I. POINT
Considérez qu’il n'y a proprement que Jésus-Christ de qui l’on puisse dire qu’il a bien fait toutes choses (1). Éloge magnifique, qui honore souverainement sa sainteté, sa sagesse et sa bonté. Sa sainteté, qui fait toutes choses sans défaut et sans mélange de mal; sa sagesse, qui les fait dans un ordre admirable; sa bonté, qui les rapporte toutes à la gloire de son. père et à notre salut avec un avantage inestimable. Éloge légitime et convenable à sa grandeur ; car il est la splendeur du Père, et en cette qualité il devait faire éclater dans toutes ses actions la gloire de sa divinité; il est La fiqure de sa substance, il devait donc représenter les traits de son infinie beauté: il est l’image de sa bonté, il devait donc laisser dans toutes ses œuvres les traces de ses perfections et des attributs de sa gloire. S'il le devait, il le pouvait et-le voulait; car étant infiniment sage ilne pouvait faillir par erreur, étant infiniment bon il ne pouvait faillir par malice, étant infiniment clairvoyant il ne pouvait faillir par surprise, étant infiniment puissant il ne pouvait faillir par faiblesse. Aussi dit-il qu’il avait mis La loi divine au milieu de son cœur, comme le premier article du livre de vie, comme le centre de toutes ses pensées et de tous ses désirs, comme la
(1) Marc, 7. 37.
source et le principe qui donnaient le mouvement à toutes les actions de sa vie (1). Cette gloire n'appartient qu'à lui seul; on ne peut dire de l’homme : Il a bien fait toutes choses, car il est esclave de la nature corrompue; on ne peut le dire de l'ange, car on y a trouvé des taches (2). Il n'y a qu'un Homme-Dieu qui mérite cette louange, parce qu'il est au-dessus de la nature humaine et angélique. Comme Dieu, il produit le Saint-Esprit qui est la bonté par essence, en unité de principe avec son Père, et le monde avec tous les deux, où il n’y a rien qui ne soit bon (3). Comme homme il est uni personnellement au Verbe, qui gouverne toutes sés actions conjointement avec le Saint-Esprit. auquelilen a cédé la direction. C’est pourquoi il dit dans l'Évangile : Nul n’est bon, sinon Dieu seul (4). Comment est-ce done que nous pouvons limiter, puisqu'il n’y a que lui qui soit bon? A cela il faut répondre qu’il n°y a que lui qui soit bon par lui-même, et par l'excellence suprême de son être et de sa pérsonne, et c’est en ce sens qu’il dit qu’il n’y a que Dieu qui soit bon; mais que nous pouvons être bons par participation et par le secours de sa grâce. C’est pourquoi il veut que nous soyons parfaits en toutes nos actions, comme notre Père céleste est
parfait (5).
II, POINT
Considérez les raisons qui nous y obligent, dont la première est prise de la sainteté de Dieu même, qui se propose pour modèle, et qui veut que nous soyons parfaits comme lui. Or, dit saint Thomas, la manière d’agir qui est propre de Dieu. est de faire tous ses ouvrages dans la dernière perfection (6). L'ouvrage de la création du ciel et de la terre est
(4) Ps. 39. 9. — (2) Job. 4. 18. — (3) Gen. 1. 31. — (4) Luc. 18. 19. — (5) Matth. 5. 48, — (6) S. Thom., opuseulo de moribus divinis.
si excellent, qu’on ne peut rien s’imaginer de plus achevé. L'ouvrage de notre rédemption, que nul autre que lui ne pouvait faire en rigueur de justice, est si accompli, qu’on ne peut rien y ajouter. De même, tout ce qu’il fait encore aujourd’hui, soit qu’il punisse les crimes, ou qu'il les dissimule pour attirer les pécheurs à la pénitence, soit qu’il donne sa grâce aux élus, ou qu'il la retire, soit qu'il traite familière ment avec une âme fidèle, ou qu'il use de rigueur dans sa conduite, soit qu’il bénisse les fruits de la terre, ou qu'il envoie la stérilité, soit qu’il donne la pluie ou la sécheresse, tout cela est si bien fait, qu'il ne peut être mieux; parce qu’il fait chaque chose en son temps, avec un amour infini, une bonté immense et une sagesse souveraine. Il faut dire la même chose de tout ce qu'il doit faire au jour de la rétribution générale, parce qu'il ordonnera à chaque péché et à chaque partie du corps qui aura servi à le commettre, une peine proportionnée à la quantité et à la qualité de l’offense et à chaque bonne œuvre, pensée, désir, parole d’édification et d'exemple, une récompense proporlionnée à leur mérite. Voilà l'original après lequel nous devons travailler, nous souvenant que celui qui nous le donne est le Saint des saints, qui remédie à tous les désordres avec une sagesse infinie, et qui fait tout en nombre, avec poids'et avec mesure; et par conséquent que c’est l’offenser de renverser ses ordres, et de ne pas garder son procédé. Le chrétien qui fait mal ses actions, les fait sans ordre et sans règle, car il ne suit pas la raison qui est sa règle. Mais plutôt sa passion qui jette le trouble partout. Il les fait sans poids, car il n’y apporte pas la considération ni l'application nécessaire. Il les fait sans mesure, Car il se laisse aller à la violence de quelque passion qui l'emporte jusqu’à l’excès. Il manque aussi au nombre, car il se répand en plusieurs actions frivoles et inutiles, et s’oublie de plusieurs autres nécessaires. Par conséquent il déshonore la sainteté de son original, contre la défense que le Saint-
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Esprit lui fait par la bouche du Sage : Ne faites point d'actions qui soient injurieuses à la sainteté de Dieu (1). Faitesles toutes avec la plus grande perfection qu’il vous sera possible, dit le docteur angélique, y employant toute la force de la grâce que Jésus-Christ nous a méritée pour cet effet; vous unissant parfaitement aux désirs et aux intentions de l'Église triomphante et militante; agissant sous le nom du créateur, c'est-à-dire en Dieu, avec Dieu, pour Dieu, sous la conduite de Dieu, et d’une manière digne de Dieu; vous y portant avec la même faveur, que si tout votre salut, toute la gloire de Dieu et tout le bien de l’univers dépendaient de chaque action que vous faites; faisant chaque action comme si c'était la dernière de votre vie, comme si vous ne la deviez plus faire ni en commencer de, nouvelles; voyez si vous agissez de la sorte. Humiliez-vous dans la vue de vos défauts, et tàchez d'y apporter du remède.