EFFETS
Des personnes serupuleuses, passons aux effets des scrupules. Ils sont au nombre
annee reg
ART MMMDLET RE da
de trois: l’aveuglement, l’indévotion et le relâchement. Si les scrupules proviennent de l’ignorance, ils contribuent aussi à la rendre plus générale et plus profonde ; ils confondent les limites du bien et du mal; ils enlèvent les barrières qui séparaient jadis la tentation du péché, et le plaisir du consentement; ils amalgament le péché mortel et le péché véniel d’une manière indissoluble; ils changent les préceptes en conseils, et les conseils en préceptes ; ils cessent d'appeler les choses par leur véritable nom, et encourent la malédiction du prophète en mettant ce qui est amer à la place de ce qui était doux, et ce qui est doux à la place de ce qui était amer. Un aveugle ne peut ni conduire um autre aveugle, ni suivre en sûreté sa propre route.
Le second effet des scrupules est l'IN- DEVOTION. Cela revient à dire que ce qui donne la mort à la dévotion est défavorable à la dévotion. Mais comment se fait-il que les scrupules tuent la dévotion ? Le voici: la dévotion, c’est la paix, les scrupules, c’est le trouble; la dévotion est simple, et leur nombre est ‘légion; la dévotion est docile, ils ne respirent que la désobéissance; la dévotion, c’est le culte de Dieu, les scrupules, c’est le culte de
soi-même: la dévotion trouve sa subsistance dans une nourriture saine, les scrupules ne vivent qu’en corrompant les aliments dont elle se nourrit. Tls empêchent la lumière de la prière d'entrer dans nos âmes troublées; ils interrompent l’action bienfaisante des sacrements, et les enchatnent en quelque sorte: ils obseurcissent notre foi, affaiblissent notre espérance et relâchent les liens de la charité; en un mot, ils produisent tous les funestes effets des tentations, sans en avoir les bons. Voici, à ce sujet, une histoire du cardinal de Vitry, citée par Sirius: Il y avait un pieux religieux de l’Ordre de Cfteaux, qui s’était follement mis en tête de recouvrer son innocence primitive. Je ne finirais pas si je voulais énumérer toutes les épreuves qu’il lui fallut subir. I] suffira de dire qu’il essayait en vain d’atteindre le but qu’il se proposait, et qu'il souffrait de s’en voir si éloigné. Si lorsqu'il mangeait, il trouvait un goût agréable aux aliments, il se désolait; si le moindre nuage de mauvaise humeur venait involontairement troubler sa sérénité Pabituelle, il en était vivement affecté. Tombait-il dans la plus légère imperfection, il Périgeait en péché mortel et demeurait abattu. De cet excès de scrupules il toba dans une profonde tristesse. et de
là dans le désespoir, ainsi qu'il arrive d'ordinaire aux personnes tristes. Toute espérance de salut étant ainsi perdue pour lui, il cessa de fréquenter les sacrements, car, comme dit saint Bernard, la tribulation avait engendré la pusillanimité, la pusillanimité le trouble, le trouble le désespoir, et le désespoir la mort. Is moines étaient profondément affligés. Oh! avec quelle ferveur ils recommandèrent à Dieu leur malheureux frère! Ils donnèrent à cet infortuné de sages conseils, ils lui adressèrent de sévères réprimandes:; mais tout fut inutile. Heureusement pour cet enfant égaré de saint Bernard, il rencontra une sainte sur son chemin, et Diea permit que la Bienheureuse Marie d’Oignies opérât un miracle en sa faveur, sans quoi, dit le cardinal de Vitry, il eût été infailliblement damné. Puis le même écrivain ajoute :
J’ai connu personnellement un homme qui, étant en proie aux scrupules, se lacéra la poitrine avee un couteau, et un autre qui, dans des circonstances analogues, s'était tué en se tirant un coup de pistolet dans la gorge. (C'est avec raison que le grave Bénédictin Louis de Blois à dit.
dans son style magistral: La crainte excessive et la pusillanimité déréglée, la profonde tristesse et les scrupuies superflus, les soucis inquiets et une «ollicitude parta-
gée entre mille objets divers, tels sont les obstacles que l’homme ascétique doit éviter.
Le troisième effet des scrupules est le RELACHEMENT. Vit-on jamais un homme scrupuleux sur un point qui ne fût pas relâché sur un autre? Les gens à scrupules sont les plus relâchés, et cela s’explique tout naturellement. D’abord, il semble que nous n’ayons qu’une certaine somme de conscience, et quand nous en avons dépensé trop dans une circonstance, nous nous trouvons à court dans une autre.
Si nous j’avons épuisée sur un devoir dont nous nous sommes exagéré l’importance, nous n’en avons plus à donner à nos autres devoirs ; aussi, il nous échappe des actions qui nous surprendraient, si nous pouvions les voir sous leur véritable point de vue.
Un homme qui s’est livré à un travail excessif est toujours plus dissipé en récréation. Ensuite les scrupules sont une tyrannie, une véritable oppression ; et la soumission poussée à bout a ses réactions.
ous sommes ainsi excités à chercher nos consolations dans les plaisirs du monde et dans les affections naturelles, dans tout ce qu’il y a de brillant, de beau, de tendre autour de nous. D’ailleurs, la conséquence de notre aveuglement est Que nous nous trompons d’adversaire, et que, nous sentant
trop fatigués quand il faut combattre notre véritable ennemi, nous rendons notre épée. Incapables de distinguer une chose d’une autre, nous nous refusons à admettre les circonstances les plus simples, et nous nous prêtons aux plus grossières extravagances. Si nous nous sommes trompés en faisant preuve d’un zèle indiscret dans nos austérités, nous tombons dans une erreur plus-grave encore en nous plongeant dans la mollesse. Un homme privé des jouissances spirituelles se consolera par l’abondance des plaisirs du monde. Or, qu'est-ce que cela, sinon du relâchement ?
Et ce sont généralement les scrupules que le démon nous envoie qui produisent ce résultat.