‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 86 sur 193 · I. POINT · texte numérisé non relu

I. POINT

Considérez si vous faites un bon usage de toutes les choses qui servent à crucifier et faire mourir votre amour-propre. Le père Balthazar Alvarez (1) en remarquait de cinq sortes, qu’il appelait cinq sources de mérites, ainsi qu'il est écrit dans sa vie. La première regarde les injures du temps, le froid ou le chaud excessif, les sécheresses ou les pluies, les orages, les tonnerres, les tremblements de terre, les vents impétueux et choses semblables. Quel profit en tirez-vous ?: en prenez-vous occasion d’en bénir Dieu ? reconnaissez-vous sa providence qui les ordonne ? vous y soumeltez- vous avec amour? ne vous en fâchez-vous point ? Le second regarde les maladies, les douleurs et les incommodités du corps, de quelque part qu'elles viennent, soit du mauvais tempérament, soit du travail, soit de l’intempérie de l'air, soit de la

(1) In vita ejus, c. 10. °

mauvaise nourriture, soit de la pauvreté des habits, de la demeure et du lit, et de cent autres choses qui ont coutume d'exercer la patience. Comment les recevez-vous ? comment les endurez-vous? comment les rapportez-vous à Dieu ?

La troisième regarde ce qu’il faut souffrir du prochain, soit à cause de l’antipathie des humeurs, soit pour ses défauts et imperfections, soit pour la contrariété des désirs et des prétentions qui se trouvent entre les particuliers, en quoi les maîtres ont beaucoup à souffrir de leurs serviteurs, et les serviteurs de leurs maîtres encore plus, de même que les supérieurs de leurs inférieurs, et les inférieurs de leurs supérieurs, et généralement tous ceux qui sont en quelque communaulé, ou qui vivent parmi les hommes, où il y a une si grande et si fréquente opposition de sentiments et de pensées. Quelle faute y faites-vous?

4. La quatrième comprend les ignominies, les mépris et le tort que nous souffrons en nos personnes, ou en celles de nos amis et de ceux avec lesquels nous avons quelque sociélé; qui fait que leurs déplaisirs, leur déshonneur et leurs disgrâces retombent sur nous par communication, quoique nous n’ayons aucune part aux fautes qui les leur ont attirées. Voyez comment vous vous y comportez. =

5. La cinquième regarde toutes les peines d'esprit qui arrivent dans les exercices de la vie spirituelle (1), commesont les sécheresses, les distractions, les obscurités, les découragements, les scrupules, les tentations, les persécutions des démons, les difficultés, les épreuves et les mortifications qui viennent de la part des supérieurs, des confesseurs et des directeurs ; sur quoi, il faut vous examiner et voir comme vous prenez ces croix qui ne sont pas pelites, et de quelle manière vous les portez.

(4) S. Chrysost, hom. 43 ad popul. — S. Chrysost., epist. 7 ad Olympiadem.

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Le véritable esprit avec lequel vous devez vous conduire généralement en toutes sortes de peines (1), soit intérieures ou extérieures, consiste: 1° à les porter avec patience, c'està-dire à ne point offenser Dieu ou le prochain, ni par parole, ni par œuvres, ni par aucun mouvement déréglé du cœur ; 2 à les accepter de bon cœur, à les agréer et dire comme saint Loup : O fléau de Dieu, que vous soyez le bienvenu (2); 3° à les porter avec joie, à l'exemple des apôtres qui triomphaient de joie d’avoir été jugés dignes de souffrir de l’ignominie pour le nom de Jésus-Christ.

Pour parvenir à ce haut point de perfection, il faut vous accoutumer à regarder les souffrances « comme de signalés dons de Dieu (3), comme des fleurs qui nous promettent les fruits d’une gloire immortelle, comme des grêles de pierres précieuses qui tombent du ciel pour nous enrichir de toutes sortes de vertus, comme des récompenses et des couronnes éclatantes, comme des sources d’une joie perpétuelle, comme des faveurs plus grandes que le don de ressusciter les morts et de faire des miracles, etenfin comme les plus précieux gages de l'amour de Dieu, comme les livrées de Jésus-Christ, comme les plus divins caractères et les traits les plus vifs de sa ressemblance, »

Par ce moyen il arrivera, non-seulement que vous ne les fuirez point quand elles se présenteront, ni vous ne {âcherez point de vous en défaire, mais que vous les rechercherez, vous les chérirez et vous estimerez heureux de les porter. Seigneur, disail saint François Xavier, ne m'ôtez point cette croix, que pour m'en donner une plus grande. Et sainte Catherine de Sienne : Je vous prie, Seigneur, de me donner une faim continuelle, un désir insatiable des incommodités et des

(4) S. Greg. Nyssenus, ad illud Matthæi 5. Beati qui persecut. patiuntur.— (2) S. Chrysost., in c. 4 epis. ad Philip.— S. Laur. Justin. de patient, c. 2. — Rationem reddit in fasci. Amor. 5, — (3) In vita P. Balthazar Alvarez, c. 40.

SERPENT EL, murs

souffrances (1). Je ne puis recevoir de plus grande grâce que de vivre toujours dans les peines, et de finir ma vie par le martyre pour l’amour de vous.

IT POINT

Considérez comme vous vous comportez envers le prochain qui vous donne sujet de peine. Et si vous observez les règles suivantes (2):

1. La première, de ne point regarder qui est celui qui vous offense. « Ne dites jamais, je ne puis endurer d’être traité de la sorte d’un tel homme, cela est entièrement insupportable. Il m'a fait un tort insigne, et il me reproche des choses à quoi je n’ai jamais pensé. Je pourrais aisément souffrir d’autres personnes, et il y a d’autres sortes d'offenses auxquelles je serais assez peu sensible. Celte pensée n'est point raisonnable; celui qui ne veut souffrir que de qui il lui plaît et qu’autant qu’il lui plaît, n’a point la véritable patience. Celui qui est vraiment patient ne discerne point si c'est son supérieur ou son égal ou son inférieur, ou un homme de néant, où un saintou un méchant qui le fait souffrir, mais il reçoit indifféremment de qui que ce soit tout le mal qui lui arrive, autant de fois et en quelque manière qu’il lui arrive ; il agrée tout comme venant de la main de Dieu et le tient pour un grand gain, parce qu'on ne peut rien souffrir, si peu que ce soit, pourvu qu'on le souffre pour l'amour de Dieu, qui soit sans mérite devant lui.

9. La seconde, de ne concevoir aucune aigreur ni mouvement de colère ou de vengeance contre celui qui vous fait du déplaisir. Soyez, dit l'abbé Agathon (3), comme une colonne immobile qui n’a point de sentiment des outrages qu'on lui

(1) S. Cath. Sen., orat. 49, — (2) Orat. 9 in fine. L. 3 de l’Imit. de J.-C , chap. 19. — (3) In vita PP. 2,17, c. 42, n. 2.

fait. La vengeance est un aveu de la douleur que vous avez reçue. Un cœur n’a rien de grand, s’il n’est à l'épreuve d’une injure (1).

3. La troisième, d'aimer celui qui vous offense, et bien loin de lui vouloir du mal, lui souhaiter toute sorte de bien. Aïmer ses amis, c’est une chose commune à tous; mais il n’appartient qu'aux chrétiens d'aimer leurs ennemis (2).

4. La quatrième, de lui témoigner cet amour par de bons effets. Faites du bien à ceux qui vous haïssent (3), rendez le bien pour le mal, les louanges pour les injures, les bons services pour les mauvais offices, et le respect pour les mépris. Rendre injure pour injure, c’est une vengeance humaine; mais aimer son ennemi et lui faire du bien, c’est une vengeance toute céleste (4). Oublier une injure, dit saint Chrysostôme, ef n’en rechercher point la vengeance, c’est une action d'un homme sage ; mais de dire du bien de ceux qui vous persécutent, c'est une action d'ange et une marque d’un grand amour pour Jésus-Christ (5). C’est se venger comme les saints, c’est se venger comme Dieu, qui fait tomber la pluie du ciel sur les bons et sur les mauvais. Vous devez tenir pour un singulier bienfuit l’occasion qui se présente en faisant du bien à votre ennemi, de moyenner un favorable accès auprès de Dieu et de racheter vos péchés (6). À l'exemple de ce saint anachorète dont parle Rufin dans la vie des Pères (7), qui sachant que quelqu'un avait mal parlé de lui, s’en allait aussitôt lui rendre quelque bon service si sa demeure était proche, et s’il était trop éloigné, il lui envoyait des présents.

(4) Senec., L. 3 deira, ©. 5. — (2) Tert., L. ad scap. — (3) S. Matth., $. — (4) S. Paul.,! ep. ad Sev. — (5) Hom. 22 in ep. ad Rom. — (6) Idem., hom. 4 in Genes, — (7) Lib, 3, n. 19.

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