‹ Le Guide des âmes scrupuleuses [microforme]Chapitre 11 sur 19 · REMEDES PARTICULIERS POUR LES SCRUPULEUX · texte numérisé non relu

REMEDES PARTICULIERS POUR LES SCRUPULEUX

d'après l'abbé Boudon (1)

Les confessions générales ne sont nullement opportunes aux scrupuleux. Répéter une inquiétude en fait naître dix autres.

Les beaux prétextes de conscience pour REVENIR EN ARRIERE ne manquent pas. À y regarder de près, ces prétextes voilent le vrai motif qui est l’amourpropre.

On doit donc interdire ces confessions, même simplement annuelles, aux scrupuleux; leur défendre d’aller plusieurs fois au saint tribunal avant de communier è leur ordonner d'aller à la sainte table, quand même ils penseraient avoir oublié quelque péché, qu’il leur sera suffisant de dire à leur prochaine confession; tenir la main à ce qu’ils communient quand on le leur a commandé, malgré toutes les difficultés que leur imagination leur pourrait suggérer.

(1) Henri-Marie Boudon, grand archidiacre d'Evreux, (France), un des grands mystiques du XVIIe siècle.

Une grande règle, c’est que les scrupuleux laissent de côté tous les péchés dont ils DOUTENT. Ils n’ont pas, sur ce point, l'obligation de ceux dont l'esprit est libre. Dire qu’ils en parlent pour plus de sûreté ne justifie en rien l’entêtement qu’ils mettent volontiers à le faire. Qu’on les fasse taire impitoyablement; qu’on leur défende de faire mention de leurs tentations, à moins qu’ils ne puissent jurer, sur les saints évangiles, qu’ilss sont sûrs d’y avoir adhéré avec une pleine liberté. On simplifiera tout ainsi, et la confession de ces pauvres malheureux cessera d’être une souffrance pour eux, une rude mortification pour leurs pères spirituels. Notre- Seigneur n’a pas institué le sacrement de la réconciliation pour en faire un instrument de torture morale. Un court et sérieux examen de conscience, une accusation droite et simple, c’est tout ce qu’il demande. Ne compliquons rien, et n’enle- VOns pas aux choses divines leur caractère de noblesse en les agençant selon l’étroitesse de nos esprits obscurs et chagrins.

Il faut encore éviter l’attache an propre jugement, renoncer à ses propres pensées, ne pas se conduire d’après ses sentiments personnels. Ne choisissons pas nos remèdes. Un médecin lui-même consulte un confrère, s’il se sent malade, Un avocat

demande avis en sa propre cause. La soumission d'esprit est absolument nécessaire. On gagne plus par elle que par toutes les discussions, consultations possibles, comme aussi par les austérités, les pratiques de dévotion qu’on croit devoir s’imposer.

Un scrupuleux se dit habituellement qu'il ne s'explique pas bien, que son confesseur le comprend mal. qu'on ne peut se rendre un compte exact de son état trop complexe et, sans doute, unique.

Suggestions de l'AMOUR-PROPRE.

C’est l'affaire du confesseur d'examiner s’il entend bien les choses, c'est celle du pénitent d'obéir avec fidélité.

Enfin il faut ailer généreusement contre les scrupules et prendre le contre-pied de ce qu’ils conseillent, faire le contraire de ce qu’ils ordonnent. Ils demandent qu’on répète une prière, qu’on assiste à wi seconde messe le dimanche : gardons-nous de le faire. Ils persuadent qu’on fait un sacrilège à chaque communion : que l’on communie tous les jours. Ils font penser que tel acte bon en «oi, sera, fait par nous, un péché mortel: que l’on fasse cet acte.

T’emploi de tous ces moyens guérira

l'âme et lui fera tirer grand profit spiri-

oo

tuel d’un état où trop souvent la piété s'anémie, le mérite s’annihile.

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