‹ Le guide des comices et des propriétaires [Texte imprime]Chapitre 6 sur 13 · ES E4C1KES ET DES EÉCOLTES VERTES · texte numérisé non relu

ES E4C1KES ET DES EÉCOLTES VERTES

Les vertus sont sœurs; les vices vont de compagnie; une amélioration en amène une autre ; ce sont là des vérités.

Si dans les pays où la terre est argilo' silicense , c’est-à-dire une argilemêlée de sable, vous employez la chaux, vous introduisez partout les racines.

Les 47^000 bœufs qu’on vend à Chollet et à Cuemillé (Maine-et- Loire) sont engraissés, dans un rayon de 3o kilomètres, avec des choux , des navets , des rutabagas , des betteraves , peu ou point de carottes.

Rien n’est meilleur, dans une ferme, que les racines. Avec elles, ou nourrit l’hiver à l’étable, et l’oii fait une grande quantité de fumier.

Commencez par i hectare, vous arriverez bientôt à 2; 3 et 4-

Je ne vous dirai rien de la culture de ces plantes, je ferais un livre. Mais comme je suis connu dans mon pays pour être un vieux mangeur de pommes de terre, je vous en parlerai.

De la pomme de terre. Croiriez-vous qu’il y a 4 k 5 départerneus eu France où on ne la cultive pas ? Elle vient à peu près partout, excepté dans la terre calcaire, la plus légère et la plus sèche.

Vous n’aurez pas des récoltes , comme j’en ai vu en Flandre et en Belgique , de 400 hectolitres à l’hectare; mais vous eu aurez au moins 60. Vous avez rarement des récoltes de blé qui vaillent ce mince produit.

En effet, 5 hectolitres de pommes de terre équivalent, pour la nourriture de l’homme, à i hectolitre de froment. C’est rare qu’on ait, sur une ferme , 20 hectolitres de blé par hectare. Eu France, la récolte moyenne est de 12.

Il y a plusieurs années, ou en mettait dans le pain ; je prouvai, dans un petit livre intitulé : le pain a i sou la livre, qu’on gâtait a bonnes choses.

! Voici, dans mon canton, comme on consomme les pommes de terre :

Si elle est bonne et sèche, elle doit rendre moitié, c’est-à-dire que \ kilog. de bourre contiendra 0''''-,500 de graine netlc- Cependant il arrive souvent qu’elle donne un peu moins.

Presque toujours la bourre est humide: remuez sonvent le tas, de crainte qu’elle ne s’échauffe.

Préservez-là des souris, qui en sont très-friandes et l’auraient bientôt dévorée. Quand elle est bien sèche , on la met en sacs.

Avant de la semer, frottez-là légèrement dans les mains, pour briser les pelottes et la rendre souple et légère.

Semez par un temps calm0,et mettez, en sus de ce que vous avez l’habitude de semer, environ 0'‘"-,!j0ü par 15 ares, ou 3'‘'‘-,500 par hectare. 11 y a toujours des bourres allachées les unes aux autres, ce qui n’arrive pas quand vous semez en grains.

le soir, la ménagère les fait cuire, elle les éci ase cbaudes avec une fourclielle de fer ; le matin, elle les jette dans la marmite, où elle a fait un bouillon comme de coutume.

Celte soupe est excellente. On en mange 2 fols par jour. On sert, aux repas, des pommes de terres chaudes, et tout le monde eu mange comme on mange du pain.

Dans les fermes où on a du lait , on coupe la pomme de terre, on en met dans la cuillère et on la remplit de lait : c’est délicieux.

Vous le voyez, désormais la disette est impossible : car la pomme de terre est un pain tout fait ; c’est le pain de la Providence, Elle fournit de Cà ]5 fois plus de nourriture que le grain.

Encouragez cette culture ; on n’en fait pas assez , même où l’on en fait beaucoup. Enfin, il y a 100,000,000 d’hommes en Eur.orE, qui ne vivent que de pommes de terre pendant 6 à 7 mois.

La pomme de terre nourrit et engraisse tous les animaux , moutons, chevaux, midets et betes à cornes (i).

(1) Ce qui empêche de nourrir les animaux à la pomme de terre, c’est qu’il faut la faire cuire dans un chaudron, à la crémaillère. Cela dépense trop de bois.

Si on la donne crue aux cochons, ils en gaspillent la moitié et n’engraissent pas.

Les bêtes à cornes n’en peuvent manger plus de 15 à 20 kilog. par jour, sans avoir une indigestion. Enfin elle ne fait pas grand effet sur les chevaux et les moulons.

Il faut administrer la pomme de terre cuite, et la faire cuire au four.

Voicicomme jefais : mon four tient2'"^‘,33 defarine de méteil, en grands pains.

Quand le pain est tiré, on fait brûler la moitié du bois qu’on a dépensé pour cuire le pain.

On tire la braise de chaque côté de la gueule du four, sans le balayer.

Je jette dans le four 10 hectolitres de pommes de terra, pesant 765 kilogrammes. (On donne la mesure comble, et l’hectolitre pèse 76'''i,50.

On amène la braise devant la gueule du four et on la ferme avec une porte en tôle. Quelques-uns mettent du fumier pailleux qu'ils arrosent fortement.

Cela se fait ordinairement le soir. !,e lendemain, sur les 9 à 10 heures, on ouvre et on prend une grosse pomme de terre sur le carreau (Celles de dessus sont toujours les !"=■ cuites) ; on la coupe avec un couteau: si elle crie, on referme le four. Ou revient : si elle ne crie plus, si on la coupe comme du fromage ou du Leurre dur, on laisse le four ouvert.

Pour les animaux, la pomme de terre ne doit pas être aussi cuite que pour l’homme; ils ont l’estomac plus fort. Celles cuites à la vapeur sont molles et pâteuses ; les miennes sont sèches et fermes.

On laisse les pommes de terre dans le four, et on les prend à mesure des besoins. Elles ont la consistance d’un marron bouilli. Si on est forcé de les tirer du four, il faut les faire manger dans les 58 heures ; sinon, elles se ramollissent et n’ont plus la meme saveur.

Elles engraissent, cuites ainsi, très-bien les porcs, les moutons et les chevaux.

Du topinambour. — C’est une plante peu cultivée, et qui mérite de l’être, particulièrement sur les sols et dans les climats où les racines ne prospèrent pas.

Elle aime la bonne terre et le fumier ; mais elle a l’avantage de donner une récolte sur un sol médiocre.

Le topinambour est du goût de tous les animaux; il les nourrit, les engraisse et leur donne surtout un appétit dévoi ant. On l’administre cru. Les livres disent qu’il est excellent pour les porcs : les miens n’en ont jamais voulu manger. ^

On le laisse l’hiver dans la terre, il ne gèle pas. Je l’emploie particulièrement à engraisser des moutons au printemps. Ils quitteront toute

Pour engraisser un bœuf qui est en cliair, il faut 73 jours au plus, à raison de 40 kilogrammes par jour : ce qui fait 6,000, ou 40 hectolitres. On donne à peu près 4a 5 kilogrammes de foin.

J’ai fait une expérience qui pouvait me coûter cher. Je voulus savoir si le bœuf pouvait crever en mangeant trop de pommes de terre cuites. J’avais 2 bœufs de race moyenne, âgés de 3 ans, grands mangeurs : on en donna à chacun 73 kilogrammes, depuis G heures du matin jusqu’à tO heures du soir; tout fut avalé. Ils n’eurent point d'indigestion ; mais, le lendemain, ils ne mangèrent rien du tout : ils furent gras dans .50 jours.

J’ai eu des bœufs de grande race, mais vieux, qui ont eu par fols des indigestions avec 40 kilogrammes. C’est rare.

On croit que la pomme de terre cuite débilite les animaux, les rend mous, leur ôte la force. Quelle erreur ! Voici ce qui m’est arrivé; vous pouvez me croire.

En 1824, les fourrages furent partout avariés par les pluies, ils étaient à moitié pourris. Il me fallait un attelage de 5 bêles, 2 chevaux et 3 mulets , qui travaillât tous les jours , pendant l’hiver et le printemps. J’étais fort ennuyé pour le nourrir

Je présentai des pommes de terre cuites (elles valaient Ot75' l’hectolitre): c’était à pou près rien. Les bêtes refusèrent. Je fis enlever la litière et défendis de leur rien donner.

Le lendemain, mêmecérémonie ; je pris la clef de l’écurie, de cr,ainte qu’on ne leur donnât du foin. Je faisais saupoudrer les pommes de terre de son, j’y jetai un grain d’avoine. Rien n’y fit; elles léchaient le son, et voilà tout.

Le 3= jour, je fus inquiet. On disait que mes bêtes crèveraient, qu’elles étaient crevées. Enfin, elles dévorèrent le soir les pommes de terre. Depuis, elles ont travaillé rudement, toujours en bon état, n’ayant que 1 kilogramme de foin et de pommes de terre.

Quand une bête n’a jamais goûté d’une nourriture, elle la refuse. Il faut être plus entêté qu’elle; il n’y a guères d’années que je ne me dispute avec quelqu’une.

Mais on peut, quand elles travaillent, leur en donner de crues et de cuites, mêlées de son et d’avoine; elles s’habituent facilement.

J’ai cru que celte note pourrait être utile à quelques propriétaires. Dans mon canton, beaucoup font comme moi. Vous pensez bien que j’ai publié cela dans mçs almanachs.

espece de nourriture pour celle-là. Mais je vous préviens que, 4^5 jours après que vous aurez commencé à les nourrir aux topinambours , il faut les saigner sous langue, à la queue et aux oreilles qu’on perce. Vous auriez à craindre des coups de sang, si vous ne le faisiez pas.

On arrache les topinambours quelques jours avant de les faire consommer. Quand ils sont secs, ou les balaye , on les roule, on les frotte avec un balai de brindilles, et on fait tomber la terre. Si elle est trop tenace , il faut les laver.

On les cultive comme la pomme de terre. Il faut les biner quand ils ont J de mètre de hauteur, ensuite ils étouffent l’herbe.

On les sème fin de mars ouen avril. Mais il convient de laisser la semence en terre; vieux arraché, le topinambour ne naît pas, ou prospère mal.

Je le sème à o“,35 (ou r pied) dans la ligne, et à o"',66 (ou 2 pieds) entre les ligues.

J’ai lu dans les livres qu’une fois semé sur un sol, il était inutile d’en se^ner l’année suivante, qu’il restait assez de semence. Cela est vrai, si on se contente de de récolte. Aussi, ajoutent les livres, quand il y eu a eu sur une terre, on ne peut pas l’en purger.

Qnand on change de culture, il en naît à la vérité quelques pieds parci par-là. Au mois de mai, quand la terre est mouillée, un homme arrache ces tiges; il eu nettoie 2 hectares dans un jour, et tout est dit: ou n’eu voit plus.

Quand vous arrachez à la fois une grande quantité de topinambours et que vous voulez les garder un peu de temps, mêlez-les avec de la terre ; sinon ils pourriraient.

Voici ma méthode : j’arra che mes topinambours; je laboure assez et de façon à mettre la terre en bon état. Je fume un peu, et je sème, comme si le champ n’eût pas été en topinambours. Quand on bine , on arrache dans la ligne et entre les lignes tout ce qu’il y a de trop. Je le cultive 4 ans de suite sur le même sol. C’est là ce qu’une longue expérience m’a appris.

Des récoltes vertes. Elles sont d’une grande l essource au printemps. Les granges sont vides, les pâturages ne sont pas venus , et le bétail souffre.

Le bon cultivateur a du trèfle incarnat et de la lupuline. Les uns sèment du seigle ; d’autres laissent monter quelques carrés de navels qu’ils coupent en fleurs.

Ceux-ci sement des vesces {garobes noires)-, ils y mêlent du seigle, de l’avoine, ou de l'orge d’hiver. Ceux-là sèment des choux ou. du colza, qu’on fait pâturer en février.

Ou a' ensuite une jachère d’été, c’esl-à-dirc qu’on prépare la terre pour le seigle et le froment.

Beaucoup sèment du mais l’clé, qu’on fait consommer avant les semailles; d’autres sèment la spergide, qui vient très-bien sur les argiles mêlées de sable.

Rien ne fait de fumier comme les récoltes vertes, consommées à l’étable; 1 kilogramme de plantes vei tes donne i kilogramme de fumier.

Tous ceux qui ont du Ijétail voudraient avoir, au printemps, de parcdles ressoui ces. Mais, h l’automne , ils n’y songent pas, ou ils en fout des lopins grands comme ma main : c’est avalé de suite.

Le travail et la prév'oyauce font la lortuue du laboureur.

au PITRE V.

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