‹ Le guide des égarés; (volume 2)Chapitre 17 sur 117 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

On sait qu'il y a des individus humains dont les visages ont des formes semblables à celle appartenant à l’un des autres animaux, de sorte que tu vois tel individu dont le visage ressemble en quelque sorte à la face du lion, tel autre qui a pour ainsi dire une face de bœuf, et ainsi de suite (); c’est d’après ces

un pieu elc. sont écrits en hébreu, ce qui pourrait faire croire qu’ils sont tirés d’un passage talmudique relatif au Ma’asé mercabâ ; mais j'ai vainement cherché un pareil passage, et il faut croire que l’auteur asimplement employé ici une locution rabbinique très-usitée de son temps et qui lui servait à caractériser la haute importance de la vision d’Ézéchiel. C’est aussi l’avis de M. le grand rabbin Klein, que J'ai consulté à cet égard et qui m'a indiqué un passage du Talmud de Jérusalem, traité Berakhôth, chap. IV (fol. 19 a), où, au sujet de l’élévation de R. Éliézer ben-Azaria à la dignité de nâsi, il est dit : n2 n39nn9 sn: 5 ww DN Vin. Les mots 5 pws b5nw pt sont analogues à ces mots du livre des Juges (XVI, 26) : Dm5p 122 N27 SUN D'IDYA.

(1) Maïmonide, en abordant son explication à demi-mot de la vision d’'Ézéchiel, dans laquelie il semble retrouver les principales doctrines cosmologiques des péripatéticiens arabes, croit devoir indiquer en premier lieu ce qu’il faut entendre par les quatre visages attribués à chacune des quatre ’hayyôth, ou figures d'animaux (Ézéchiel, 1, 10), dans lesquelles il voit les sphères célestes, ramenées à quatre, celle de la lune, celle du soleil, celle des cinq autres planètes et celle des étoiles fixes. Voy. la Ile partie de cet ouvrage à la fin du chap. 1x, et chap. x, p. 82 et suiv. Le prophète prête aux ’hayyôth un visage d'homme, un visage de lion, un visage de bœuf et un visage d’aigle, et en fait ainsi les représentants de ce qu’il y a de plus noble parmi les différentes espèces d'animaux. Selon notre auteur, les trois visages d'animaux irraisonnables sont également des visages d’homme; mais il ne nous dit pas pourquoi il insiste là-dessus, et il nous laisse à deviner ce qu’il entend par le symbole des quatre visages. Nous croyons que l’auteur fait allusion aux quatre causes du mouvement des sphères, indiquées selon lui par les quatre ailes (v. 6), et dont il a parlé aux chap. 1v et x de la Ile partie ;

figures approchant de celles des faces des animaux que les hommes reçoivent des surnoms (1). C’est ainsi que les mots face de bœuf, face de lion, face d'aigle (Ézéchiel, 1, 10), ne dési-

ce sont : la figure de la sphère, c’est-à-dire sa sphéricité, son âme, son intellect par lequel elle conçoit, et l’Intelligence séparée, objet de son désir (voy. t. II, p. 88). Dans le monde sublunaire, l’homme est le seul être dans lequel se retracent ces quatre causes du mouvement; l’homme seul possède une âme douée de conception et un intellect, qui sont mis en mouvement par le désir de s’unir avec l'intelligence séparée, c’est-àdire avec l’intellect actif universel; et à ce point de vue, le mouvement de l’homme n’a rien de commun avec celui des animaux irraisonnables et ne peut être comparé qu'au mouvement circulaire des sphères. Cf. t. 11, chap. 1v, p. 52. L’explication que nous venons de donner est indiquée par Samuel ibn-Tibbon dans son traité Yikkawou ha-maïm, chap. XI, p. 47 : Dn9 w D52w toawa NÔN ta 55 w237 jy DN 5 0057 99 07N 5. Nous laissons de côté d’autres explications données par Moïse de Narbonne et Éphôdi, et qui se rapportent à ce que l’auteur. a dit sur les quatre forces émanées des quatre sphères et agissant sur les quatre éléments (t. IT, chap. x, p. 89); ces explications n’offrent aucun intérêt ni pour la science, ni pour son histoire, et nous nous bornerons à ce qui est strictement nécessaire pour l’intelligence des paroles obscures de Maimonide, —Au reste, toute l’interprétation que Maïimonide donne ici, à mots couverts, de la vision d’'Ézéchiel, est basée, comme nous l'avons dit, sur la cosmologie péripatéticienne ; mais si le prophète, comme il est probable, s’est servi de symboles astronomiques, il n’a pu les emprunter qu’à l'astronomie de son temps, et il faudrait s’adresser à la science chaldéenne pour en trouver l’explication. Isaac Abravanel a renversé de fond en comble l'interprétation de Maimonide en faisant observer avec raison que, si c’était là le sens de la vision d’Ézéchiel, il n’y aurait pas lieu d’en faire tant de mystère, puisqu'il ne s'agirait que d’une science qui est enseignée dans toutes les écoles de philosophie et qui est familière aux savants de toutes les communions. Voy. la seconde Préface d’Abravanel au livre d'Ézéchiel et son commentaire sur le chap. I de ce même livre; cf. aussi le commentaire d’Abravanel sur diverses parties du Moré Neboukhîm, He liv., fol. 48 et Suiv.

(1) C’est ainsi, comme le fait observer Abravanel (1. c., fol. 53 b), que Juda est appelé un jeune lionceau (Genèse, XLIX, 9), et Joseph un taureau (Deutéronome, XXXIIT, 17; Genèse, XLIX, 6).

gnent autre chose qu’une face d'homme, inclinant vers les figures de ces espèces. Deux preuves viennent à l'appui de cela : la première, c'est qu'après avoir dit des ’hayyôth (figures d'animaux) en général : Et voici leur aspect, elles avaient une figure humaine (ibid., v. 5), il dit de chacune des ’hayyôth qu’elle avait une face d'homme, une face d’aigle, une face de lion, une face de bœuf. La seconde preuve, c’est lexplication qu'il donne dans la seconde mercabd, ayant pour but d’expliquer certaines choses qui étaient restées obscures () dans la première, car dans la seconde mercabé, il dit : ils avaient chacun ®) quatre faces, 1° une face de chérubin, 2° une face d'homme, 5° une face de lion, 4° une face d’aigle (Ezéchiel, X, 14). 1 à donc dit clairement que ce qu’il avait appelé d’abord face de bœuf, c’est la face de chérubin; mais le mot 5535 (chérubin) désigne un homme d’un âge tendre (). De là on peut conclure aussi sur les deux autres faces 4). S'il a ici omis () la face de

(4) Le verbe arabe RAR est inexactement rendu dans la version d’Ibn-Tibbon par 5t) NOW, qui n'avaient pas élé mentionnées. Ibn-Falaquéra fait observer avec raison qu’il fallait dire : \H9y:w 012. Voy. Append. du Woré ha-Moré, p. 156.

(2) C'est-à-dire : chacun des chérubins, car les êtres qui dans la première vision sont appelés ’hayyôth (animaux) s'appellent dans la seconde vision chérubins. Cependant, c’est évidemment à tort que Maïmonide rapporte le verset 14 du chap. X aux chérubins, ou, ce qui est la même chose, aux ‘hayyôth; car il ressort de l’ensemble du discours que dans le verset en question les quatre faces sont attribuées aux roues (ophannim), et non pas aux chérubins. Voy. le commentaire d’Abravanel sur Ézéchiel, chap. T, v. 5, et chap. X, v. 14.

(3) L'auteur parait faire allusion à un passage du Talmud, traité "Haghigà, fol. 13 b : Pi 5222 J5Ù N°279 VON 7 IDN 2172 VND N°27 ND. « Que signifie Keroub ? Rabbi Abahou dit comme un enfant (KE-RABYA), Car en Babylonie on appelle l'enfant raByA. »

(4) C'est-à-dire : puisque les deux premières sont des faces humaines, les deux dernières le sont également.

(5) Tous les mss. portent : sw 935 nn NN; l’auteur parle de omission faite, dans la seconde vision, de la face de bœuf et de son rem-

bœuf, c'est aussi pour appeler l’attention sur une certaine étymologie, chose à laquelle nous avons déjà fait allusion (). II ne serait pas permis de dire qu’il s’agit peut-être ici de la perception d'autres figures, car, à la fin de cette seconde description, il dit : C’éfait la ’nayya (l'animal) que j'avais vue sous le Dieu d'Israël, près du fleuve de Chaboras (1bid., X, 20). — Voilà donc éclairci ce que nous avons cru devoir expliquer en premier lieu ().

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