III. POINT
Le second motif qui nous oblige à rendre toutes nos actions parfaites est pris de la souveraineté de Dieu; car ila un domaine souverain de propriété et de juridiction sur nous, qui ne lui est pas échu ni par succession, ni par notre élection, ni par usurpation, mais par des titres plus légitimes : titre de création : Vous avez fait le ciel et la terre, et tout ce qu'ils renferment, vous êtes le Seigneur de toutes choses (2); titre de conservation : Soutenant tout par sa parole toute puissante (3); titre de rédemption : Vous ne vous appartenez point, vous avez été achetés à un grand prix (4); ütre de dernière fin : Dieu a tout fait pour lui-méme. Ces quatre titres donnant à Dieu un souverain pouvoir sur nous et sur toutes
(4) Eccli. 40, 6. — (2) Esth, 43. 10. — (3) Hebr, 1,3. — (4)1. Cor. 20,
nos actions, nous obligent sans doute à les bien faire, soit parce qu’il a drait d'exiger de nous des hommages sortables à sa grandeur, qui n’est pas moins qu'infinie, il faut donc que nos actions, qui sont autant d’offrandes et de sacrifices, lui rendent toute la gloire qui lui est due (1). Soit parce qu’en qualité de souverain, il a droit de commander et nous som- "mes obligés d'obéir. Or, son commandement ne peut pas être plus exprès : Faites toutes vos actions de la manière du monde la plus parfaite, la plus noble et la plus excellente (2); soit parce qu’en qualité de souverain, il a dans ses mains deux trésors inépuisables, trésor de justice, trésor de miséricorde, qu'il peut ouvrir quand il lui plaît, l’un pour nous punir, l'autre pour nous récompeuser. Or, les peines et les récompenses qu'il nous prépare sont si grandes, que l’esprit humain ne peut pas en comprendre l'excès (3). Ajoutez à cela le prix inestimable des grâces qu’il nous offre pour bien faire toutes nos actions, dont la perte et le mauvais emploi lui sont d’autant plus sensibles, qu’elles lui ont coûté tout son sang. C'est pourquoi saint Paul nous avertit si souvent, et nous exhorte à les faire valoir et à ne les rendre pas inutiles (4). Pour concourir avec Dieu comme les ministres de sa parole, nous vous exhortons de ne point recevoir sa grâce en vain. Et ailleurs : Prenez garde que personne ne manque à la grâce de Dieu (5); et de rechef : Ne négligez point la grâce qui est en vous (6), et enfin : Je vous avertis de réveiller la grâce de Dieu (7), que vous laissez dormir par voire paresse; c'est à quoi nous devons travailler d’un grand cœur, afin que nous puissions dire comme lui : Sa grâce en moi n'a pas été sans fruit (8); saint Antoine lit : Sa grâce en moi n’a point perdu son prix et son mérite; je lai fait valoir autant qu'il a été en
(4) Malac. 4. 8. — (2) Eccli. 33.23. — (3) 4. Cor. 2. 9, — (4) 2. Cor. 6. 4. — (5) Hebr, 12. 15. — (6) Tim. 4. 44, — (7) Tim. 1, 6. — (8) Cor. 15. 16.
mon pouvoir. D’autres interprètes lisent : La grâce en moi n’a point été stérile ni oisive. Je ne l'ai point rendue inutile, j'y ai Coopéré, j'en ai fait un bon usage. Êtes-vous bien satisfait de vous-même sur ce chapitre ? Oh ! que de richesses que vous avez laissé périr dans vos mains! Enfant prodigue, comment avez-vous dissipé votre substance? que sont devenues tant de lumières et d’inspirations divines ? où sont fondus tant de trésors du ciel? quand est-ce que vous réparerez cette perte?