PRÉFACE. VII
métaphysiques et morales ; le lecteur trouvera d’ailleurs dans l'analyse détaillée des chapitres que nous donnons ci-après, tous les points particuliers qui peuvent l'intéresser dans ce volume. Nous ne faisons ressorlir ici qu'un seul point : c’est la manière originale et ingénieuse dont l'auteur cherche à motiver toutes Les lois mosaïques par des considérations philosophiques et historiques. Les lois dont nous ne pouvons nous rendre compte au moyen de la seule raison, et notamment celles qui concernent les pratiques religieuses, trouvent leur explication dans les pratiques des anciens peuples de l'Orient. Celles-ci, Moïse les a maintes fois conservées par condescendance pour l'esprit de l’époque, quand elles ne pouvaient porter aucun préjudice à sa doctrine religieuse et morale; mais il les a combattues à outrance, quand elles pouvaient d'une manière quelconque favoriser les superstitions païennes, nuire à la croyance monothéiste et troubler le vrai sentiment religieux et moral. C’est par cette méthode que Maïmonide explique un grand nombre de prescriptions mosaïques ; les sacrifices, par exemple, si peu dignes du Dieu de Moïse, notre auteur les croit institués par ce seul motif que, du temps de Moïse, les Hébreux, comme les peuples païens, ne pouvalent se figurer un culie divin sans sacrifices , et que c’était là, selon eux, la seule manière de manifester sa soumission à la Divinité. Il en est de même d’une foule d’autres pratiques dont ia raison seule ne saurait expliquer les motifs. Maïmonide s'était procuré une connaissance assez étendue des rites religieux de l’ancien paganisme oriental, en lisant tous les livres que les Arabes possédaient sur cette matière. « J’ai lu, dit-il dans une de ses letires, tout ce qui est relatif à l’idolâtrie, et je crois qu'il ne reste aucun livre sur cette matière, traduit en langue arabe, que je n’aie lu et médité. Par ces livres, j'ai compris les motifs de tous les préceptes mosaïques , qu'on pourrait croire avoir été décrétés par la volonté de Dieu, sans qu’il soit permis d’en deviner les motifs. » Il énumère lui-même, au chapitre XXIX de cette troisième partie, un certain nombre de ces livres dans lesquels il avait étudié les rites des païens, ou, comme il s'exprime, des Sabiens, nom par lequel les auteurs arabes de son temps désignent en général tous les anciens païens ou idolâtres. Le livre qui iui a fourni le plus de renseignements, c’est le vaste ouvrage connu sous le nom d’Agricullure nabatéenne, qu'il croyait remonter à une très-haute antiquité, et dont les Arabes possédaient une prétendue traduction. C'est surtout grâce à Maïmonide que celivre, qui existe encore dans quelques bibliothèques, a été d’abord connu aux savants d'Europe, qui, en partie, croyaient à sa haute antiquité et le considéraient comme un trésor inappréciable pour l'étude de ia religion des