VI PRÉFACE
découle principalement de l’ignorance de l’homme, à qui le voile de la matière intercepte la connaissance du suprême bien ou de Dieu. Si l’on considère les maux qui frappent l'individu humain ou l'humanité, on trouvera que, la plupart du temps, ils sont l’œuvre de l’homme. L'homme d’ailleurs n’est qu’un atome dans l'univers, et il ne peut être le but final de la création. Si donc il nous paraît quelquefois atteint par des maux qui viennent du dehors, sans quil ait pu les prévoir et les éviter, cela ne saurait nous empêcher de voir dans la création le bien absolu ; car tout est nécessairement émané de la sagesse divine ou de la volonté divine, sans que nous soyons capables de nous rendre un compte exact du but final de la création.
Abordant ensuite la question de la Providence et du libre arbitre, l’auteur écarte ce qu'ont enseigné à cet égard les philosophes anciens et les théologiens musulmans. Quatre opinions principales sont énumérées, dont Maïmonide fait ressortir les erreurs ou les inconvénients. La seule vraie est la cinquième, qui est celle des prophètes et des docteurs juifs. Elle reconnaît la liberté de l’homme dans le sens le plus absolu ; par son mérite ou son démérite, l’homme appelle sur lui la faveur divine, ou porte la peine de sa désobéissance aux lois éternelles prescrites par le sentiment moral. La Providence, selon Maïmonide, ne descend sur les individus que dans l’espèce humaine , douée de la raison et du sentiment du devoir, qui sont émanés tous deux de lintelligence divine. Partout ailleurs elle ne veille que sur la conservation des genres et des espèces, et néglige les individus, soumis aux seules lois de la nature. Toutefois, tous les individus humains ne jouissent pas au même degré de la protection spéciale de la Providence, et elle est proportionnée aux différents degrés de perfection que l’homme a su alteindre sous le rapport de l'intelligence et du sentiment moral. Restela prescience divine, qu’il nous paraît si difficile de concilier avec la liberté humaine; Maïmonide reconnait tonte la difficulté de ce problème, qui a toujours préoccupé les théologiens et les philosophes et qui n’a pu être résolu d’une manière satisfaisante. Nous ne pouvons douter de l’universalité de la science divine , qui est infinie par rapport à l’espace et au temps; mais, si elle offre à notre intelligence des problèmes qui nous paraissent insolubles , c’est qu’il nous est impossible de nous en former une idée nette et précise, et qu’elle est aussi incompréhensible pour nous que l'essence de Dieu elle-même, parce que nous n’en jugêons que par notre science à nous, avec laquelle elle n’a rien de commun que le nom seul.
Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps à ces considérations