DU BÉTAIL
J’ai dit quelque part : " Une ferme sans bétail est une eloehe sans hatail ; et le lermicr travaillera tout son soûl sans faire sonner les lüo sous. «
C’est la vérité. Le bétail est le nerf de la culture. Je suis vieux ; j’ai vu bien des fermiers s’euriebir par le bétail et beaucoup se ruiner avec la charrue.
Quelques-uns ont dit : « Le bétail est un mal nécessaire. » C’est une erreur. Ils n’ont jamais calculé ce ejue rend le bétail.
Voici I hectaïc en luzerne ; il nourrira 2 bêtes, i® Ces 'i bêtes donneront un liénélîce par l’accroissement, le trav'il ou l’engraissement; 2“ elles donneront du fumier, qui, porté sur une HUtre terre, en augmentera le produit ; 5° cet hectare, dans certaines années, donuera en graines une valeur qui excédera celle de i2 hectolitres de blé; 4“ cette terre s’améliorera et produira par le défrichement triple récolte.
Calculez tout, et vous concevrez quels sont les profits que donnent les prairies, les racines , les récoltes vertes, le bétail et le fumier. Mais si vous ne considérez qu’un des élémens du calcul , vous aurez un faux résultat.
Si le bétail est une machine à fumier, il est aussi une machine » argent. Il est vrai que nous voyons partout , dans les foires, de bien mauvais bétail; il donne un petit profit.
D’où cela vient-il? du défaut de nourriture. D’âge eu âge, de siècle en siècle , la misère l’a abâtardi.
L’amélioration des animaux est dans l’abondance de la nourriture. Pour améliorer les races , il faut les bien nourrir.
Si vous dépensez voire argent en achat d’aniniaus ctrangeis ou indi-
gènes , avant d’avoir pourvu à leur nourriture , vous bâtirez sur le sable, ou commencerez la maison par la couverture. Vous ne serez pas plus avancés dans loo ans qu’aujourd’hui. Vous éparpillerez l’argent qu’on vous donne, sans jamais écrire'sur le sol : « Le comice a passé là, »
Tout se tient en agriculture ; l’amélioration du sol amène celle des animaux. Mais c’est par la terre qu’il faut commencer, parce que tout vient de là.
Des chevaux. Le gouvernement a dans ses haras i,5oo étalons; il y en a 3oo qui sont approuvés et primés ; ils saillissent 5o,ooo jumens. Cette Statistique est incontestable.
C’est là le plus puissant des encouragemens ; l’industrie particulière ne fera jamais mieux. Cependant sur 1,200,000 jumens, il J a 180,000 naissances : d’où suit qu’il y en a i5o,ooo qui ne proviennent point des étalons royaux ou de ceux qui sont approuvés.
Le comice a des conseils à donner ; mais il ne doit accorder de primes qu’aux animaux qui ont du sang : c’est le sang seul qui donne lu durée ou la vie , la force et la vigueur.
De la race ovine. Les bergeries royales ont doté la France d’une race supérieure , spus tous les rapports. Le mouton métis-mérinos est bien conformé; il a du poids , et surtout un lainage supérieur, par la finesse et l’abondance.
Quand je vois cette race dans un certain rayon de Paris et dans une trop petite partie du âlini, je suis étonné que, de proche en proche, elle n’ait pas gagné de manière à couvrir aujourd’hui la France.
Mais non , elle paraît cantonnée. A quoi cela tient-il? à 100 raisons diverses. J’en indique 2 principales : la nourriture et les soins.
1° Chaque animal consomme suivant son poids. Si le métis pèse plus , il lui faudra plus de nourriture ; s’il a plus de laine , il consommera encore davantage.
2“ Toute race exotique exige plus de soins que la race Indigène. Pour prospérer, l’une a besoin d’une attention soutenue , l’autre est façonnée à la misère.
Dans beaucoup de plaines calcaires , on nourrit 1 mouton par hectare; on ne nourrirait pas 1 métis par 2 hectares , dans l’état actuel de la culture. Mais si vous l’améliorez , je ne dirai pas non.
Ainsi, de tous les problèmes d’économie rurale, ce sera toujours celui de l’amélioration du sol qu’il faudra résoudre le i”- Dites ce que vous voudrez, faites ee que vous pourrez , tout sera inutile et sans effet, dans I an comme en 1,000, si vous ne commencez par là.
Je ne conseille donc point aux comices de tenter d’introduire partout le métis-mérinos. Voici pourquoi ; Les comiees sont institués pour ensei-
gncr ragriculturc au peuple. Le monsieur qui cullivc , voyage , lit , s’iiitruil et juge lui-même.
Si le comice a de 1 influence sur lui et qu’il le détermine , ce sera bien et très-bien. Cet homme prêchera d'exemple, et c’est ce qu’il faut. S’il réussit , ses voisins l’imilerout.
Mais prétendre que le peuple commencera , c’est une erreur, une illusion , un défaut de connaissance des hommes.
Essayez d’améliorer les races indigènes. Mais c’est encore d’une extrême difficulté. Yoici pourquoi : dans les campagnes, les journaliers, les artisans, les petits propriétaires, ont , dans beaucoup de pays, des troupeaux de 5 à 12 hetes ; ils choisissent leur bélier parmi leurs agneaux.
Ainsi les races se perpétuent, sans être jamais ni meilleures ni pires en poids et en lainage. Vous ne changerez pas cette habitude ; ce qu’ils ont fait, ils le feront. Vous ne les délermlnetez poiut à mettre de 3o à 5o^ dans un bélier pour si peu d’ouailles.
Riais le comice peut agir sur les fermes : s’il est un pays qui soit composé de grandes ou de moyennes fermes, sa tâche sera plus facile; il peut arriver à une amélioration notable, avec des soins, un peu d’argent, et surtout par l'exemple.