‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 80 sur 193 · LECTURE POUR LE SEPTIÈME JOUR · texte numérisé non relu

LECTURE POUR LE SEPTIÈME JOUR

Réflexions sur le progrès qu'on a fait dans la victoire des tentations depuis la dernière retraite.

Avant que de voir les marques du progrès que vous avez fait dans la victoire des tentations, écoutez avec attention Pavis important que vous donne saint Bernard. Je veux vous avertir que personne ne vivra jamais sur la terre exempt de tentation ; afin que si quelqu'un par aventure se trouve quitte de l’une, il en attend infailliblement une autre (2). Sur quoi, poursuit ce père, nous devons considérer que la bonté de Dieu use de cette conduite en notre endroit, qu'il permet quelquefois que nous soyons plus longtemps travaillés d’une même tentation, de peur qu'il n’en vienne d’autres plus dangereuses ; quelquefois aussi il nous en délivre plus tôt, afin de nous exercer en d’autres qu’il prévoit nous devoir être plus utiles. Examinez-vous donc premièrement, si vous êtes dans une continuelle défiance de vous-même et de vos ennemis qui vous épient jour et nuit pour vous surprendre, si vous ne vous endormez point pendant qu'ils veillent et machinent votre ruine, si vous avez soin de vous instruire

(3) Job, 27, 6. — (2) S, Bernard., serm, 16 in Psal, Qui habitat,

des moyens de vous défendre et de repousser leurs attaques. Ne vous imaginez pas que ce soit une marque de perfection de n'être point tenté; les tentations sont communes à tous les états de la vie spirituelle; et il ny a personne ni entre - ceux qui commencent, ni entre ceux qui s’avancent, ni même entre les plus parfaits qui n’y soit sujet, c’est-à-dire qui ne ressentie des mouvements intérieurs qui le portent au péché. Mais l'importance est de savoir d’où viennent ces mouvements, où ils vont, comment on y succombe et de quelle manière on y résiste. Pour en juger sainement, servez-vous des règles suivantes.

2. Première règle. Les tentations viennent quelquefois de nous-mêmes, quelquefois du démon, quelquefois de tous deux ensemble. Les tentations qui naissent de notre propre malice, viennent le plus souvent du désordre de nos sens, ou de nos passions déréglées, ou de nos mauvaises habitudes, ou du tempérament et de la disposition du corps. Quelquefois elles viennent de l’esprit et de la volonté, qui a son libre arbitre et peut se porter d'elle-même au péché aussi bien qu’à la vertu. C’est pourquoi saint Augustin dit qu’on ne doit pas attribuer tous les vices d’une mauvaise vie à la chair (1), et Vasquez (2) ajoute que tous les péchés ne naissent pas du foyer de la concupiscence, non plus que le pouvoir du pécher, qu’on doit plutôt appeler une malheureuse impuissance ; mais que la volonté peut d'elle-même se porter au mal par son propre poids, et qu’elle a coutume de le faire. Les démons qui connaissent notre faible, nous combattent de nos propres armes, et nous attaquent tantôt par nos sens, {antôt par nos passions, pour emporter le consentement de la volonté, qui se laisse vaincre à leurs suggestions. Ce que l'abbé Achilles étant interrogé de quelle manière

(4) S. August. 1. 11 de civit, Dei, c. 3.— (2) Vasquez, tom. 2, in 3 par., disput. 418, c. 3, n, 39.

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