CHAPITRE XLIIL
Les commandements que renferme la huitième classe sont ceux que nous avons énumérés dans le livre Zemannim (des temps ou des époques). Tous, sauf un petit nombre, sont clairement motivés dans le texte (biblique).
+ Quant à l'institution du sabbat, le motif en est trop connu pour avoir besoin d’être expliqué. On sait que, d’un côté, c’est le repos; on a voulu que chaque personne püt consacrer la septième partie de sa vie au plaisir et se reposer des fatigues et des peines auxquelles personne, ni petit, ni grand, ne peut échapper. D’un autre côté, on a voulu perpétuer dans les générations une grande et très-importante doctrine, celle de la nouveauté du monde (4). P
L'institution du jeûne du jour des expiations est également ‘bien motivée, car il sert à établir l’idée de la pénitence @), C'est le jour où le prince des prophètes apporta du Sinaï les secondes lables aux Israélites et leur annonça le pardon de leurs grands péchés G), Ce jour devint donc à perpétuité un jour de pénitence uniquement consacré au culte. C’est pourquoi on doit s’abstenir en ce jour de toute jouissance corporelle et de toute occupation relative à des intérêts matériels, je veux parler des travaux industriels. On doit se borner (ce jour-là) aux confessions, c'est-à-dire à confesser ses péchés et à s’en repentir.
(1) Voy. le tome II, chap. xxx1, où l’auteur parle également du double motif de l'institution du sabbat.
(2) Voy. Lévitique, chap. xxui, v. 27 et suiv.; Nombres, chap. xxix, Ÿ. 7 et suiv.
(3) Voy. Exode, chap. xxx1v, v. 27-29. Selon la tradition, les quarante jours que Moïse passa une seconde fois sur le mont Sinaï comptent à partir du premier Eloul jusqu’au 10 Tischri, jour auquel Moïse vint annoncer aux Hébreux que le péché du veau d’or était pardonné. Voy. Pirké R. Éliérer, chap. XLVI. |
Les jours de fête sont tous destinés aux réjouissances et aux réunions amusantes, qui généralement sont nécessaires à l’homme, et ont aussi l'avantage de cimenter les amitiés qui doivent s'établir entre les hommes dans les sociétés civiles. Chacun de ces jours est particulièrement motivé.
Le sujet de la Pâque est très-connu; si elle dure sept jours, c’est parce que la période de sept jours est une période moyenne entre le jour naturel et le mois lunaire (1). Tu sais aussi que cette période joue un grand rôle dans les choses physiques @). C’est pourquoi il en est de même dans les choses religieuses ; car la religion imite toujours la nature et complète en quelque sorte les choses physiques. En effet, la nature n’a ni pensée, ni réflexion, tandis que la religion est la règle et le régime émanant de Dieu, dont tout être intelligent tient son intelligence. Mais ce n'est pas là le sujet de ce chapitre; nous revenons donc aux sujets dont nous nous occupons ici.
La fête des Semaines est le jour de la révélation de la At Pour glorifier et honorer ce jour, on compte () les jours à A de la premiére des fêtes jusque-là, comme quelqu'un qui attend l’arrivée de son meilleur ami et qui compte les jours et les heures. C'est là la raison pourquoi on compte le ‘omer ®) à partir
(1) C'est-à-dire , les jours correspondent à une révolution apparente du soleil et la période de sept jours correspond aux phases de la lune.— Pour 505% On, Ibn-Tibbon a mis ‘#w1w# D\n. Cf. Ibn-Falaquéra, Append. du Moré ha-Moré, p. 158.
(2) Notamment dans les crises de certaines maladies, selon e théories des médecins arabes,
(3) La Pentecôte, appelée dans l’Ancien Testament fête des Semaines, ést, selon la tradition, l'anniversaire de la Révélation sur le Sinaï.
(4) Au lieu du nom d’action y, quelques mss. ônt le verbe ny (& RS); de même Ibn-Tibbon : D't9® 393. et AL-Harizi: D 990. Mais pour que cette leçon fût admissible, il aurait fallu dire au commencement de la phrase pynb1, ou Dyn 5in 1.
(5) C'est-à-dire, pourquoi on compte les jours à partir de l’oblation
du jour de la sortie d'Égypte jn:qu’au jour de la révélation de la Loi, qui était le véritable but de cette sortie: Et je vous ai amenés vers moi (Exode, XIX, 4). Ce grand spectacle ne dura qu'un jour, et de même on en célèbre le souvenir chaque année pendant un jour, Mais, si l’on ne mangeait le pain azyme que pendant un jour, on ne s'en apercevrai! point, et la chose qu'il a pour objet de rappelcr ne deviendrait pas manifeste; car il arrive souvent qu'on prend la même espèce de nourrilure pendant deux ou trois jours. Ce n'est qu'en continuant de le manger pendant une période complète que la chose qu'il a pour objet devient claire et la signification manifeste.
Pe nème, la fête du commencement de l'année ® ne dure qu'un Jour, car c’est un jour cù les hommes doivent faire pénilence et se réveiller de leur indolence. C'est pour celte raison qu'on sonne du schoplhar (cor) en ce jour, comme nous l'avons exposé duns le Wischiné Tôrà À). c'est en queïque sorte une préparation et une ouverture pour le jour de jeûne; aussi vois-lu que c'est un usauC traditionnel, Lés-répandu dans notre communion, d'observer les dix Jours à partir du commencement de l'année jusqu'au jour des expialions.
La fête des Cabanes, consacrée à la gaîté et à la réjouissance, dure scpt jours pour en faire bien connaître l'objet. La ra son pourquoi on la célèbre dans celte saison %) est expliquée dans la Loi : Quand tu auras recueilli des champs les produits de ton travail (Exode, XXII, 16), c'est-à-dire au moment où, libre de
d’un omer de b'é comme prémices. Voy. Lévitique, chap. xxrir, v. 15. Selon la tradinon rabbinique, cette oblation avait lieu le lendemain de la fête de Pâqne, ou le second des sept jours que dure cette fête.
(1) C'est-à-dire, la fête célébrée le premier jour du septième mois (Lévitique, chap. xxur, v. 24: Nombres, chap. xx1IxX, v. 1), et dont la tradition a fait plus tard le premier jour de l’année ct l'anniversaire de la création. Voir Palestine, p. 194.
(2) Livre I, traité Teschoubà, de la pénitence, chap. it, $ 4.
(3) C'est-à-dire, dans la même saison que la fête du commencement de l'année, ou dans l’automne.
Lu
soucis, tu {e reposcras des travaux nécessaires. Aristote déjà a dit dans le neuvième livre de l'Éthique que c'était là, à ce qu'il paraît (1), un usage très-répandu parmi les nations dans l’antiquité,. Voici comment il s'exprime : « Les sacrifices et les réunions {solennelles), chez les anciens, avaient lieu après la récolte des fruits; c'étaient en quelque sorte des sacrifices d'actions de grâce pour le repos ®). » Telles sont ses paroles. Ensuite on peut facilement habiter la sucea (cabane), dans cette saison, où il n’y a ni forte chaleur ni pluie incommode.
Les deux fêtes des CabaneS'et de la Päque ont chacune pour objet une croyance et une pensée morale. En fait de croyance, la Pèque à pour objet de rappeler les miracles d'Égypte et d'en perpétuer le souvenir dans toutes les générations, et la fête des Cabanes, de perpétuer à jamais le souvenir des miracles du désert. La pensée morale, c'est que l’homme, dans le bien-être, doit se rappeler les jours de détresse, afin d'en manifester à L'ieu toute sa reconnaissance et d'y puiser des leçons de soumission et d'humilité. Nous devons donc manger, pendant la fête de Pâque, des pains azymes et des herbes amères, afin de nous rappeler ce qui nous est arrivé. Et de même, nous devons quitter les maisons et demeurer dans des cabanes, comme fout les
(1) Le mot Eh), que nous traduisons par à ce qu'il paraît, se trouve dans tous les mss. ar., mais a été omis par les deux traducteurs hébreux. IL signilie : selon eux, c’est-à-dire, selon l’opinion des Grecs, et paraît correspondre au mot pziysy=z dans le passage d’Aristote cité ci-après.
(2) Ce passage est tiré à peu près textuellement, non du neuvième (comme le dit l’auteur), mais du huitième livre de l’Éthique à Nicomaque, chap, 11; en voici le texte grec: ui y4p wpyatiat Duaiar zui auvodor puivoytar Juice piré Tûs To zupros cuyroudde 0709 érapyai * padisru yÈp Èv TobTots écyoha£oy vois awroniç. — On pourrait croire que l’ordre des livres de l'Éthique, dans la version arabe, différait de celui de nos éditions; mais dans le commentaire d'Ibn-Roschd sur l'Éthique, dont nous avons la version hébraïque, l’ordre des livres est le même que dans celui du texte grec, et le passage indiqué par Maïmonide se trouve au Ville livre. Cf, ci-après, au commencement du chap. xzix.
malheureux habitants des campagnes et des déserts, afin de nous rappeler que telle fut jadis notre situation, — (afin que vos générations sachent) que j'ai fait demeurer les enfants d'Israël dans des cabanes (Lévitique, XXII, 43), — et que, par la bonté de Dieu, nous avons été tirés de là pour aller habiter de splendides maisons dans une des plus belles et des plus fertiles contrées de la terre, en vertu des promesses qu'il avait faites à nos ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob, hommes parfaits par leurs croyances et leurs vertus. En effet, c’est là aussi un des pivots de la religion, je veux dire (la croyance) que tout bienfait que Dieu nous accorde ou nous a accordé n’est dû qu’au mérite des patriarches qui ont observé la voie de l’Éternel en pratiquant la vertu et la justice (1).
La raison pourquoi la fête des Cabanes se termine par une seconde fête, qui est le huitième jour de clôture, c’est pour qu'on puisse en ce jour compléter les réjouissances auxquelles on ne saurait se livrer dans les cabanes, mais seulement dans les habitations spacieuses et dans les grands édifices.
Quant aux quatre espèces (de plantes) formant le Zoulab @), les docteurs en ont donné une raison, à la manière des draschôth G), dont la méthode est connue de tous ceux qui savent comprendre les paroles des rabbins ; ce sont chez eux comme de simples allégories poétiques, et ils ne veulent pas dire que ce
(4) La phrase hébraïque que l’auteur emploie ici est tirée de la Genèse, chap. xvur, v. 19; cf. Deutéronome, chap. vi, v. 8, chap. 1x, v. 5, et chap. x, v. 15.
(2) L’auteur emploie ici le mot loulab (23535) pour désigner tout le faisceau composé de quatre plantes. Voy. Lévitique, chap. xxnx, v. 40; ce mot chaldéen désigne proprement : la branche de palmier, faisant partie des quatre plantes. Voy. Palestine, p. 188.
(3) Voy. le tome I, Introduction, p. 45, note 1. Dans le Midrasch, Wayyikra rabba, sect. 30 (fol. 171, col. 1), on donne plusieurs interprétations allégoriques des quatre plantes, et c’est à ces allégories que l’auteur fait ici allusion. Cf. Isaac Arâma, ’Akédä, chap. 67 (édit. de Presbourg, in-80, t. III, fol. 424 b à 126 b).
soit là réellement le sens du texte 4), On a considéré les draschôth de deux manières différentes : les uns se sont imaginé que ce que les docteurs y ont dit est l'explication du véritable sens des textes ; les autres, méprisant ces explications, en ont fait un sujet de plaisanterie, puisqu'il est de toute évidence que ce n'est pas là le sens du texte. Les premiers @) ont obstinément combattu pour défendre, selon leur opinion à eux, la vérité des draschôth 8), croyant que c’était là le vrai sens du texte (biblique), et qu'il fallait attribuer aux draschôth la même valeur qu'aux lois traditionnelles. Mais aucun des deux partis n’a voulu comprendre que ce n'étaient là que des allégories poétiques, dont le sens n’est point obscur pour l’homme intelligent. Cette méthode était très-répandue dans ces temps-là, et tout le monde lemployait, comme les poëtes emploient les locutions poétiques. Ainsi, par exemple, les docteurs disent : « Bar-Kappara a enseigné que là où il est dit: {u auras un pieu avec ton armure, 3x (Deutér., XXIIL, 14), il ne faut pas lire AZÉNEKHA (ton armure), mais oZNEK4A (ton oreille); et cela nous apprend que l’homme, lorsqu'il entend une chose inconvenante, doit se mettre le doigt dans l’oreille (#), » Or, je voudrais savoir si dans l'opinion des ignorants le docteur en question croyait réellement que ce passage devait s'expliquer ainsi, que tel était l’objet de ce commandement, et que par YATHED (pieu), il fallait entendre le doigt, et par AZÉNEKHA, les oreilles. Je ne pense pas qu’un seul
(1) C'est-à-dire, les interprétations que les rabbins donnent dans les draschôth sont considérées par eux-mêmes, non pas comme le sens réel des textes bibliques, mais comme des allégories et des considérations morales et poétiques, qu’on peut rattacher à ces textes. Le suffixe dans le mot NnN (qu’'Ibn-Tibbon rend par DA) se rapporte aux draschôth.
(2) Il est évident que les mots DDD5N 5", illa pars, ne peuvent se rapporter qu’à la première de ces deux opinions; aussi Ibn-Tibbon a-t-il traduit ces mots par }\WN 97 ponm.
(3) Littéralement : ont combattu et se sont obstinés pour avérer les draschôth, selon leur opinion, et les défendre. Sur le sens du verbe NS : cf. let. I, p. 352, note 2.
(4) Voy. Talmud de Babylone, traité Kethoubôth, fol. 45 a.
Fa
346 TROISIÈME PARTIE. — CIHAP. XLJII.
homme de bon sens puisse croire cela. Mais c'est là une trèsbelle allégorie poétique par laquelle il a voulu inculquer une noble morale, à savoir qu’il est défendu d’entendre des paroles obscènes, de même qu'il est défendu de les prononcer; et il a rattaché cela à un passage biblique, à la manière des al'égories poétiques. De même, toutes les fois qu'il est dit dans les draschôth: «il ne faut pas lire de telle manière, mais de telle autre», Je me suis écarté de mon sujet; mais c’est là une observation utile, dont tous les théologiens et
on doit l'entendre dans ce sens.
rabbins intelligents peuvent avoir besoin. Je reprends maintepant la continuation de notre sujet.
Selon moi, les quatre espèces formant le loulab indiquent la gailé ct la joie qu'éprouvèrent les Hébreux quand ils quittèrent le désert, qui était un lieu impropre aux semences, où il n'y avait ni fiquier, ni vigne, ni grenudier, ni de l’eau à buire (Nombres, XX,5), pour se rendre dans des lie2x cù il y avait des arbres fruitiers et ces rivières. Pour en célébrer le souvenir, on prenait le fruit le plus beau et le plus odoriférant de ces lieux (), leur feuillage © et leur plus belle verdure, à savoir des saules de rivière, Ces quatre espèces se distinguent par trois particularités: 1° Elies étaient dans ces temps-là très-fiéquentes dans la terre d'Israël, de sorte que chacun pouvait se les procurer. 2° Elles sont d'un bel aspect, pleines de fraîcheur, et ont en partie une bonne cdeur comme le cédrat et le myrte; quant aux branches de palmier et de saule, elles n’ont aucune odeur, ni mauvaise, ni bonne. 5° Elles conservent leur fraicheur pendant une semaine, qualité que n'ont point les pêches, les grenades, les coings, les poires, elc.
(1) Le suffixe Rn dans nr ct dans les mots suivants se rapporte au pluriel YSNYS, pour lequel quelques mss. ont incorrec'ement le singulier y. Ibn-Tibbon, ayant reproduit cette dernière leçon (sn NRA DSP 5x), remplace ici le suffixe Kn par le mot HN. Al-’Harizi traduit plus exactement : Ôn) PANNE N151p53 NI) A 0795 n200 np nie orb past nn nas nb 72 x on
(2) C'est-à-dire , les branches de palmier et de myrte.