaître encore mieux le progrès que vous avez fait en observant ces règles dans l'acquisition des vertus, jugez-en par les marques suivantes, que nous déduirons

plus amplement dans la dernière considération : 1° pratiquer les vertus avec plus de promptitude et de facilité; 2° les exercer avec moins de répugnance de la nature corrompue et de l’amour-propre ; 3° les pratiquer avec plus de plaisir; ke s’y porter avec plus de ferveur; 5e être plus fidèle aux occasions, et ne laisser écouler aucun moment qui soit vide et inutile; 6° être plus constant et plus fort dans les adversités, contradictions, oppositions et tentations dangereuses, qui ont coutume de ruiner, ou pour le moins de retarder notre perfection; car la persévérance dans la poursuite des vertus solides a quatre puissants ennemis à combattre. Le premier est la mauvaise coutume et les habitudes vicieuses, dont la cure est toujours rude et pénible; mais quand on est guéri, on jouit d’une grande douceur, qui récompense ‘abondamment tous les maux qu’on a soufferts. Le second est la difficulté de la vertu, dont les commencements sont toujours fort épineux. Oh! que la sagesse semble dure et fâcheuse à ceux qui n'en ont pas appris la pratique! un homme lâche et sans cœur n'y persévérera pas, dit le Sage dans l'Ecclésiastique. Quand il est question d'en faire l’épreuve, elle leur paraît pesante comme une pierre dont ils se déchargeront bientôt (1). Les uns ne l’osent toucher du doigt, les autres se contentent de la soulever, les autres la lèvent jusqu’à la ceinture, maïs peu la mettent sur leur tête, pour s’y soumettre absolument. Mais pour vous, chargez-la sur vos épaules et portez-la constamment. Ne vous ennuyez pas d’être dans ses liens; allez à elle de tout votre cœur et suivez-la de toutes vos forces (2). Le troisième est le prétexte de la nécessité (3). Car il y en a qui persévèrent dans la vertu, jusqu’à ce qu’ils tombent en quelque maladie ou dans la pauvreté, ou qu'ils se trouvent dans l'emploi, dans les affaires, dans les voyages, et alors ils

(1) Eccli., 6, 21, 22. — (2) Ibid., 26, 27. — (3) Judith. contra Holophernem itura, ec. 9, Vide $S. Amb., |. 1 de Caïn, ce. 40,

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croient en être dispensés. Le dernier est l'instabilité et la faiblesse du cœur humain, qui se laisse vaincre sans résistance, et souvent tombe de lui-même, et perd en un moment ce qu'il avait acquis en plusieurs années. Evitez cet écueil, et dites avec Job: Je ne quitterai jamais le dessein que j'ai pris de me sanctifier (1).

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