‹ Le guide des égarés; (volume 2)Chapitre 26 sur 117 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La matière est un grand voile (%) qui empêche de percevoir l’Intelligence séparée ®), telle qu’elle est, füt-ce même la matière la plus noble et la plus pure, je veux dire la matière des sphères 5), et à plus forte raison cette matière obscure et trou-

(1) Les mots 3195958 5} signifient selon ce qui est écrit, c’est-à-dire, selon la leçon écrite, que les masorèthes appellent kethtb; car dans la lecture on prononce 325%". [bn-Tibbon aurait mieux fait d'employer ici le terme chaldaïque 2n5, consacré par la Masora, la forme hébraïque 2n9n pouvant donner lieu à un malentendu; en effet, M. Scheyer traduit les mots 53h91 95 par in der Schrift (dans l'Écriture sainte). Al- Harizi traduit : 5n23% 5 y.

(2) La version d’Ibn-Tibbon, 557 Dhs, n’est pas tout à fait exacte; Al-Harîzi traduit plus exactement : 357 nt 212.

(3) Le mot 3Nin signifie ce qui intercepte (la vue), obstacle, voile. Ibn- Tibbon le rend par deux termes : y3 D) no nvnt (Cf. Huit Chapitres, ou Introduction au traité Abôth, chap. VII, où Ibn-Tibbon rend le mot arabe 3Nin par nu); l’idée d’empêchement, y, est exprimée dans l'original arabe par la préposition }ÿ; Al-Harizi traduit: Sanson Down mes 525 bin pb ny nn.

(4) Le texte arabe a seulement le mot PINDDON ; ce qui est séparé, ro zz4wp1cuévor, terme qui désigne Dieu et les autres substances spirituelles. Voy. le tome IT, p. 31, note 2.

(5) C'est-à-dire, celle qu'on a appelée éther ou le cinquième corps. Voy. le tome II, page 25, note 1. L'auteur veut dire que même les sphères et les astres, qui ont une matière très-subtile, sont empêchés par celle-ci de percevoir les Jnielligences séparées dans toute leur réalité.

ble qui est la nôtre. C'est pourquoi, toutes les fois que notre intelligence désire percevoir Dieu, ou l’une des Intelligences (séparées) 4), ce grand voile vient s’y interposer. C'est à cela qu'on fait allusion dans tous les livres des prophètes, (quand on dit) qu'un voile nous sépare de la Divinité et qu’elle nous est dérobée par une nuée, par des ténèbres, par un brouillard, ou par des nuages, et d’autres expressions semblables, faisant allusion à ce que, à cause de la matière, nous sommes incapables de percevoir Dieu. C’est là ce qu’on a eu en vue en disant : Une nuée et un brouillard sont autour de lui (Ps., XCVIT, 2), où l’on fait entendre que l’obstacle est dans l’opacité de notre substance, et on ne veut pas dire que Dieu soit un corps entouré de brouillard et de nuages qui empêchent de le voir, comme le porte le sens littéral des mots de l’allégorie. La même allégorie est encore répétée dans les mots : 1} fait des ténèbres son enveloppe (Ps., XVIII, 12). De même, quand {on dit que) Dieu se manifesta dans une nuée épaisse, dans les ténèbres, la nuée et le brouillard @), on doit également y voir une indication de cette idée; car tout ce qui est perçu dans une vision prophétique n’est qu'une allégorie pour indiquer une certaine idée. Bien que cette scène grandiose (du Sinaï) fût plus grande que toute autre vision prophétique et en dehors de toute analogie 6), elle n’est pas cependant sans indiquer une idée, notamment quand Dieu se manifeste dans une nuée épaisse (Exode, XIX, 9); mais on veut faire remarquer que la perception de son véritable être nous est impossible, à cause de la matière ténébreuse qui entoure notre être, et non le sien; car lui, le Très-Haut, n’est pas

(1) Les éditions de la version d’Ibn-Tibbon portent : nn 79 NNN; il faut écrire: b‘55wn 9 “NN, comme l'ont généralement les mss. de cette version.

(2) L'auteur, par ces mots, fait allusion à la révélation de Dieu sur le mont Sinaï. Voy. Exode, chap. XIX, v. 9; Deutéronome, chap. IV, v. 11.

(3) Voy. la Ile partie de cet ouvrage, chap. xxx111.

un corps. On sait d’ailleurs, et c’est une chose très-connue dans notre communion , que le jour de la scène du mont Sinaï fut un jour de nuage, de brouillard et de pluie fine, comme il est dit : Éternel ! lorsque tu sortis de Séir, lorsque tu t’avanças de la campagne d'Édom, la terre trembla, les cieux dégouitèrent et les nuages distillèrent de l’eau (Juges, V, 4). Il se peut donc que ce soit là ce qu’on ait voulu dire par les mots fénébres, nuée: et brouillard (Deutér., IV, 11), et non pas que les ténèbres entouraient la Divinité; car auprès de Dieu il n’y a pas de ténèbres, mais au contraire la lumière resplendissante (1) et permanente, dont l’épanchement éclaire toutes les ténèbres (), comme il est dit dans les allégories prophétiques : Et la terre était éclairée par sa gloire (Ézéch., XLIL, 2).

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